Les dirigeants européens soutiennent May face à Moscou

MogheriniTheresaMayMacron [Conseil européen]

Pour les Vingt-Sept, Moscou est « très probablement » derrière l’empoisonnement de l’ex-espion russe Sergueï Skripal en Angleterre.

« Les dirigeants de l’Union européenne se sont entendus pour considérer, avec le gouvernement britannique, que la Russie est très probablement derrière l’attaque de Salisbury et qu’il n’y a pas d’autre explication possible », a annoncé le président du Conseil européen, Donald Tusk, sur Twitter, lors de la première journée du sommet européen.

Dans la foulée, l’Union a décidé de rappeler son ambassadeur en Russie pour « consultations », a précisé le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte.

La Première ministre britannique, Theresa May, a pu compter sur l’engagement du président français, Emmanuel Macron, et de la chancelière allemande, Angela Merkel. Les trois dirigeants se sont entretenus pendant une vingtaine de minutes avant le dîner.

Menace russe

« L’incident de Salisbury s’inscrit dans le cadre des attaques menées par la Russie contre l’Europe », a déclaré Theresa May à son arrivée à Bruxelles. « La menace russe ne respecte pas les frontières. »

L’objectif des trois dirigeants était de durcir le projet de déclaration des 28, qui stipulait initialement que « les États membres prennent très au sérieux l’évaluation du gouvernement britannique selon laquelle il est très probable que la Fédération de Russie est responsable ».

Seule explication plausible

Cette condamnation – dans laquelle les 28 déclarent que l’implication de la Russie est la « seule explication plausible » pour l’attaque chimique de Salisbury – permet aux dirigeants de l’UE d’afficher une solidarité sans faille avec le Royaume-Uni et d’adresser un message fort et dissuasif à la Russie.

La condamnation des Européens est un moyen de faire comprendre à Moscou qu’une telle opération – le recours présumé à un agent neurotoxique de fabrication militaire – ne restera pas impunie, a expliqué à l’AFP un responsable européen.

Au-delà du rappel du représentant de l’UE à Moscou, certains dirigeants européens envisagent  d’expulser des diplomates russes ou de rappeler leur ambassadeur, a précisé un responsable européen. La présidente lituanienne, Daria Grybauskaité, a ainsi déclaré réfléchir à une telle expulsion.

La France s’est également déclarée prête à « de possibles mesures, décidées sur base nationale, en concertation avec d’autres pays européens ».

« Nous sommes déterminés par la parole, et le cas échéant par de nouvelles mesures, à réagir de manière unie », a pour sa part commenté Angela Merkel. « Nous attendons une évaluation des données transmises par les Britanniques à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). »

May opte pour une réponse modérée face à la Russie

Lors du sommet européen, Theresa May informera ses homologues européens sur l’empoisonnement de Sergeï Skripal, mais ne demandera pas de sanctions supplémentaires à l’encontre de Moscou.

Désaccord bulgare 

Cette unanimité n’était cependant pas donnée. En arrivant au sommet, le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, avait en effet déclaré ne pas être sûr que l’empoisonnement était un acte russe. « Je suis un homme soupçonneux, qui à cette heure pourrait dire avec certitude ce qu’il en est ? », avait-il indiqué. « J’ai été impliquée dans de nombreuses enquêtes criminelles […] ce n’est jamais ce que ça semble être au premier coup d’œil. »

Londres a expulsé 23 diplomates russes, présentés comme des agents du renseignement « non déclarés », pour sanctionner Moscou, et a annoncé qu’aucun membre du gouvernement ne se rendrait en Russie pour suivre les rencontres de la coupe du monde de football en juin et juillet.

La Russie a répliqué par l’annonce de l’expulsion d’un nombre équivalent de diplomates britanniques et de la cessation des activités du British Council en Russie.

À Moscou, le président Vladimir Poutine a réuni jeudi le Conseil de sécurité russe au sein duquel siègent le Premier ministre Dmitri Medvedev et tous les responsables de la sécurité, pour « un échange de points de vue sur la politique inamicale et provocatrice de la Grande-Bretagne à l’égard de la Russie », a indiqué le Kremlin.

Prélèvements de sang

Les dirigeants européens n’ont pas discuté jeudi de nouvelles sanctions contre Moscou. Mais cette position pourrait changer d’ici à la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE le 16 avril à Luxembourg si de nouveaux éléments permettant d’impliquer la Russie sont apportés.

Un juge britannique a annoncé jeudi avoir autorisé des prélèvements de sang sur l’ex-espion russe Sergueï Skripal et sa fille Ioulia pour les transmettre aux experts de l’OIAC.

Ils pourront ainsi procéder à leurs propres analyses de la substance utilisée au moment de l’empoisonnement et d’indiquer s’il s’agit d’un agent neurotoxique de la famille « Novitchok », comme le soutient le gouvernement britannique.

Skripal et sa fille sont hospitalisés « dans un état critique, mais stable ». Un policier britannique contaminé en leur portant assistance est en revanche sorti de l’hôpital.

Theresa May a décidé de rester à Bruxelles pour participer vendredi matin à la suite des discussions sur le commerce et les taxes américaines. Elle quittera ensuite le sommet, laissant ses homologues s’entretenir à 27 sur la future relation post-Brexit avec le Royaume-Uni.

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