Ukraine : l’invasion russe provoque un revirement dans la politique étrangère allemande

Le chancelier allemand Olaf Scholz lors d’une déclaration du gouvernement au Parlement allemand, le Bundestag, à Berlin, en Allemagne, le 27 février 2022. [EPA/CLEMENS BILAN]

Suite au « tournant » ukrainien, l’Allemagne a modifié sa politique étrangère et de défense, qu’il s’agisse des livraisons d’armes, des dépenses de défense, des sanctions ou de la diplomatie.

Jusqu’à présent, la politique étrangère allemande était principalement fondée sur la promotion de la paix par des moyens diplomatiques et sur une réticence à investir dans ses capacités militaires. Une position qui faisait sourciller les alliés et partenaires de l’Allemagne, surtout en cas de crise, selon les experts.

« Au vu du tournant que représente l’agression de M. Poutine, notre approche est la suivante : Ce qui est nécessaire pour garantir la paix en Europe, nous le ferons », a déclaré dimanche le chancelier allemand Olaf Scholz.

Les derniers jours représentent un « changement de paradigme sérieux » dans l’approche de l’Allemagne en matière d’affaires étrangères, a déclaré à EURACTIV Stefan Meister, responsable du programme Ordre international et démocratie au Conseil allemand des relations étrangères.

« C’est une guerre qui nous oblige à redessiner les fondements de nos actions en matière de politique étrangère », a déclaré la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, lors de son discours devant le Bundestag dimanche 27 février.

Avant l’escalade de la guerre en Ukraine, l’Allemagne misait sur une solution diplomatique à la situation et refusait de livrer des armes défensives à l’Ukraine en raison de sa « politique de paix » et de sa position restrictive sur les armes. Elle a même bloqué les livraisons d’armes de son alliée, l’Estonie, vers l’Ukraine.

Dans les premiers jours qui ont suivi l’invasion russe, l’Allemagne a continué à s’en tenir à cette approche. Cependant, samedi soir, le gouvernement allemand a complètement changé de cap et a annoncé qu’il enverrait 1000 armes antichars et 500 missiles.

« En cette période historique, face à l’attaque brutale contre l’Ukraine, nous opterons pour un soutien qui, en plus de notre grand engagement économique et humanitaire, soutient désormais aussi l’Ukraine par la fourniture de matériel militaire et d’armes », a souligné Mme Baerbock.

L’Allemagne a longtemps adopté une attitude plus conciliante à l’égard de la Russie, une approche datant de l’ancien chancelier Willy Brand, qui a ouvert la voie à l’ère du rapprochement entre l’Occident et l’Union soviétique dans les années 70, laquelle a abouti à la conclusion de l’Acte final d’Helsinki — le traité même que la Russie a violé en menant sa guerre en Ukraine.

La faction de gauche des sociaux-démocrates allemands n’a cessé de pousser l’Allemagne à se positionner dans la tradition de Willy Brandt.

Il en va de même pour l’hésitation de l’Allemagne à investir dans sa propre défense, car « l’aile gauche du SPD est particulièrement opposée aux armements et à l’augmentation des dépenses militaires », a déclaré M. Meister.

Mme Merkel, qui a dirigé l’Allemagne pendant 16 ans, a largement perpétué cette tradition, a déclaré M. Meister.

Selon lui, cela représenterait un « problème trans-partisan » car, avec les sociaux-démocrates, Mme Merkel serait « responsable de l’état des forces armées allemandes en raison des économies réalisées au cours des 10 à 15 dernières années et de la forte dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. »

Berlin a longtemps résisté aux pressions exercées par les États-Unis, notamment sous l’ancien président américain Donald Trump, pour porter ses dépenses de défense à 2 % de sa production économique, compte tenu de son histoire.

La situation en Ukraine, cependant, a tout changé.

« Face à la menace russe, l’Allemagne est désormais enfin prête à investir sérieusement et de manière permanente dans son armée et ses capacités de défense », a déclaré M. Meister.

L’Allemagne s’est engagée à investir en permanence plus de 2 % de son produit intérieur brut dans la défense et prévoit de créer un fonds spécial de défense de 100 milliards d’euros pour financer la transition vers une armée plus performante.

La France veut faire adopter à l'ONU une résolution sur l'aide humanitaire à l'Ukraine

La France déposera lundi (28 février) au Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution « afin de garantir un accès humanitaire sans entrave, pour répondre aux besoins urgents des populations restées en Ukraine » envahie par la Russie, a annoncé dimanche soir l’Élysée.

« Nous allons lancer les augmentations les plus importantes et les plus rapides des dépenses de défense de notre histoire récente », a déclaré le ministre des Finances Christian Lindner la semaine dernière, ajoutant que la question des « capacités de défense passe d’une question marginale à un projet central pour l’avenir. »

Ce changement dans l’approche allemande de la politique de sécurité vise également à empêcher que « la guerre de Vladimir Poutine ne se propage à d’autres pays d’Europe », a déclaré M. Scholz.

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