Ukraine : Moscou hausse le ton contre Vilnius et progresse dans l’Est

Moscou a promis mardi de "sérieuses" représailles contre la Lituanie après la mise en application par Vilnius de sanctions européennes liées à l'invasion de l'Ukraine, où les troupes russes continuent de progresser dans l'Est. [OLEKSANDR RATUSHNIAK / EPA-EFE]

Moscou a promis mardi (21 juin) de « sérieuses » représailles contre la Lituanie après la mise en application par Vilnius de sanctions européennes liées à l’invasion de l’Ukraine, où les troupes russes continuent de progresser dans l’Est.

À deux jours du sommet des dirigeants de l’Union européenne, appelés à se décider sur l’octroi à l’Ukraine du statut de pays candidat au club européen que Kiev réclame à cor et à cri, le ministre des Affaires européennes français Clément Beaune, dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l’UE, a déclaré qu’un « consensus total » avait émergé au sein des 27 lors d’une réunion avec ses homologues à Luxembourg, pour accéder à cette requête.

Qualifiant d’« actes hostiles » les restrictions imposées par les autorités lituaniennes sur le transit par voie ferrée de marchandises frappées par les sanctions européennes en direction de Kaliningrad, Nikolaï Patrouchev, secrétaire du Conseil de sécurité russe, a déclaré, lors d’une visite dans cette enclave russe sur la Baltique, que « des mesures appropriées » seraient « adoptées prochainement » et qu’elles auraient « de sérieuses conséquences négatives pour la population de la Lituanie ».

Alors que les troupes russes accentuent leur progression dans le Donbass, dans l’Est de l’Ukraine, un responsable américain a annoncé à Washington que le ministre de la Justice des Etats-Unis, Merrick Garland, était en visite surprise à Kiev, où il doit discuter avec la procureure générale ukrainienne, Iryna Venediktova, des « efforts américains et internationaux pour aider l’Ukraine à identifier, appréhender et poursuivre les personnes impliquées dans des crimes de guerre et d’autres atrocités en Ukraine ».

« Epicentre de la confrontation »

Dans l’Est de l’Ukraine, les Russes « contrôlent entièrement » le village de Tochkivka sur la ligne de front, à quelques kilomètres de Severodonetsk et Lyssytchansk où les combats font rage, a reconnu le chef du district de Severodonetsk, Roman Vlasenko.

« Toute la région de Lougansk est désormais l’épicentre de la confrontation entre armées ukrainienne et russe », a ajouté M. Vlasenko, qui s’exprimait à la télévision ukrainienne.

Cette région est presque entièrement contrôlée par les forces de Moscou. Seule la poche de résistance ukrainienne autour de Lyssytchansk et Severodonetsk échappe encore au contrôle de l’armée russe.

Selon M. Vlasenko, « les combats font rage autour de la zone industrielle » de Severodonetsk où, d’après les autorités locales, 568 personnes dont 38 enfants – essentiellement des employés et leurs familles – sont désormais réfugiées à l’intérieur de l’usine Azot.

L’usine est emblématique de cette ville industrielle qui comptait environ 100 000 habitants avant la guerre. La prise de la ville par Moscou serait une étape importante vers la conquête de l’intégralité du Donbass, région essentiellement russophone en partie tenue par des séparatistes pro-russes depuis 2014.

« Destructions catastrophiques »

Le gouverneur de la région de Lougansk, Serguiï Gaïdaï, a fait état de son côté de « destructions catastrophiques à Lyssytchansk », ville jumelle séparée de Severodonetsk par la Donets, rivière infranchissable depuis que les ponts y ont été détruits.

Subissant des bombardements quotidiens, la région est depuis plusieurs semaines le théâtre de violents combats d’artillerie entre forces russes et ukrainiennes. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exhorté l’armée ukrainienne à « tenir », jugeant que l’issue de la guerre dépendrait de sa résistance et de sa capacité à freiner l’armée russe et à lui infliger des pertes.

Dans la région de Kharkiv (nord-est), le gouverneur Oleg Synegoubov a annoncé que 15 personnes, dont un enfant de huit ans, ont été tuées mardi et 16 blessées sous le feu de l’artillerie russe. « Ce sont les terribles conséquences des bombardements russes en plein jour dans la région de Kharkiv », a déclaré le gouverneur sur sa chaîne Telegram.

Par ailleurs, disant « apprécier les efforts » de Berlin pour aider militairement Kiev, le ministre de la Défense ukrainien Oleksiï Reznikov a annoncé la réception de canons d’artillerie automoteurs allemands Panzerhaubitze 2 000.

Plusieurs villes du Donbass encore sous le contrôle de Kiev se préparent à une nouvelle avancée des troupes russes, comme Sloviansk et Kramatorsk, à l’est de Severodonetsk.

« Le front s’est rapproché ces dernières semaines, jusqu’à 15-20 kilomètres », a ainsi expliqué à l’AFP Vadym Lyakh, maire de Sloviansk, qui espère l’arrivée rapide des « nouvelles armes » dont l’armée ukrainienne à besoin.

« Jusque-là, tout va bien ici, mais c’est très dur psychologiquement quand on voit à la télévision ce qui se passe dans d’autres villes », indique de son côté Svitlana, 48 ans, bouchère au marché de Kramatorsk.

Toujours sur le plan militaire, la Russie a affirmé avoir repoussé une « folle » tentative des forces de Kiev de reprendre l’île aux Serpents, territoire symbolique et stratégique conquis par Moscou en mer Noire au début de son offensive en Ukraine, déclenchée le 24 février.

L’Ukraine a indiqué mardi avoir visé la veille des plateformes de forage d’hydrocarbures en mer Noire, utilisées selon elle comme « installations » militaires par les Russes pour renforcer leur contrôle dans la région.

Russification

« Nous sommes fiers qu'(en Ukraine), nos combattants agissent avec courage, professionnalisme, comme de véritables héros », a déclaré le président russe Vladimir Poutine lors d’une allocution au Kremlin devant les jeunes diplômés des académies militaires russes et les plus hauts cadres de l’armée. M. Poutine s’est aussi dit « sûr » que les sanctions qui frappent la Russie seront « surmontées ».

À Berlin, le ministre allemand de l’Economie et du Climat Robert Habeck a estimé que les baisses de livraison de gaz russe à l’Europe via le gazoduc Nord Stream, récemment décidées par Moscou, sont une « attaque » qui vise à « semer le chaos sur le marché européen de l’énergie ».

« Ce que nous avons vu la semaine dernière revêt une autre dimension. La réduction des livraisons de gaz par Nord Stream est une attaque contre nous », a-t-il affirmé. Cette « attaque économique » a été selon lui « menée de façon délibérée » par Vladimir Poutine.

Dans le sud de l’Ukraine, « des spécialistes d’unités de transmission des forces armées russes ont connecté et reconfiguré vers la diffusion de chaînes russes le dernier des sept émetteurs de télévision de la région de Kherson », conquise par Moscou dès les premiers jours de la guerre, selon un communiqué du ministère de la Défense russe.

Selon le texte, un million d’habitants de la région ont maintenant accès « gratuitement » aux principales chaînes russes, notamment celles du groupe d’audiovisuel public VGTRK, qui relaie activement la ligne du Kremlin.

Depuis que la région est passée sous le contrôle de Moscou, les forces d’occupation y mènent une politique de russification des territoires : la monnaie russe, le rouble, a été instaurée et des passeports russes commencent à être distribués.

Selon l’agence de presse publique russe TASS, l’un des nouveaux responsables pro-russes de la région de Kherson, Kirill Stremooussov, a affirmé que ce territoire pourrait être rattaché à la Russie, « par référendum », « avant la fin de l’année ».

À Washington, le Département d’État a confirmé qu’un deuxième ressortissant américain avait été tué au combat en Ukraine et a réitéré son appel à ne pas aller prendre part au conflit, alors que deux autres Américains ont été capturés par la Russie.

Un porte-parole de la Maison Blanche, John Kirby, a jugé « effroyable » que la Russie évoque la possibilité d’appliquer la peine de mort à ces deux prisonniers.

« Il est effroyable qu’un responsable gouvernemental russe suggère la peine de mort pour deux citoyens américains qui étaient en Ukraine », a déclaré M. Kirby, réagissant aux déclarations du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lors d’une interview à la chaine américaine NBC.

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