Vladimir Poutine obtient la bénédiction des Russes pour présider jusqu’en 2036

Une femme brandit une affiche sur laquelle est écrit "boycottez les amendements de Poutine" (Saint-Pétersbourg, 1er juillet 2020). [EPA-EFE/ANATOLY MALTSEV]

Mercredi 1er juillet, Vladimir Poutine a remporté un référendum constitutionnel qui lui permettra de rester au pouvoir en Russie au-delà de 2024. Le scrutin a été fortement critiqué, notamment pour son manque de transparence. Un article d’Euroefe.

Selon la Commission électorale russe, sur la base du décompte de 63,5 % des voix, 77,2 % des électeurs auraient voté « oui » à l’amendement de la constitution proposé par Vladimir Poutine et le parti du Kremlin.

C’est presque le même résultat que lors du référendum sur les élections présidentielles de 2018 : le dirigeant russe avait alors obtenu le soutien de 76,69 % des citoyens.

Aucune succession en vue

Cette victoire autorise Vladimir Poutine à renouveler son mandat de six ans à deux reprises, ce qui lui permettrait de rester au pouvoir jusqu’en 2036. Il deviendrait ainsi le dirigeant à avoir exercé le plus longtemps au cours des mille ans d’histoire de la Russie.

Le président, qui a voté au siège de l’Académie des sciences de l’avenue Lénine, comme à son habitude, a indiqué récemment qu’il hésitait encore à renouveler sa candidature à la fin de son mandat actuel, dans quatre ans. Mais il a tout de même affirmé qu’il « [fallait] travailler et non chercher des successeurs ».

« Après Poutine viendra Poutine », a proclamé Viacheslav Volodin, le président de la Douma, l’Assemblée législative russe.

Cinquante millions de votes anticipés

Situation inédite, plus de la moitié des électeurs ont eu recours au vote anticipé. Les autorités ont en effet ouvert les écoles dès le 25 juin, soit une semaine à l’avance, pour éviter les attroupements et une deuxième vague de COVID-19.

D’après la Commission électorale, plus de 50 millions de Russes se sont rendus aux urnes les six jours précédant le mercredi 1er juillet, date officielle du référendum. Seuls quelques millions de citoyens sont allés voter le jour J. L’opposition politique considère ce système de vote anticipé comme un terrain propice à la fraude.

Le ministère de l’Intérieur a enregistré plus de 800 plaintes pour irrégularités, mais ne les considère pas comme suffisamment importantes pour influencer le résultat du référendum.

Ce n’est pas ce que pense l’opposition ou les organisations de défense des droits civiques, comme Golos. Selon l’ONG russe, ni les assesseurs ni les membres indépendants des commissions électorales ne peuvent contrôler le déroulement du vote.

La presse indépendante et les partis d’opposition signalent que le personnel de santé, les enseignants, les conducteurs de transports en commun, les ouvriers d’usine et du bâtiment, les fonctionnaires et les militaires ont tous été obligés à voter. Ces derniers, souligne la Défense, sont presque 100 % à s’être rendus aux urnes.

Mais malgré la pression exercée sur les électeurs et la propagande en faveur du « oui », le taux de participation n’a pas dépassé les 65 %.

Pas d’opposition au Kremlin

La pandémie et l’interdiction de mener campagne ont mis hors-jeu l’opposition, partagée entre les appels au vote négatif, le boycott du référendum et la contestation des résultats.

Le parti communiste est le seul groupe représenté au Parlement russe à s’être opposé à la réforme constitutionnelle. Mais comme les rassemblements sont interdits à cause de la pandémie, le parti a dû se résoudre à dénoncer le risque sanitaire que représente un tel référendum dans le troisième pays du monde le plus atteint par le coronavirus.

Il y a un an, Moscou avait été le théâtre de la plus grande manifestation antigouvernementale jamais organisée au cours des dix dernières années en Russie. Mais cette semaine, seules quelques centaines d’activistes se sont rassemblés sur la place Pouchkine dans la capitale, et de petites grèves ont eu lieu à Saint-Pétersbourg et à Nijni Novgorod.

Seul semblant de rébellion, des sondages alternatifs effectués à la sortie des bureaux de votes de Moscou et de Saint-Pétersbourg par le réseau « Niet ». D’après le mouvement de contestation, les deux plus grandes villes du pays rassemblent « près de la moitié des électeurs ».

Le chef de la diplomatie européenne ne veut pas voir la Russie revenir au G7

Josep Borrell, le diplomate en chef de l’UE, a rejeté l’idée lancée par la Maison Blanche de réinviter la Russie à la réunion du G7 dès cette année. Les conditions pour un retour ne sont pas réunies, a-t-il indiqué.

Les réformes passées sous silence

Même si le référendum visait à modifier plus de 200 lois, les Russes ont été appelés aux urnes pour approuver tous les amendements d’un seul coup. Cette stratégie n’a fait qu’entretenir le flou autour de la réforme et a finalement limité le scrutin à un vote sur la personne de Vladimir Poutine, dont la popularité est au plus bas depuis son arrivée au pouvoir il y a 20 ans.

À l’exception de l’amendement qui permettra au président d’exercer un cinquième puis un sixième mandat, toutes les autres réformes constitutionnelles ne sont que cosmétiques, selon les analystes.

Les réformes les plus controversées portent sur l’indexation annuelle des pensions, la baisse du salaire minimum, l’existence de Dieu, la priorité de la législation nationale sur le droit international, la promotion du mariage hétérosexuel, ou encore le fait que la Russie est décrite comme l’héritière de l’Union soviétique.

Fracture générationnelle

Les résultats du référendum illustrent clairement le fossé générationnel qui existe en Russie. Alors que les personnes âgées soutiennent la réforme sans hésitation, les plus jeunes la rejettent ouvertement.

Ce clivage était particulièrement net dans les grandes villes, où les nouvelles générations voient Vladimir Poutine comme le représentant de l’immobilisme, tant économique qu’idéologique.

« Je suis contre les tsars absolutistes. Nous avons besoin de changement. Je ne connais personne qui soutienne la réforme constitutionnelle », a indiqué Maxim, un avocat de 26 ans, à Euroefe.

Les votes électroniques, qui ont uniquement eu lieu à Moscou et à Nijni Novgorod, reflétaient clairement cette opinion : environ 40 % des électeurs se sont prononcés contre la réforme.

Pour les retraités, en revanche, Vladimir Poutine incarne une sacrosainte stabilité – à savoir, l’absence de cataclysmes politiques, la sécurité publique et le paiement des pensions dans les délais.

« [C’est] le premier dirigeant russe dont je n’ai pas honte. Et pour information, j’ai 80 ans. J’ai vu passer beaucoup de leaders qui buvaient beaucoup ou qui n’étaient pas sains d’esprit », signale Svetlana, une Moscovite.

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