Les pays de Visegrád cessent d’inspirer ceux du Partenariat oriental

Les dirigeants des pays de Visegrád, lors d'une réunion à Varsovie: Robert Fico (Slovaquie), Viktor Orban (Hongrie), Beata Szydlo (Pologne) et Bohuslav Sobotka (République tchèque). [Leszek Szymanski/EPA]

Les pays de Visegrád, submergés par l’euroscepticisme et le populisme, ne peuvent plus « exporter » leur expérience de transition démocratique vers les pays du Partenariat oriental. Un article d’Euractiv Slovaquie.

Les pays du groupe de Visegrád (Pologne, République tchèque, Slovaquie et Hongrie) ont joué un rôle important dans la conclusion du Partenariat oriental. Ce partenariat allie l’UE à six anciennes républiques soviétiques, dans le but de soutenir leurs ambitions européennes et la transformation démocratique des pays à la frontière Est du bloc européen.

Lors d’une conférence sur le partenariat, organisée à Bratislava par l’Association slovaque de politique étrangère, les spécialistes préviennent cependant que face à la hausse de l’euroscepticisme et du populisme, les dirigeants des pays de Visegrád sont en train de perdre à la fois leur motivation et leur capacité à soutenir leurs voisins orientaux.

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Les relations avec l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie sont destinées à être approfondies. L’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Biélorussie font aussi partie du projet, mais dans une optique différente.

Intérêt et crédibilité en berne

Par le passé, les pays d’Europe centrale voyaient dans ce partenariat une occasion d’« exporter » leur expérience de transition et d’intégration européenne. « Aujourd’hui, nous pourrions plutôt partager les leçons des échecs de certains de nos propres processus démocratiques », estime Miriam Lexmann, de l’Institut républicain international.

Michal Šimečka, de l’Institut de relations internationales de Prague, trouve pour sa part que la situation politique interne des pays de Visegrád et leur position dans l’UE rend tout partage d’expérience hors de propos. C’est surtout le cas de la Hongrie et de la Pologne, et, dans une moindre mesure, de la République tchèque, qui s’apprête à être gouvernée par le milliardaire eurosceptique Andrej Babiš.

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Le spécialiste souligne que le gouvernement Babiš poursuivra la politique de non-intérêt vis-à-vis du Partenariat oriental. Pour l’expert indépendant polonais Grzegorz Gromadzki, il en sera de même avec le gouvernement polonais, même si Varsovie était à l’origine, avec la Suède, du partenariat. « Aujourd’hui, le sujet n’intéresse plus les hommes politiques » polonais, assure-t-il.

Le seul pays du partenariat auquel la Hongrie prête un tant soit peu d’attention, selon András Racz, de l’université catholique Péter Pázmány, à Budapest, est l’Ukraine. Et cela s’explique par la minorité hongroise vivant dans la région de Transcarpatie.

D’un point de vue purement théorique, la Hongrie soutient théoriquement toujours le partenariat, parce que « les mots ne veulent pas dire grand-chose dans la politique hongroise », explique András Racz, mais à l’arrivée des élections parlementaires, « la politique étrangère sera complètement subordonnée aux intérêts politiques internes ».

Le facteur russe

Les relations bilatérales sont en outre influencées par les positions des pays de Visegrád vis-à-vis de la Russie. Et sur ce point, ils ne sont pas du tout sur la même longueur d’onde. Si la Pologne est traditionnellement méfiance à l’égard de Moscou, la Hongrie de Viktor Orbán cultive activement ses relations avec Vladimir Poutine.

Pour András Racz, le point qui unit Moscou et Budapest n’est pas le soutien à l’unité slave ou à d’autres politiques russes, mais l’opposition au monde occidental, à l’UE et à l’OTAN. L’expert souligne que la Hongrie est le seul pays européen qui tente actuellement de renforcer ses liens avec Moscou, en augmentant sa dépendance au gaz russe, par exemple.

« Une opposition plus efficace des pays du groupe de Višegrad à la campagne de désinformation russe leur permettrait de formuler plus clairement leur relation avec les pays du Partenariat oriental », regrette Miriam Lexmann.

Un avenir européen ?

Les pays du partenariat, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine, attendent toujours un sommet européen pour discuter de l’avenir de l’initiative. Pourtant, comme l’indique Florent Marciaq, du Centre franco-autrichien pour le rapprochement en Europe, les États membres sont divisés à ce sujet.

« D’un côté, il y a une perspective d’adhésion à l’UE, et de l’autre des pays qui refusent absolument cette idée », assure-t-il. « Tant que l’UE n’aboutit pas à un accord sur la raison d’être du Partenariat oriental, tout progrès sur l’intégration dans ces pays serait impossible. »

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