Contrer la désinformation russe

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Vladimir Poutine en visite sur Russia Today. [Kremlin.ru]

Une guerre de l’information est en cours, au moins aussi intense que du temps de la guerre froide, et nous avons tendance à la sous-estimer. Les démocraties européennes sont prises en étau entre deux faits majeurs de la décennie écoulée, et elles rechignent à l’admettre. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

D’un côté, une gigantesque révolution vient, en dix ans à peine, de modifier nos comportements. Les réseaux sociaux ont transformé le lien social, les jeux de pouvoir, les liens affectifs. Jusqu’à notre façon de marcher, ou de trébucher, dans la rue, l’œil rivé sur le téléphone. Et nous n’avons que peu de prise sur ce processus, car les clefs des géants du Web qui structurent notre univers, sont américaines.

De l’autre côté, un schéma plus classique est de retour. La Russie, depuis dix ans aussi, n’est plus sur le repli. Elle œuvre à reconstruire un espace d’influence aux dépens principalement de l’UE. En soutenant le néonationalisme sous toutes ses formes, à l’aide, justement, des nouveaux outils numériques. On le voit tous les jours sur le Net. Et bientôt sur nos écrans avec l’arrivée imminente de Russia Today en français, la chaîne du Kremlin, dont le budget de lancement s’élève à vingt millions d’euros.

Nos démocraties sont donc actuellement sous le feu croisé de ces deux processus. Chaque jour, de nouvelles révélations le confirment. Une main russe a agi durant le référendum du Brexit, l’élection de Trump, et la révolte catalane du 1er octobre. La campagne d’Emmanuel Macron n’a pas été épargnée. Ni l’Allemagne, cible privilégiée des outils de la désinformation russe.

Mogherini jugée inefficace face à la désinformation russe

Soixante-cinq experts et parlementaires de 21 pays ont signé une déclaration reprochant à la cheffe de la diplomatie européenne de ne pas prendre assez de mesures contre la désinformation russe.

Miner la confiance

Dans un entretien à Ouest-France, il y a un an, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, alertait sur ce sujet. Là où les Russes emploient des milliers d’agents chargés de contaminer nos réseaux sociaux et d’influencer les débats, l’Union européenne ne déploie que de faibles moyens.

Un groupe de travail existe à Bruxelles, au sein du Service extérieur de l’UE. Elle s’appuie sur plusieurs centaines de correspondants bénévoles, mais manque de budget et ne dispose que d’une quinzaine d’opérateurs russophones. Journalistes, universitaires, diplomates, experts en communication. Leur mission n’est pas d’élaborer une contre-propagande, comme les services de renseignement classiques, mais d’effectuer une veille.

« L’enjeu est sous-évalué », nous explique un bon connaisseur de cette East Stratcom Task Force. « La désinformation a des répercussions réelles sur notre champ politique ». Aussi modeste soit-il, ce travail de veille est très instructif sur les priorités russes. « L’objectif des Russes, c’est de détruire la confiance à la base de la société démocratique. Tout ce qui peut accréditer l’idée que l’Europe est faible, soumise aux Américains, instable, en train d’éclater, débauchée, moralement dégradée est systématiquement utilisé. » Aussi bien en direction de nos opinions que de l’opinion russe.

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Les présidents russe et français ont tenté de réchauffer leurs relations lors d’une rencontre à Versailles, durant laquelle le président français s’est montré intransigeant. Il a notamment fustigé les organes de propagande russes, Sputnik et Russia Today.

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