L’ambassadeur américain veut une alliance avec Bruxelles face à la Chine

Le président américain Donald Trump (à droite) en compagnie de Jean-Claude Juncker (à gauche), président de la Commission, dans le Bureau ovale à Washington le 25 juillet 2018 [EPA-EFE/KEVIN DIETSCH / POOL]

Les États-Unis et l’Europe  devraient sauver leur « long et fidèle mariage » afin de faire front face à la Chine sur le marché international, a estimé l’ambassadeur américain à Bruxelles.

Au cours d’une mini-conférence de presse à Bruxelles, le 3 septembre, l’ambassadeur Gordon Sondland a appelé à resserrer les rangs entre l’Europe et les Etats-Unis face à la puissance chinoise.

La conclusion d’un accord commercial avec l’UE devrait, bien entendu, aider Washington à transformer son déficit commercial avec l’Europe en un déficit commercial neutre « voire excédentaire », mais que son véritable avantage serait la possibilité de régler la question chinoise.

« Le véritable jackpot serait d’avoir un PIB combiné de 40 000 milliards de dollars pour faire bloc face à la croissance chinoise, au vol de propriété intellectuelle, aux activités illicites et à la militarisation en mer de Chine, bref, toutes ces choses que nous avons enjoint à la Chine de ne plus faire ».

« Le jour où nous aurons réglé nos différends avec l’Europe et que nous serons sur la même longueur d’ondes, nous pourrons agir de concert ; ce sera un moment fort. C’est ce que le président attend », a assuré l’ambassadeur.

Selon Gordon Sondland, les États-Unis seraient prêts à conclure « un accord très ouvert avec l’UE, sans droits de douane, sans entrave au libre-échange, sans subventions, dont la souplesse profiterait aux deux côtés, mais cela signifie aussi qu’il ne faudra pas faire la fine bouche ». Il a néanmoins ajouté qu’il ne voyait pas de « volonté politique de l’UE de conclure un tel accord. Il y a trop d’industries qui ont construit des barricades autour d’elles. »

Malgré un différend commercial important entre l’Europe et les États-Unis, Gordon Sondland reconnaît que des discussions d’ordre technique ont en ce moment lieu. « J’aimerais pouvoir dire que d’ici novembre ou décembre, on aura bien avancé. C’est du moins ce que souhaite le président. » À la question de savoir si l’on peut raisonnablement s’attendre à un accord entre les deux parties d’ici la fin du mandat de la Commission, l’année prochaine, Gordon Sondland a répondu « oui ».

« Plus vite l’affaire aura été conclue, plus vite nous pourrons conjointement nous consacrer au réel problème qu’est la Chine. Il faut que nous en fassions une bonne citoyenne qui sait se tenir dans le monde des affaires », a-t-il insisté.

Dans le même temps, la Chine s’est efforcée de définir des positions communes avec l’UE, en vue de lutter contre les politiques protectionnistes de Donald Trump.

Analyse des investissements

Gordon Sondland a également indiqué que les États-Unis avaient offert leur programme CFIUS, un outil d’analyse des investissements très sophistiqué, à l’UE, qui tente elle aussi de mettre en place un programme .

« Si vous voulez signer un gros contrat avec la Chine, il faut être pleinement conscient de ce que vous faites ; ce serait dommage de penser faire affaire avec une entreprise danoise ou américaine, pour au final vous rendre compte que la Chine est le vrai cerveau ou investisseur », fait remarquer l’ambassadeur.

« Une fois que vous êtes fixé, vous pouvez prendre votre décision. Il va de soi qu’étant donné les désirs expansionnistes de la Chine, nous préférerions voir des ressources ou infrastructures vitales confiées à des acteurs plus amicaux plutôt qu’aux Chinois. »

Quant à l’Europe, elle tente depuis peu de définir ses propres stratégies vis-à-vis de l’ancien empire du Milieu, et de défendre tant bien que mal ses intérêts commerciaux et « territoriaux ». Federica Mogherini, Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères, a récemment dévoilé la réponse européenne à la nouvelle route de la soie.

La Russie et le projet Nord Stream 2 (NS2)

En ce qui concerne la Russie, Gordon Sondland estime que la situation mériterait d’être « redressée d’un cran », et que la question du gazoduc Nord Stream 2 devrait être réexaminée.

« Et l’affaire Nord Stream 2 vient nous ôter un moyen de pression, puisque la Russie va s’enrichir grâce à ce gazoduc qui crée une certaine dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie. À part ça, je pense que l’Europe et les États-Unis s’accordent sur les  activités illicites  de la Russie  », souligne-t-il.

L’ambassadeur a répété que l’administration américaine « était résolument opposée à Nord Stream 2 pour une seule et bonne raison : car elle estime que Nord Stream 2 ne garantit pas l’indépendance énergétique que l’Europe devrait et pourrait avoir ».

« Il y a une rumeur selon laquelle notre opposition à NS2 ne serait rien d’autre qu’un stratagème pour essayer de vendre plus d’énergie américaine à l’Europe. Certes, les États-Unis voudraient vendre plus d’énergie à l’Europe, mais ce n’est en aucun cas le raisonnement du président. Il ne s’agit pas de vendre plus de GNL ou quoi que ce soit d’autre… Il s’agit de ne pas mettre l’énergie de l’Europe entre les mains de ceux qui pourraient un jour se retourner contre elle et freiner son approvisionnement au pire moment possible », a-t-il insisté.

« Que l’Europe se fournisse en énergie chez nous ou tout autre nation amie sur Terre, cela nous importe peu. Mais si ce que je viens de décrire venait à se réaliser, alors les États-Unis n’auraient pas d’autre choix que d’intervenir. Et entendons-nous bien : nous faisons cela, pas parce qu’on nous y oblige, mais parce que c’est comme cela que nous fonctionnons. Et nous voulons à tout prix éviter cette situation en évitant que l’Europe ne se mette dans cette situation », conclut-il.

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