Une UE sans le sou rencontre une Russie impérieuse

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Alors que des manifestants font entendre leur mécontentement dans les grandes villes russes suite à des accusations de fraude lors des récentes élections législatives, le président russe se rend à Bruxelles pour rencontrer les leaders européens en pleine crise de la dette.

L'UE et la Russie se montrent toutes deux conciliantes, en amont du sommet UE-Russie des 14 et 15 décembre prochain, lors duquel le président russe, Dmitri Medvedev, se rendra à Bruxelles pour rencontrer les dirigeants européens.

Interrogé sur la tenue des élections législatives en Russie, que l'opposition qualifie de frauduleuses, une porte-parole de la responsable de la politique étrangère de l'UE, Catherine Ashton, s'est montrée prudente.

Maja Kociancic a affirmé que la question des élections serait soulevée lors des discussions, tout en saluant l'annonce de M. Medvedev d'ouvrir une enquête sur les accusations de fraude.

M. Medvedev a en effet déclaré dimanche qu'il avait demandé aux autorités d'enquêter sur ces accusations de fraude lors des élections du 4 décembre, mais il a refusé d'envisager un nouveau scrutin.

La Commission a également publié un communiqué de presse d'Eurostat, montrant que malgré la crise économique, l'activité commerciale entre l'UE des Vingt-Sept et la Russie avait augmenté de 27 % début 2011.

L'ambassadeur russe auprès de l'Union européenne, Vladimir Chizhov, connu à Bruxelles pour son humour mordant lorsqu'il s'agit des échecs de l'Europe, a également adopté une approche pacifique.

« Tous les participants au sommet pourront soulever les sujets qu'ils voudront », a affirmé M. Chizhov, ajoutant que son président ne serait pas surpris que les élections soient mentionnées par ses homologues européens.

Il a également déclaré que les lois russes sur l'organisation de manifestations n'étaient pas différentes de celles régissant ce genre d'évènements dans les pays occidentaux.

Interrogé quant à ses louanges sur les résultats du sommet européen des 8 et 9 décembre derniers, il a expliqué qu'on ne pouvait pas attendre de meilleurs résultats étant données les circonstances.

La Russie renflouerait-elle l'UE via le FMI ?

« Mon pays n'a pas perdu confiance en l'euro », a-t-il ajouté.

Quant à la possibilité que la Russie prête de l'argent au Fonds monétaire international pour l'aider à renflouer les pays de l'UE en difficulté, il a déclaré : « Nous envisageons cette option. »

Lors du sommet de la semaine dernière, les dirigeants de l'UE se sont mis d'accord pour renforcer la capacité du FMI avec 200 milliards d'euros supplémentaires, sous la forme de prêts bilatéraux, afin de l'aider à combattre la crise.

Un diplomate de l'UE a affirmé à EURACTIV qu'il était nécessaire d'agir en ce sens avant de demander l'aide d'autres pays, comme le Brésil ou la Russie.

« Avant de demander aux autres, nous devrions clairement dire quelle somme nous mettons sur la table », a-t-il expliqué.

Plus de flexibilité dans le domaine de l'énergie

Concernant les relations entre l'UE et la Russie dans domaine de l'énergie, M. Chizhov a affirmé que la troisième série de propositions présentée par l'UE pour libéraliser le marché énergétique de l'UE avait en réalité fait preuve d'une certaine « flexibilité », ce qui arrange plutôt bien la Russie. Il a toutefois ajouté que certains pays s'en tenaient à une lecture très stricte des propositions.

Le ministre russe de l'énergie, Sergueï Chmatko, a récemment déclaré que l'UE devrait considérer le projet de gazoduc South Stream, celui privilégié par Gazprom, comme une continuation du réseau de gazoducs russe et qu'elle devrait empêcher l'implication de tiers. A cette occasion, le commissaire européen à l'énergie, Günther Oettinger, a laissé entendre que la Commission européenne allait dans cette direction. Il a par ailleurs qualifié la légitimation d'un traité UE-Russie sur le gaz en novembre 2010 de « pas dans la bonne direction ».

Pas d'ambition impériale vis-à-vis de l'Ukraine

A propos des relations Russie-Ukraine, M. Chizhov a déclaré que l'Ukraine méritait d'être considérée autrement que comme une pomme de discorde entre Moscou et Bruxelles.

« Il est dans l'intérêt de l'Ukraine d'entretenir de bonnes relations à la fois avec l'UE et la Russie », a-t-il expliqué.

Ces paroles contrastent cependant avec le souhait du premier ministre russe, Vladimir Poutine, de créer une Union eurasienne composée de la Russie et des autres Etats de l'ex-URSS.

M. Chizhov a également mentionné l'adhésion de son pays à l'Organisation mondiale du commerce et un accord sur la levée des exigences de visa pour les citoyens de l'enclave russe de Kaliningrad entre la Pologne et la Lituanie, comme des « catalyseurs » pour le développement des relations entre son pays et l'UE.

Il a cependant insisté sur le fait qu'il était essentiel que l'on aboutisse à terme à la levée du régime de visa pour tous les citoyens russes, dans la mesure où cela serait dans l'intérêt des deux parties.

Pas de citoyenneté russe pour les Serbes du Kosovo

Interrogé sur la question du Kosovo, où quelque 20 000 Serbes ethniques auraient demandé la citoyenneté russe, il a répondu que la Russie n'accéderait pas à leur demande, conformément au droit russe. Il a ajouté qu'il était toutefois légitime que la Russie s'intéresse de près aux évènements touchant l'ancienne province serbe du Kosovo.

L'ambassadeur de la Russie auprès de l'OTAN, Dmitri Rogozin, a récemment argué que la Russie devrait porter la plus grande attention aux Serbes du Kosovo qui auraient récemment demandé la citoyenneté russe.

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