Ukraine, Russie, propagande: Macron veut imposer des lignes rouges à Poutine

Poutine et Macron à Versailles, le 29 mai. Photo Christophe Petit Tesson/EPA

Les présidents russe et français ont tenté de réchauffer leurs relations lors d’une rencontre à Versailles, durant laquelle le président français s’est montré intransigeant. Il a notamment fustigé les organes de propagande russes, Sputnik et Russia Today.

Au terme d’un marathon diplomatique sans précédent, le président français a accueilli lundi 29 mai Vladimir Poutine à Versailles, après avoir rencontré Donald Trump ainsi que tous les dirigeants européens à l’OTAN puis en Sicile en fin de semaine dernière.

L’invitation lancée début mai par Macron pour l’inauguration d’une exposition sur la visite du tsar Pierre le Grand en France, il y a 300 ans, montre le besoin réciproque des deux pays de renouer un dialogue, après des tensions sous François Hollande. L’inauguration abandonnée d’une nouvelle église orthodoxe et dorée au centre de Paris à l’automne dernier avait scellé le blocage de la relation entre les deux pays, même si les échanges se poursuivaient par téléphone sur le dossier ukrainien, sous le format « Normandie ».

Arrivé en retard au palais de Louis XIV, le président russe s’est entretenu et a déjeuné avec son équivalent français qui juge qu’il n’y a « pas d’autre choix que de dialoguer avec la Russie », dans le cadre doré du Grand Trianon.

« Pierre le Grand c’est le symbole de cette Russie qui veut s’ouvrir à l’Europe » a assuré Emmanuel Macron, soulignant que « le dialogue entre la France et la Russie n’avait jamais cessé  (…) Aucun enjeu essentiel ne peut être évoqué sans la Russie » a-t-il assuré.

Priorité aux dossiers Ukraine et Russie

Les deux dirigeants ont évoqué longuement la question du terrorisme, avec des angles quelque peu différents, à propos de la Syrie et de l’Ukraine.

« Notre priorité absolue c’est la lutte contre le terrorisme, et l’éradication de Daesh, et c’est pourquoi je souhaite renforcer notre partenariat avec la Russie» a assuré Emmanuel Macron, alors que Vladimir Poutine estimait de son côté que la crise en Ukraine ne pouvait être traité sans l’éradication des terroristes sur place, ces «fléaux du XXIème siècle».

A propos de l’Ukraine, Macron souhaite « que dans les meilleurs délais se tienne un échange sous le format Normandie pour un bilan complet des accords de Minsk, et avoir accès à un rapport détaillé de l’OSCE» sur la situation sur place.

Le président Poutine a évoqué les sanctions économiques, qui n’étaient pas acceptables dans le cadre de négociations internationales selon lui, et appelé à la levée de ces sanctions pour débloquer la situation en Ukraine.

Une position sur laquelle la Commission européenne et la présidence française sont visiblement sur la même longueur d’onde : hors de question de lever ces sanctions, qui concernent notamment des hommes d’affaire russe et ukrainiens, sans progrès dans le conflit sur place. A l’inverse, la présidence française n’écarte pas de nouvelles sanctions.

A propos de la Syrie, les deux parties ont convenu de la mise en place d’un groupe de travail commun destiné à raprocher le partenariat. Mais Emmanuel Macron a prévenu que toute utilisation d’armes chimiques en Syrie ferait l’objet d’une riposte immédiate. Une ligne rouge claire à propos de laquelle le président russe ne s’est pas exprimé.

Approche pragmatique et multilatérales des relations internationales

Peu enclin à la poutinophilie, le président français semble signer là une attitude plus pragmatique que son prédécesseur, inspirée de son conseiller diplomatique, Philippe Etienne, qui est un grand connaisseur de la Russie. «Il y a beaucoup de russophones dans l’équipe Macron, j’espère que ce ne sont pas des experts de l’URSS, mais de la Russie a déclaré le président russe, ironisant sur le fait qu’Emmanuel Macron est classé à gauche, en tout cas vu de Russie.

La relation entre les deux chefs d’Etat est donc aussi, voire surtout le reflet de désaccords profonds. Mais le fait qu’elle existe rejoint le réalisme de la chancelière Angela Merkel à propos du fait que l’Europe doit désormais prendre son destin en main faute de pouvoir compter sur le Royaume-Uni et les Etats-Unis. La rencontre Macron /Poutine tendrait à prouver que l’irruption de Trump dans le paysage géopolitique pourrait favoriser un rapprochement de facto entre l’Europe et la Russie. Mais il s’agit d’un premier pas, qui s’inscrit dans une approche de relations internationales multilatérales. La question de la levée des sanctions envers la Russie n’est donc pas d’actualité, même  si pour la Russie elle représente nécessairement une priorité.

Macron condamne fermement la propagande russe

« La priorité française, c’est l’Allemagne et le projet européen, alors que Moscou avait parié sur le délitement de l’Europe » assure-t-on dans l’entourage du président, reconnaissant de facto que la relation avec la Russie n’a rien de prioritaire.  En tant qu’europhile convaincu et militant, Emmanuel Macron a été la cible directe si ce n’est du Kremlin, du moins de proches du Kremlin durant la campagne présidentielle.

Les médias pro-Russes s'engouffrent dans le tout sauf Macron

Très attentifs à la campagne présidentielle française, Russia Today et Sputniknews témoignent de l’inquiétude du Kremlin face à la popularité du candidat europhile. A la télé russe, un leader nationaliste a promis de « faire élire Marine Le Pen ».

Les médias Russia Today et Sputnik.fr, proches de la droite dure et financé par le ministère de la défense russe, ont attaqué le mouvement En Marche sous tous les angles, qui n’a de son côté pas maché ses mots à l’encontre du pays qui avait accueilli Marine Le Pen durant la campagne. En Marche a finalement refusé l’accès à l’espace presse de ses meetings aux deux représentants de la propagande russes en fin de campagne électorale.

Interrogé sur le sujet, Emmanuel Macron s’est montré irrité contre les médias qui répandent des contre-vérité à son égard.

« Russia today et Sputnik.fr ne se sont pas  comporté comme des organes de presse (pendant la campagne présidentielle), mais de propagande mensongère, ce n’est pas acceptable » a assuré le jeune président visiblement irrité par le sujet, assurant qu’il garantirait en revanche l’accès de toute presse internationale à chacun de ses évènements.

Le président français a indiqué qu’il avait évoqué le sujet de l’ingérence russe dans la campagne française au téléphone avec le président russe, juste après son élection, et qu’il n’en avait pas reparlé par pragmatisme. Mais Poutine a lui, évoqué des affabulations des médias, estimant qu’il n’y avait rien à dire parce que le sujet n’existait pas, et qu’il n’y avait pas d’ingérence. «Qui a dit que les hackers étaient russes, que les fuites venaient de Russie ? On ne sait pas, ca n’existe pas» a assuré le président russe.

Moscou se mobilise pour intensifier la guerre de l’information 

Le ministère de la défense russe a créé une division spécialisée dans la propagande et la guerre électronique.  Un combat doté de 300 millions d’euros et de 1000 personnes. Un effort tout particulier est fait sur la présidentielle française.

Les droits de l’homme en question

Le président français a aussi abordé le sujet des droits de l’homme et notamment des gays persécutés en Tchétchénie.

J’ai rappelé plusieurs sujets, dont l’importance pour la France du respect de toutes les minorités, dont les LGBT en Tchétchénie et les ONG en Russie, et j’ai indiqué les attentes de la France sur ce sujet. Le président Poutine m’a assuré avoir pris des mesures pour faire la lumière sur ces sujets.»

Le Parlement européen s'inquiète des persécutions d'homosexuels en Tchétchénie

Plusieurs groupes politiques du Parlement européen demandent aux services diplomatiques de se mobiliser contre les tortures infligées aux homosexuels en Tchétchénie.

Les opposants russes à Poutine ainsi qu’une partie de la gauche française avaientt reproché, lundi, à Emmanuel Macron, d’accueillir le président russe sous les ors de Versailles, et alors que la Russie réclame le rattachement de la Crimée justement au nom de la Russie de Pierre le Grand. « C’est une erreur » avait assuré l’eurodéputé Vert Yannick Jadot.

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