Un convoi humanitaire russe ravive les tensions en Ukraine

Foto: dpa

Un convoi d’aide russe de 280 camions à destination de l’est de l’Ukraine pourrait être bloqué à la frontière s’il n’est pas accompagné par le Comité international de la Croix-Rouge, une exigence de Kiev.

La tension monte en Ukraine. Alors que Kiev affirme que 45 000 soldats russes se trouvent le long de la frontière, l’OTAN a indiqué qu’il était « très probable » que Moscou intervienne militairement dans l’est du pays, où les forces ukrainiennes encerclent les séparatistes prorusses.

Des représentants occidentaux craignent que le convoi d’aide, censé arriver le 14 ou 15 août, ne cache une action militaire.

« Il faut être extrêmement prudent car ce pourrait être une couverture pour que les Russes s’installent près de Lougansk et de Donetsk et pratiquent la politique du fait accompli », a déclaré Laurent Fabius sur le plateau de France Info le 12 août.

« Cette opération n’est possible, n’est justifiable qu’à partir du moment où la Croix-Rouge aura donné son aval », a-t-il poursuivi.

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Andriy Lysenko, porte-parole du Conseil de sécurité ukrainien, affirme que toute aide venant de Moscou devrait faire l’objet d’un examen par les postes-frontières contrôlés par le gouvernement et être accompagnés de représentants de la Croix-Rouge.

Anastasia Isyuk, porte-parole de la Croix-Rouge à Genève, a néanmoins expliqué à EURACTIV que, même si les discussions étaient en cours, le convoi n’avait pas encore l’aval du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

« Pour l’instant, aucun membre de la Croix-Rouge n’accompagne ce convoi », a-t-elle précisé. « Nous sommes disposés à faciliter la livraison d’aides humanitaires si les détails pratiques sont normalisés et si nous obtenons des garanties en termes de sécurité de la part des deux camps. »

Le CICR a expliqué que sa participation à la mission d’aide dépendrait des garanties de sécurité, de l’accès à la liste des véhicules et du respect du principe de neutralité.

La commissaire européenne en charge de l’aide humanitaire et de la protection civile, Kristalina Georgieva, a d’ailleurs soutenu cette position lors d’une intervention à Bruxelles.

Neutre, impartial et indépendant

L’aide russe « doit être délivrée dans le seul but d’aider les populations touchées », a expliqué la commissaire bulgare à la presse le 12 août. « Cela a toujours été fait en accord avec les principes de neutralité, d’impartialité et d’indépendance. Aucun objectif politique ou d’autres natures ne doit être poursuivi. »

Un autre représentant de l’UE a expliqué à EURACTIV qu’« il était important de souligner que les organisations d’aide internationale et surtout la Croix-Rouge sont les mieux placer pour exécuter [les opérations]. »

Selon Anastasia Isyuk, le CICR a demandé le 11 août des informations sur le type d’aides apportées, dont la quantité d’objets, les conditions de transport et les détails sur le stockage. 

Selon elle, la réponse de Moscou était « positive », mais insuffisante pour obtenir l’aval de l’organisation. 

« Notre travail relève de la neutralité, de l’impartialité et de l’indépendance. Il s’agit d’une condition préalable à la participation du CICR », a-t-elle ajouté. 

Pénuries d’eau et d’électricité

Les conflits dans les régions de Donetsk et Lougansk depuis la mi-avril ont contraignent des centaines de milliers de personnes à fuire. La plupart d’entre elles se sont d’ailleurs réfugiées en Russie.

Des milliers de citoyens à l’intérieur de l’Ukraine seraient à court d’eau, d’électricité et d’assistance médicale à cause des combats. Le président américain, Barack Obama, a déclaré pour sa part que tout intervention russe sans le consentement de Kiev serait inacceptable et irait à l’encontre du droit international.

Le 11 août, Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a également mis en garde « contre toute action militaire unilatérale en Ukraine, sous n’importe quel prétexte, même humanitaire ».

Depuis que les séparatistes se sont emparés de l’est de l’Ukraine il y a quatre mois, plus de 1 500 personnes auraient été tuées. Parmi les victimes, on compte des forces gouvernementales, des rebelles et des civils.

La Commission européenne a annoncé le 11 août que des aides humanitaires supplémentaires à hauteur de 2,5 millions d’euros seraient allouées aux personnes qui sont touchées par le conflit en Ukraine.

« Je demande à toutes les parties de ce conflit de faciliter le travail des organisations humanitaires et de permettre d’assurer une aide aux civils dans le besoin, indépendamment de leur identité et de l’endroit où ils se trouvent », a-t-elle ajouté.

L'Union européenne a décidé d'imposer des sanctions à l'encontre de la Russie en juillet, car Moscou soutiendrait les rebelles dans l'est de l'Ukraine.

Pour la première fois, les sanctions ciblaient de larges secteurs de l'économie russe, dont les compagnies pétrolières, les banques et les entreprises de défense.

Avec ces mesures, les grandes banques d'État russes seront exclues des marchés européens. Le secteur du gaz, dont l'Europe dépend fortement, n'est toutefois pas concerné par ces sanctions.

 

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