Un navire de guerre turc repoussé des eaux grecques

La Turquie faut monter la tension en mer Égée. [Commander, U.S. Naval Forces Europe-Africa/U.S. / Flickr]

Le 29 janvier, un navire de guerre turc s’est approché de l’île grecque d’Imia, en mer Égée, accentuant encore les tensions entre les deux pays.

La marine grecque a empêché un navire turc d’atteindre les îlots en mer Égée et lui a intimé de quitter ses eaux territoriales. Selon les médias turcs, le commandant des forces armées du pays, Hulusi Akar, était à bord du bateau.

Cet incident a une portée symbolique forte. En effet, il y a 20 ans, début février 1996, les deux pays ont failli en venir aux armes au sujet de leur territoire. Ils avaient envoyé leurs marines respectives, puis s’étaient désengagés après une forte pression diplomatique exercée par les États-Unis.

Cet incident intervient après que la Cour suprême grecque a refusé l’extradition en Turquie de huit militaires turcs accusés par Ankara d’avoir participé au putsch manqué du 15 juillet, s’attirant le mécontentement de la Turquie qui a menacé d’annuler un accord de réadmission des migrants signé avec la Grèce et l’Union européenne.

Selon Reuters, le 28 janvier, 40 soldats turcs, principalement des hauts gradés, qui travaillaient dans une base de l’OTAN en Allemagne, ont également demandé l’asile dans ce pays. « Nous attendons de l’Allemagne qu’elle n’accepte jamais ces demandes d’asile », a réagi Fikri Isik, ministre turc de la Défense.

Après l’annonce de la décision de justice grecque, le ministère turc des Affaires étrangères a publié un communiqué accusant Athènes de ne pas respecter les engagements minimums de la lutte contre le crime et le terrorisme. « Après avoir elle-même été victime d’un coup d’État dans le passé, la Grèce se place regrettablement aujourd’hui dans la position d’un pays qui aide et protège des putschistes avec sa décision », indique le document, qui souligne que la Turquie mènera une évaluation « complète » des relations bilatérales.

Le gouvernement grec n’a pas tardé à rétorquer, déclarant que « la Grèce est un pays d’État de droit, où règne une réelle séparation des pouvoirs et qui respecte toutes les conventions internationales signées par l’État grec. C’est sur la base de ces principes que la Cour suprême a pris sa décision. »

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Recep Tayyip Erdoğan a pour sa part sous-entendu que le gouvernement grec lui avait promis de régler la situation « dans les 15-20 jours ».

Selon le journaliste grec Vasilis Nedos, Ankara pourrait avoir d’autres raisons de provoquer un incident à sa frontière avec la Grèce. « La tentative de la Turquie de déloger Daesh d’AL Bab pour y reprendre le contrôle a entrainé des pertes énormes. Il ne faut donc pas éliminer l’hypothèse d’une diversion face aux difficultés de l’armée dans le nord de la Syrie », a-t-il estimé.

Ankara agressive

Depuis la tentative de coup d’État l’été dernier, Ankara a adopté un ton agressif envers la Grèce. Le 30 novembre, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a qualifié les îlots d’Imia de « territoire turc ».  Kemal Kilicdaroglu, le dirigeant du Parti républicain turc (CHP), avait déjà quant à lui accusé la Grèce d’occuper 18 îles de la mer Egée.

La Commission européenne a fermement dénoncé ces déclarations à l’époque, déclarant que « l’UE insiste sur le respect de la souveraineté des territoires maritimes et aériens des États membres ». « L’UE appelle la Turquie à éviter tout ce qui pourrait être source de frictions, toute menace ou toute action dirigée contre un États membres, qui nuirait aux relations de bon voisinage et au règlement pacifique des disputes », a ajouté la porte-parole Maja Kocijancic.

« Je voudrais dire à notre amie et voisine la Turquie qu’elle devrait respecter l’Histoire, l’amitié et le bon voisinage. Il ne suffit pas de dire que nous sommes amis, il faut aussi prouver cette amitié », a également réagi le président grec, Prokopis Pavlopoulos, lors d’une interview avec la télévision portugaise APTP TV.

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Le président grec a qualifié le comportement d’Ankara de « grave », parce qu’il ne violait pas seulement les frontières de la Grèce, mais aussi celles de l’Europe et le traité de Lausanne. « J’espère que cela ne se répétera pas à l’avenir, parce que ça aurait des conséquences non seulement sur nos relations bilatérales, mais aussi sur les relations entre la Turquie et l’Europe », a-t-il conclu.

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