L’ONU peine à accéder aux camps de réfugiés en Turquie

L'UNHCR éprouve des difficultés à suivre les Syriens renvoyés en Turquie depuis la Grèce. [Fabio Sola Penna/Flickr]

Le Haut Secrétariat de l’ONU pour les réfugiés a été empêché d’accéder à un centre où atterrissent les demandeurs d’asile renvoyés vers la Turquie, selon des documents de l’organisation internationale.

Le Haut Secrétariat des Nations unies pour les réfugiés, l’UNHCR, n’a pas pu accéder à l’ensemble d’un centre turc accueillant des Syriens renvoyés de Grèce en Turquie dans le cadre de l’accord signé entre Bruxelles et Ankara en mars 2016. Les dirigeants européens avaient pourtant qualifié l’UNHCR d’« acteur clé dans le processus de relocalisation » des migrants prévu par le texte. L’organisation avait accepté de participer à l’application de l’accord en évaluant les conditions dans les camps de réfugiés.

Depuis début décembre 2016, 748 migrants, dont 95 Syriens, ont ainsi été renvoyés en Turquie depuis les côtes grecques. L’accord stipule en effet que la Turquie réadmette sur son territoire les migrants arrivés clandestinement en Grèce. Pour chaque migrant ainsi relocalisé, l’UE accueille un réfugié syrien vivant dans un camp turc. L’aide à la Turquie devait également être doublée.

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Un représentant de l’UNHCR à Athènes explique dans une lettre que l’organisation n’a pas été en mesure de se rendre régulièrement dans des camps en Turquie, ou de vérifier si les migrants rapatriés bénéficiaient d’une protection légale. Une copie de cette lettre a été publiée sur le site de l’ONG Statewatch, sans le nom de son destinataire.

L’accord permet en effet aux Syriens de bénéficier d’une protection temporaire à leur retour en Turquie. Pourtant, selon la lettre, fin novembre, seuls 12 des 82 Syriens renvoyés hors de l’UE ont eu accès à ce service. « Malgré tous ses efforts, l’UNHCR n’a pas été en mesure de contacter la majorité des autres [Syriens] », indique le représentant de l’organisation.

La lettre, datée du 23 décembre, précise que l’agence a demandé un accès au camp Duzici, dans le sud du pays, à 16 reprises. Ces demandes ont été accordées dans 12 cas, et 45 des 82 Syriens qui y ont été envoyés ont été interrogés.

Le responsable de l’UNHCR regrette également que les membres de l’organisation doivent demander à pouvoir entrer dans le camp cinq jours avant la date de leur visite. Ce système « ne permet pas un suivi de certains cas de manière opportune ».

Les Syriens ont sept jours pour compléter leur enregistrement légal à compter de leur arrivée dans le camp. Ils peuvent alors se déplacer vers d’autres régions du pays.

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La lettre condamne fermement le fait que des cafouillages administratifs empêchent l’UNHCR de suivre les migrants expulsés de Grèce et envoyés en Turquie, et que les autorités locales n’informent pas les agents de l’ONU du nombre de Syriens bénéficiant d’une protection légale.

« L’UNHCR ne reçoit pas systématiquement des informations sur le statut légal et la localisation de personnes ayant été réadmises depuis la Grèce et n’est pas toujours en mesure de les suivre et de surveiller leur situation après leur sortie des centres de réception », poursuit l’auteur de la lettre.

Fabrice Leggeri, directeur de l’agence de protection des frontières Frontex, a pour sa part félicité les autorités turques de la manière dont elles gèrent l’accord lors d’une intervention en Bavière au début du mois. Il a également expliqué que le nombre relativement bas de migrants renvoyés vers le pays était dû à la lenteur des autorités grecques, qui mettent du temps à déterminer si les personnes sont éligibles à l’asile.

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