La participation électorale américaine devrait écrire une nouvelle page de l’histoire du pays

Bien que les élections américaines aient lieu le 3 novembre, les scrutins sont ouverts depuis des semaines. Plus de 73 millions de personnes ont déjà voté, et au vu du climat actuel, le taux final de participation pourrait être historique. EPA-EFE/MARIO CRUZ [EPA-EFE | Mario Cruz]

Bien que les élections américaines aient lieu le 3 novembre, les scrutins sont ouverts depuis des semaines. Plus de 73 millions de personnes ont déjà voté et, au vu du climat actuel, le taux final de participation pourrait être historique. Un article d’Euractiv Allemagne.

Les élections américaines sont en bonne voie pour atteindre un taux de participation historique, malgré la hausse des infections par le nouveau coronavirus.

Dimanche (25 octobre), neuf jours avant les élections présidentielles, les suffrages avaient dépassé l’ensemble des votes anticipés en 2016. Mercredi (28 octobre), le United States Elections Project indiquait que plus de 73 millions d’Américains avaient déjà voté, grâce au vote par anticipation ou par correspondance. Un chiffre qui représente déjà la moitié du total des votes en 2016.

De ce fait, Michael McDonald, professeur à l’Université de Floride et chef du projet, prédit que 150 millions de personnes participeront aux votes. D’après Reuters, ce taux serait le plus haut depuis 1908.

Percée des démocrates grâce aux votes anticipés

Depuis le début de l’année, la campagne électorale de l’ancien vice-président Joe Biden appelle les électeurs à voter par correspondance ou par anticipation afin de limiter la propagation du Covid-19 dans les bureaux électoraux pleins à craquer. D’après les données du United States Elections Project, les démocrates bénéficient actuellement d’un avantage de « deux contre un » dans les votes anticipés. Toutefois, les républicains pourraient encore combler l’écart.

En outre, le président Trump est à la traîne par rapport à son concurrent, tant dans les sondages nationaux que dans les « États pivots » (Swing states), que les candidats doivent remporter pour prendre la tête du pays. Dans ce contexte, le bureau de scrutin FiveThirtyEight prononce M. Biden vainqueur à 89 %.

Malgré cet avantage, les dés ne sont pas encore jetés. Donald Trump compte sur une participation plus importante des républicains le jour des élections qui pourrait faire la différence. « Nous allons assister à une grande vague rouge », a-t-il promis à ses sympathisants dans le Michigan mardi (27 octobre).

« Ce n’est pas parce que les démocrates ont un avantage, qu’ils le garderont », a fait remarquer Lisa Lehrer, reporter politique pour le New York Times la semaine dernière. Par ailleurs, M. Trump ne doit pas forcément résorber l’écart au niveau national, mais seulement dans les États pivots.

La perte de poids de l’Oncle Sam sur la scène internationale

L’image des États-Unis d’Amérique n’a jamais été si terne aux yeux du monde, selon un sondage mené par le centre de recherche Pew Research, soulignant les lacunes américaines dans la politique étrangère et la gestion du SARS-CoV-2.

Accusations infondées de fraude électorale

Depuis des mois, Donald Trump affirme, sans preuve, que les votes par correspondance laisseront place à la fraude électorale. « Les votes par correspondance sont très dangereux, car ils encouragent la fraude », avait-il déclaré en mai.

Les experts ne sont toutefois pas du même avis. Ellen Weintraub, présidente de la Commission électorale fédérale (FEC) avait alors tweeté : « Cette théorie du complot est infondée. Il n’y a aucune preuve selon laquelle les votes par la poste favoriseraient une quelconque forme de trucage. Aucune. »

Des études indiquent que la fraude électorale n’est pas un problème répandu aux États-Unis. Un rapport du Brennan Center for Justice datant de 2017 estime que le taux de fraude se situe entre 0,000 04 et 0,000 09 %. « L’analyse des faits montre que les cas de fraude sont rares et ne se produisent pas à une échelle assez importante pour “truquer” une élection », peut-on lire dans le document.

En 2018, le locataire de la Maison blanche avait même dissout la commission qu’il avait lui-même mise en place pour examiner des cas de fraudes présumées au fil des élections de 2016. Le groupe n’avait alors trouvé aucune preuve de trucage.

Quid de la Cour Suprême ?

Par ailleurs, certains craignent que le président tente de se proclamer vainqueur le soir des résultats, avant la fin du décompte. « Ce serait plus correct et très bien si le vainqueur était déclaré le 3 novembre au lieu de compter les votes pendant deux semaines, ce qui est complètement inapproprié, et je ne pense même pas que cela soit conforme à nos lois », a-t-il déclaré à plusieurs journalistes présents à la Maison blanche.

Joe Biden souligne depuis des mois que « ce président tentera de “voler” les élections de manière indirecte, notamment en arguant que le système de vote par correspondance ne fonctionne pas ».

L’arrêt récemment rendu par la Cour Suprême des États-Unis a renforcé cette inquiétude. Lundi (26 octobre), la juridiction a décidé que le Wisconsin ne pouvait pas compter les votes par correspondance envoyés avant le jour du scrutin, mais reçus après le 3 novembre. Aux yeux de la majorité (cinq contre trois), le rejet de ces voix lors du décompte « permet d’éviter le chaos et le soupçon d’irrégularité qui peuvent surgir lorsque des milliers de bulletins par la poste sont reçus après le jour du scrutin et pourraient inverser les résultats des élections », avance le juge Brett Kavanaugh.

Dans ce contexte, il cite l’exemple de Bush vs. Gore en 2000. La Cour suprême avait ordonné un recomptage manuel des voix en Floride, à l’issue duquel George Bush avait été prononcé vainqueur avec une majorité infime de 537 voix. Il avait ainsi remporté le collège électoral et donc la présidence – même si Al Gore avait obtenu plus de voix au regard des chiffres absolus.

Plusieurs électeurs redoutent une nouvelle intervention similaire de la part de la Cour Suprême, et ce notamment depuis qu’Amy Coney Barrett, la troisième juge nommée par Donald Trump, y a prêté serment.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer