Vladimir Poutine sera mis en garde contre des « tendances répressives »

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Le 31e sommet UE-Russie sera organisé aujourd’hui (3 juin) dans la ville d’Iekaterinbourg dans l’Oural. Aucune avancée majeure ni surprise n’est attendue, mais des représentants de l’UE devraient mettre en garde le président Poutine contre des « tendances répressives » en Russie.

 



Selon des sources de l'UE, les relations bilatérales pourraient porter leurs fruits si les engagements déjà pris étaient respectés, dont les libertés fondamentales de réunion et d'expression.

« Nous devons être très francs, de profondes préoccupations sur certains éléments de l'évolution de la Russie seront soulevées au cours du sommet, surtout les nouvelles lois restrictives, qui compliquent l'exercice des droits démocratiques et des libertés pour la société civile russe », a expliqué un diplomate de l'UE à des journalistes.

Il a déclaré que l'application de ces lois avait à présent commencé et qu'elle démontrait « malheureusement » que toutes les craintes initiales de l’UE étaient « totalement justifiées ».  Selon le diplomate, l'UE est certaine que la Russie rejettera les critiques.

Le sommet à Iekaterinbourg débutera par un dîner et les discussions se prolongeront jusqu'au lendemain pour se conclure par un déjeuner.

L'énergie, les relations commerciales mondiales et la question des visas seront discutées, mais aucune avancée majeure n'est attendue, ont déclaré des diplomates.

L'émergence d'une dictature ?

Une conférence sur la Russie organisée à Bruxelles vendredi (31 mai) a laissé paraître un portrait sombre de la montée de l'autoritarisme dans le pays. Au cours de cet évènement organisé par le Centre UE-Russie, Ben Judah, un correspondant en Russie pour Reuters, a déclaré que le pays avait « cessé d'être une démocratie dirigée » et devenait plutôt une « dictature émergente ».

Il a ajouté que l'UE devait redéfinir sa politique envers la Russie, car le pays avait fortement évolué.

Selon Alain Délétroz, vice-président du groupe de réflexion International Crisis Group, Vladimir Poutine n'a « aucun respect » pour l'UE, surtout en raison du silence de l'UE sur l'évolution de la Russie. Il a indiqué que la Russie préférait avoir affaire aux 27 membres actuels de l'UE de manière bilatérale, ce qu’elle fait « très bien » selon lui, en optant pour des négociations bilatérales souvent à l’encontre de l’intérêt commun de l'UE.

Luis Felipe Fernández de la Peña, le directeur général pour l'Europe et l'Asie centrale au sein du Service européen pour l'action extérieure de la Commission (SEAE), accepte le concept de « reconsidération » seulement si « tout » doit être reconsidéré. Malgré les critiques selon lesquelles l'Union européenne agissait souvent par intérêt, il a déclaré que les relations entre l'UE et la Russie étaient fondées à la fois sur l'intérêt et sur les valeurs.

Confronté à des critiques du SEAE, M. de la Peña a également indiqué que la mise sur pied d'une politique extérieure de l'UE prendrait du « temps géologique ».

Les discussions ont également abordé la solidité du pouvoir de Vladimir Poutine.   M. Judah a cité plusieurs exemples de ses déplacements en Russie. Il a expliqué que le sentiment antiélitiste d'un grand nombre de Russes, énervés par l'état des routes et des hôpitaux, signifiait clairement que la majorité en faveur de Vladimir Poutine constituait dorénavant « un mythe ».

Ksenia Vakhrusheva, membre du comité directeur du Forum de la société civile UE-Russie, une ONG, a indiqué qu'elle ne partageait pas la même opinion que Ben Judah, car elle estime que les Russes qui se souvenaient de la défaillance de l'État sous le précédent président, Boris Eltsine, n'étaient pas encore en mesure de s'opposer à Vladimir Poutine. 

Syrie

La Syrie devrait également être évoquée au cours du sommet bilatéral. La Russie soutient d'ailleurs fortement le régime de Bachar al-Assad. L'UE fait son possible pour contribuer à l'organisation d'une conférence de paix sur la Syrie à Genève à la fin de ce mois-ci.

Comme l'a expliqué l'ambassadeur russe auprès de l'UE, Vladimir Chizhov, à des journalistes, l'incapacité à renouveler l'embargo de l'UE sur les armes le 27 mai « n'aidait pas » dans ce contexte.

Au cours d'une autre conférence, M. Chizhov, réputé pour son sens de l'humour caustique, a déclaré qu'il adoptait une « attitude positive » vis-à-vis de la capacité de l'UE à atteindre des décisions communes, mais demeurait « un peu perplexe » quant à ses performances sur la Syrie. Le message de l'UE aux forces antigouvernementales était : « Patientez jusqu'août et les armes [de l'UE] arriveront », selon lui.

L'ambassadeur a également précisé que les missiles antiaériens S-300 russes envoyés à la Syrie dépendaient d’un accord de 2007 dans le seul but de se défendre et ne pouvaient pas être utilisés contre d'autres cibles que les avions.

Les sommets UE-Russie sont organisés deux fois par an. Le dernier s'est tenu le 21 décembre 2012 et n'a abouti à aucune décision majeure. Le président russe, Vladimir Poutine, s'est donné en spectacle devant la presse et a déclaré au président de la Commission, José Manuel Barroso, que son interprétation des règles en matière de libéralisation de l’énergie était erronée.

>> Lire : Les dirigeants européens discutent de la Russie et préparent un sommet sur l’énergie

Moscou a organisé une réunion entre la Commission de l'UE et le gouvernement russe les 21 et 22 mars. La crise bancaire chypriote figurait au sommet de l'ordre du jour.

>> Lire : Le renflouement de Chypre dominera les discussions entre l’UE et la Russie

  • 5-6 sept. 2013 : la Russie organisera le sommet du G20 à Saint-Pétersbourg

 

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