Les républicains mettent en garde Joe Biden contre la conclusion d’un « accord détourné » avec Berlin

Plusieurs républicains américains ont mis en garde le président Joe Biden sur la possibilité de conclure « un accord détourné » avec l’Allemagne concernant le gazoduc Nord Stream 2. Ils ont également appelé à plus de sanctions contre les sociétés impliquées dans le projet de la mer Baltique. EPA-EFE/CLEMENS BILAN [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Plusieurs républicains américains ont mis en garde le président Joe Biden sur la possibilité de conclure « un accord détourné » avec l’Allemagne concernant le gazoduc Nord Stream 2. Ils ont également appelé à plus de sanctions contre les sociétés impliquées dans le projet de la mer Baltique.

Les déclarations fortes du gouvernement contre le gazoduc n’ont pas été suivies par des mesures ad hoc, a déploré un groupe de républicains dans une lettre datée du 5 mars et envoyée au secrétaire d’État américain Antony Blinken.

« Nous craignons que cette divergence ne puisse s’expliquer que par la volonté de nouer un accord en catimini avec l’Allemagne. Tout accord qui ne met pas un terme à la concrétisation du Nord Stream 2 serait malavisé », ont-ils écrit dans la missive publiée par le service de presse de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants.

L’administration de Donald Trump, comme celle de son prédécesseur Barack Obama, s’était opposée au projet arguant qu’il renforcerait l’influence économique et politique du président russe Vladimir Poutine en Europe.

La suppression du projet Nord Stream 2 a longtemps été une priorité bipartite, tandis que les membres du Congrès américain avançaient que sa concrétisation appuierait le poids de Vladimir Poutine au détriment des alliés européens. En hiver, la Russie a d’ailleurs réduit son approvisionnement en gaz vers l’Ukraine et dans d’autres parties d’Europe sur fond de différends en matière de prix.

Joe Biden lui-même avait publiquement fait savoir que ce gazoduc était « un mauvais accord pour l’Europe » et qu’un paquet de sanctions sur le projet était en cours d’élaboration.

Cependant, le gouvernement allemand et le secteur des affaires ont indiqué, à maintes reprises, qu’ils n’abandonneraient pas le projet russe malgré les sanctions américaines.

Nord Stream 2 : la décision d'arrêter le projet reviendra à l'Allemagne

L’Union européenne n’a pas besoin du gazoduc Nord Stream 2 pour sa sécurité énergétique, mais toute décision d’arrêter le projet de transport de gaz naturel russe vers l’Allemagne devrait venir de Berlin.

Des sources allemandes ont révélé plus tôt cette année dans un entretien avec Euractiv Allemagne qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter des répercussions des mesures des États-Unis sur l’économie.

Dans leur lettre, les républicains ont classé une quinzaine de sociétés devant être inscrites sur la liste de sanctions de M. Blinken en raison de leurs activités dans le projet et du manque de restrictions introduites à leur encontre.

« Au vu de l’avancement des travaux de Nord Stream 2, nous vous exhortons à soumettre au Congrès une liste de noms mise à jour dès que les informations pour ce faire seront rendues disponibles, plutôt qu’à attendre la fin de la période d’examen et le nouveau rapport obligatoire du Congrès prévu pour le 17 mai », peut-on lire dans le document.

Jusqu’à présent, les États-Unis n’ont seulement imposé des sanctions qu’envers la société russe de navires câbliers KVT-RUS ; une décision que l’ancien président Donald Trump avait prise peu de temps avant la fin de son mandat en janvier.

La semaine dernière, l’Autorité danoise maritime a révélé qu’un nouveau vaisseau russe serait bientôt déployé afin d’accélérer la finition des travaux du gazoduc.

Par ailleurs, le sénateur américain Ted Cruz a suspendu la confirmation finale du nouveau directeur de la CIA William Burns par Joe Biden, afin d’exercer des pressions sur l’administration américaine et de marquer sa volonté d’imposer des sanctions supplémentaires sur Nord Stream 2.

« J’accepterai la désignation de William Burns lorsque l’administration Biden respectera son obligation légale d’analyser et de sanctionner les bateaux et les sociétés actives dans la construction du pipeline de Vladimir Poutine », a écrit M. Cruz sur Twitter vendredi 5 mars.

Selon la lettre, les républicains soupçonnent le gouvernement Biden d’envisager d’annuler toute menace de sanctions supplémentaires si l’Allemagne venait à prendre des engagements, par exemple, en matière d’investissements dans l’infrastructure européenne énergétique.

« Troquer des sanctions du Congrès en échange d’une vague promesse visant à garantir l’approvisionnement gazier à l’Ukraine ou d’une promesse d’investir dans l’infrastructure européenne énergétique saperait non seulement les intérêts américains et européens en matière de sécurité, mais représenterait également un affront aux prérogatives constitutionnelles du Congrès. »

« Il serait très inquiétant que nos alliés et partenaires européens ne soient pas consultés au cours des négociations américaines avec Berlin concernant le gazoduc, sachant que la majorité de l’Europe continue de s’opposer à la finalisation du projet », appuie la lettre.

« Notre partenaire stratégique ukrainien et nos alliés en Europe centrale et orientale doivent en particulier être tenus informés, de façon sérieuse, du processus de négociations avec l’Allemagne. »

Les républicains ont aussi appelé Joe Biden à soutenir les efforts effectués pour raviver la flamme avec l’Allemagne.

« Le Congrès et Washington campent certes sur leur position en défaveur du projet, mais le président Biden souhaite éviter le conflit avec la chancelière Merkel », a dévoilé Steven Pifer, ancien ambassadeur américain en Ukraine. De ce fait, pourquoi ne pas envisager une solution innovante ?

Si Gazprom acceptait d’augmenter les recettes du transit de gaz pour l’Ukraine, l’administration Biden aurait une raison de ne pas imposer des sanctions et des arguments pour contrer les critiques de ceux qui souhaitent l’interruption des travaux, a ajouté M. Pifer.

« Il s’agit d’une situation gagnante à trois niveaux : Kiev pourrait obtenir un complément de recettes nécessaire à son budget d’État, tandis que Washington et Berlin lèveraient un obstacle à leur programme bilatéral. »

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