Londres et Berlin fustigent le manque de fermeté de Trump face aux néonazis

Manifestation devant la Trump tower. [Alba Vigaray/EPA]

De toutes les capitales européennes, Londres et Berlin sont celles qui ont réagi avec le plus de véhémence face à la réticence de Donald Trump de condamner fermement les suprématistes blancs suite au meurtre d’une femme à Charlottesville le 12 août dernier.

Le 12 août dernier, des violences ont éclaté juste avant le début d’une manifestation « Unite the Right » organisée par des suprématistes blancs pour protester contre le déboulonnage de la statue de Robert E. Lee, ancien chef de file pro-esclavagisme de l’armée confédérée. Un symbole considéré comme un affront par les Africains-Américains.

Suite à ces affrontements, alors que les antiracistes étaient en train de se disperser, un jeune homme de 20 ans, grand admirateur d’Adolf Hitler selon ses amis, a foncé avec sa voiture dans la foule, tuant une jeune femme de 32 ans, Heather Heyer.

Alors que les images de l’escalade des tensions et de la voiture bélier envahissaient les chaines télé nationales, Donald Trump a d’abord été critiqué pour avoir attendu trop longtemps avant de réagir aux violences et puis, lorsqu’il s’est enfin exprimé, pour ne pas avoir explicitement condamné les manifestants suprématistes qui ont mis le feu aux poudres.

Déjà en tant que candidat et maintenant en tant que président, Donald Trump est accusé de compter sur le soutien des suprématistes blancs et des nationalistes, un groupe appelé « alt-right », qui forme pour lui une base électorale solide.

Par ailleurs, Donald Trump a dû dissoudre le 16 août deux hauts conseils consultatifs, le American Manufacturing Council et le Strategic and Policy Forum après que plusieurs chefs d’entreprise ont décidé de prendre la porte pour protester contre ses remarques ambiguës.

Alors que les patrons d’entreprise le rabrouaient, Donald Trump a dû faire face aux critiques de certains responsables républicains, comme le chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, le gouverneur de l’Ohio, John Kasich, la sénatrice Lindsey Graham, sénateur et ancien rival de Donald Trump durant les primaires, Marco Rubio, ainsi que les deux anciens présidents George H.W. Bush et George W. Bush. Les responsables de l’armée ont aussi réagi.

Un tweet du prédécesseur de Donald Trump, Barack Obama citant Nelson Mandela « Personne n’est né en haïssant une autre personne pour la couleur de sa peau, ou son milieu, ou sa religion… » est devenu en 24 heures le tweet le plus aimé de l’histoire, enregistrant aujourd’hui plus de 4 millions de « likes ».

Chose peu commune, à Londres, la Première ministre britannique, Theresa May a adressé des remontrances à Donald Trump, pourtant son allié proche.

« Je ne vois aucune équivalence entre ceux qui prônent des discours fascistes et ceux qui s’y opposent et je pense qu’il est important que tous les responsables condamnent les positions d’extrême droite où qu’elles soient prononcées », a-t-elle déclaré aux journalistes.

Vince Cable, chef de file des libéraux démocrates, a appelé le gouvernement à repenser l’invitation faite à Donald Trump pour se rendre au Royaume-Uni. Officiellement, l’invitation pour une visite d’État faite par la Reine Elizabeth II au début de l’année est en effet toujours d’actualité.

Jeremy Corbyn, dirigeant des travaillistes, s’est joint aux détracteurs de Donald Trump, estimant que son intervention face aux événements de Charlottesville n’était « pas suffisante ».

« Ce qu’il s’est passé c’est que le KKK et ses partisans, les suprématistes blancs, sont arrivés à Charlottesville pour semer le trouble », a-t-il affirmé, tout en ajoutant « bien entendu, tous les présidents du monde devraient condamner cela ».

En Allemagne, où les lois sont sévères contre le discours de haine et tout symbole lié aux nazis, les responsables politiques se sont montrés choqués face aux images de personnes arborant des croix gammées et proférant des insultes contre les juifs.

Le vice-chancelier, Sigmar Gabriel, s’est dit choqué que le Président américain ne soit pas parvenu à condamner le rassemblement de suprématistes blancs, constitué de « néo-nazis, du KKK et de gens ayant participé à l’élection de Trump ».

« Nous ne devrions jamais banaliser ces gens. Il faut appeler les choses par leur nom et ceci était du terrorisme d’extrême droite », a-t-il poursuivi.

« Les gouvernements ne peuvent remporter la bataille contre la haine, le racisme et l’antisémitisme qu’en rejetant de telles idéologies et cette volonté de faire usage de la violence », a quant à lui affirmé Martin Schulz, candidat de centre gauche à la chancellerie et principal adversaire d’Angela Merkel, tout en précisant que cela s’appliquait à l’Allemagne et aux États-Unis. « À travers ses propos confus, Donald Trump banalise la violence nazie, ce qui est très dangereux. »

« Nous ne devrions pas tolérer les monstruosités sortant de la bouche du président », a-t-il commenté lors d’une interview.

Alors que du côté français, personne n’avait jusqu’à présent réagi à l’incident de Charlottesville, peut-être à cause des sacro-saintes vacances d’été, Emmanuel Macron a finalement publié un tweet le 17 août pour montrer qu’il se joint au combat contre la xénophobie et le racisme.

Quant à la porte-parole de la Commission, Annika Breidthardt, elle a déclaré le 16 août que l’exécutif européen « n’adoptait pas de position sur le président américain ou ses commentaires qui puisse être partagée en salle de presse ». Elle a toutefois affirmé que l’UE s’opposait et condamnait toutes formes de racisme, de haine et de violence à travers le monde et a cité les traités européens et la Charte européenne des droits fondamentaux.

« Le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et l’islamophobie empoisonnent nos sociétés. Nous devons nous y opposer. En tout lieu et en tout temps », a quant à lui tweeté António Guterres, secrétaire général de l’ONU.

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