Ukraine : l’UE se cherche un rôle avec la relance des négociations entre Moscou et Kiev

Le président français Emmanuel Macron (C) et le chancelier allemand Olaf Scholz (D) avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky (G), à Bruxelles, ce mercredi (15 décembre). [KENZO TRIBOUILLARD/EPA]

Les dirigeants de l’UE ont cherché, ce mercredi (15 décembre), à relancer les négociations avec Moscou pour apaiser les tensions avec l’Ukraine, même si le président Poutine ne veut traiter qu’avec Washington pour les questions de sécurité dans cette région.

L’Ukraine s’est imposée comme la dominante du sommet organisé à Bruxelles entre les dirigeants des 27 et leurs homologues des pays du Partenariat oriental : l’Ukraine, la Géorgie, la Moldavie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, cinq anciennes républiques soviétiques confrontées aux tentatives de déstabilisation orchestrées depuis Moscou et minées par les luttes intestines.

L’UE se veut solidaire avec ses partenaires et ferme avec Moscou, mais les 27 veulent éviter de donner un prétexte à Moscou pour passer à l’acte.

Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholtz se sont réunis avant le début du sommet avec leur homologue ukrainien Volodymyr Zelensky pour caler une position commune.

Les trois dirigeants se sont entendus pour « travailler ensemble à un réengagement des négociations en format Normandie » avec la Russie, a indiqué l’Elysée.

« Nous avons parlé d’une reprise des négociations avec la Russie pour une solution diplomatique et nous avons discuté de sanctions », a précisé M. Zelensky. Il a souligné que « l’Ukraine ne cède à aucune provocation à la frontière et n’a aucune attitude agressive », et s’est prononcé pour l’adoption de sanctions européennes préventives contre la Russie.

« Nous sommes intéressés par une politique de sanctions puissantes avant une éventuelle escalade. Dans ce cas, à mon avis, il n’y aura peut-être pas d’escalade », a-t-il expliqué.

L’adoption de sanctions nécessite l’unanimité dans l’UE et aucun dirigeant ne s’est prononcé pour des sanctions préventives. « Des sanctions sont déjà en vigueur et nous sommes prêts à en ajouter d’autres si nécessaire », a expliqué Charles Michel, le président du Conseil européen.

« Il nous a été demandé de préparer des options et nous avons fait nos devoirs », a confirmé la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Ces options seront discutées ce jeudi (16 décembre) par les dirigeants des 27 lors de leur sommet, a-t-elle précisé.

« Nous sommes prêts. En cas de nouvelle agression militaire, le coût à payer par la Russie sera très élevé et il y aura des conséquences graves », a-t-elle assuré.

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De nouvelles sanctions contre la Russie devraient être imposées en réponse à son approche agressive envers l’Ukraine, selon le président polonais Andrzej Duda et ses homologues lituanien et ukrainien Gitanas Nausėda et Volodymyr Zelenskiy.

Nord Stream, pièce du puzzle

Le gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne « est une pièce du grand puzzle », a estimé le chef du gouvernement polonais Mateusz Morawiecki. Le nouveau chancelier allemand Olaf Scholz ne s’est pas encore ouvertement prononcé pour l’utilisation du gazoduc comme levier contre Moscou.

La volonté de la France et de l’Allemagne de relancer le processus diplomatique avec Moscou et Kiev laisse toutefois certains européens dubitatifs.

Le format de discussions dit de Normandie « est en état de mort cérébrale », a confié un ministre européen à l’AFP. « L’Union européenne ne représente rien pour Vladimir Poutine qui ne traite qu’avec les Américains pour les fondements de la sécurité en Europe », a-t-il souligné.

« Le président américain Joe Biden s’est dit disposé à écouter les arguments de Vladimir Poutine pour trouver une solution. Il faut voir ce que cela va donner », selon le ministre.

Volodymyr Zelensky a lui aussi émis des doutes sur le format de Normandie et a souhaité que les Etats-Unis « jouent un des rôles principaux, et non pas épisodique ».

Le président russe a appelé à des négociations « immédiates » avec l’Otan et les Etats-Unis sur les garanties à apporter à la Russie pour sa sécurité. La Russie a en outre remis, mercredi (15 décembre), à la secrétaire d’Etat adjointe américaine chargée de l’Europe, Karen Donfried, une liste de « propositions » sur les garanties juridiques qu’elle réclame, a indiqué le Kremlin. Mme Donfried est attendue à Bruxelles.

Moscou veut neutraliser les anciennes républiques soviétiques frontalières de l’UE et de la Turquie en s’opposant à leur adhésion à l’Otan et à l’Union européenne. Les Européens rejettent ce droit de veto, mais plus personne ne parle de l’intégration de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Otan ni de leur entrée dans l’UE, ont expliqué à l’AFP plusieurs diplomates et responsables européens.

« L’adhésion concerne les pays des Balkans occidentaux, pas le groupe de pays du Partenariat », a rappelé de son côté le porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

L’UE offre à ces derniers « un partenariat sur mesure. Il consiste à donner plus à ceux qui veulent en faire plus », a expliqué un haut fonctionnaire européen. « Un plan d’investissements doté de 2,3 milliards d’euros et en mesure de mobiliser 17 milliards d’euros a été programmé en juillet pour relancer le partenariat. Sa répartition dépendra des réformes réclamées et de la viabilité des projets présentés », a-t-il précisé.

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