Le Royaume-Uni axe sa politique étrangère sur la zone indopacifique

Mardi (16 mars), le Premier ministre Boris Johnson a déclaré aux législateurs britanniques que le pays avait besoin de « réapprendre l’art de rivaliser contre les États aux valeurs différentes », mettant en exergue l’exhaustivité de la nouvelle revue intégrée du pays. [EPA-EFE/Hollie Adams]

Dans le cadre de la refonte de sa politique étrangère, commerciale et de défense annoncée mardi (16 mars), le Royaume-Uni devrait tourner son attention vers la zone indopacifique. La révision prévue n’aborde que brièvement l’avenir des relations avec l’UE en matière de sécurité.

Mardi (16 mars), le Premier ministre Boris Johnson a déclaré aux législateurs britanniques que le pays avait besoin de « réapprendre l’art de rivaliser contre les États aux valeurs différentes », mettant en exergue l’exhaustivité de la nouvelle revue intégrée du pays.

Malgré l’attention portée à l’Asie du Sud-Est, qui entraînera l’adhésion de Londres à l’accord de libre-échange transpacifique, le document intitulé « Global Britain in a Competitive Age » présente tout de même la Chine comme la plus grande menace étatique du Royaume-Uni, la décrivant comme « un concurrent systémique ».

Dissensions entre Pékin et Bruxelles sur fond de sanctions en matière de droits de l'homme

La Chine a exprimé ses inquiétudes sur le fait que l’UE pourrait imposer des sanctions en matière de droits humains à certains représentants du pays. Dans ce contexte, l’ambassadeur chinois à Bruxelles a exhorté le bloc à « réfléchir à deux fois » avant d’exécuter ses menaces.

« Il ne fait aucun doute que la Chine engendre de grands défis pour une société ouverte comme la nôtre. Mais, nous coopérerons avec Pékin dans les domaines qui s’alignent sur nos valeurs et nos intérêts, notamment dans le but de renforcer nos relations économiques et de lutter contre le changement climatique », a ajouté M. Johnson.

En outre, « la revue intégrée de sécurité, défense, développement et politique étrangère » identifie la Russie comme étant « la menace directe du Royaume-Uni », la source de toute une série de dangers.

Les relations UE-UK, le chaînon manquant

Bien que les raisons sous-jacentes de la publication du document s’expliquent par la sortie officielle britannique de l’UE, les références au bloc sont peu nombreuses.

En guise de préambule, Boris Johnson a déclaré que le Royaume-Uni, qui avait officiellement concrétisé son départ l’année dernière, se réjouissait d’entretenir des « relations constructives et productives » avec les 27.

Cependant, l’accord de divorce avec Bruxelles « nous donne la possibilité de faire les choses autrement et mieux, tant sur le plan économique que politique », a-t-il ajouté.

La revue n’indique toutefois pas si Londres tentera de nouer un accord de défense et de sécurité avec l’UE, l’une des priorités de la présidence tournante portugaise au Conseil de l’UE.

À la lecture du dossier, il devient apparent que « les États-Unis d’Amérique restent le partenaire et l’allié stratégique le plus important du Royaume-Uni » tandis que le pays ne s’engage qu’à trouver « de nouvelles façons » de coopérer avec les « voisins et alliés européens ». La France et L’Allemagne demeurent tout de même des partenaires essentiels.

Par ailleurs, la sortie du Royaume-Uni permettra à Westminster de « prendre une nouvelle approche en matière de politique étrangère » bien qu’il entende « coopérer avec l’UE là où les intérêts coïncident ». À titre d’exemples : la stabilité et la sécurité du continent européen, l’action climatique, et la biodiversité.

« L’UE et le Royaume-Uni continuent de partager des intérêts et des inquiétudes en matière de sécurité et de politique étrangère à l’échelle mondiale », a fait savoir le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell à la suite d’un appel téléphonique avec le secrétariat d’État britannique aux Affaires étrangères Dominic Raab mardi (16 mars).

Le Portugal appelle à l'élaboration d'un partenariat UE-UK en matière de défense et de sécurité

L’Union européenne devrait développer un partenariat global avec le Royaume-Uni en matière de défense et de sécurité, a déclaré le ministre portugais de la Défense João Gomes Cravinho vendredi (19 février).

Selon Lord Peter Ricketts, ancien conseiller à la Sécurité nationale auprès du Premier ministre, le document long de 100 pages témoigne d’un changement moins radical qu’annoncé. De plus, « comment le Royaume-Uni peut-il affirmer être à la tête de la sécurité européenne et rallier diverses démocraties sur des sujets à portée internationale, alors qu’il n’entretient aucun lien avec l’UE à cet égard ? », s’est-il interrogé.

Le pays espère pouvoir se démarquer sur la scène internationale en organisant le sommet du G7 en juin et la COP26 en novembre.

De son côté, Boris Johnson se rendra en Inde fin avril ; une visite qui constitue son premier grand voyage international depuis l’officialisation du Brexit.

Renforcer l’arsenal nucléaire

À la suite de la publication de la revue intégrée, les réactions se sont rapidement concentrées autour de l’arsenal nucléaire britannique, étant donné que le pays entend désormais augmenter de 180 à 260 son stock d’ogives nucléaires d’ici à 2030, en raison de « l’évolution de la situation [internationale] en matière de sécurité ».

D’après les opposants, les projets nucléaires de Londres viendraient saper des années d’efforts multipartites visant à réduire le stock d’ogives et ils contreviendraient notamment au Traité sur la non-prolifération nucléaire.

« Quand ? Pourquoi ? À quelles fins ? Tels sont les points qui restent en suspens », déplore le chef du Parti travailliste Keir Starmer.

 « La décision britannique d’augmenter son stock d’ogives nucléaires renforcera la concurrence et nourrira le sentiment de méfiance entre les États détenteurs d’armes nucléaires. Aucune raison convaincante, tant sur le plan militaire que sur le plan stratégique, ne justifie cette volonté », a soutenu l’organisation apolitique Arms Control Association sise aux États-Unis.

La revue intégrée inclut également des projets de stratégie militaire relatifs aux drones, à l’intelligence artificielle, à l’espace et au numérique.

Nucléaire iranien : volte-face européenne à l'AIEA, place à la diplomatie

Appuyé par Washington, ce texte de l’Allemagne, de la France et du Royaume-Uni condamnait la décision de Téhéran de suspendre certaines inspections de son programme nucléaire.

Dans ce contexte, le pays dépensera 16,5 milliards de livres sterling au fil des quatre prochaines années et il promet de s’affirmer davantage au sein de l’OTAN.

Parmi les autres sujets abordés par le document figure la volonté de créer un Centre d’opérations pour contrer le terrorisme et de mettre sur pied un Groupe de cybersécurité à l’échelle nationale. L’objectif ? Améliorer la coordination des actions en cas de menace à la sécurité.

Enfin, en matière de développement, le 10, Downing Street souhaite renouveler son engagement visant à contribuer à hauteur de 0,7 % du RNB à l’aide publique au développement.

« Tandis que les gouvernements [dans les pays en voie de développement] deviennent en mesure de financer leurs propres priorités en matière de développement, nous leur fournirons progressivement nos conseils et notre expertise à ce propos en lieu et place d’aides financières », peut-on lire dans le dernier volet du texte.

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