Pourquoi la recherche européenne en matière de défense est si importante

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La défense ne peut plus seulement relever du niveau national. Une défense européenne serait plus puissante que la somme de ses composantes. Elle doit donc être mise en place dès aujourd’hui, et inclure davantage de coopération dans l’innovation, les capacités de pointes, la recherche et la technologie, estime Jorge Domecq.

Jorge Domecq, diplomate espagnol, est directeur exécutif de l’Agence européenne de défense (AED) depuis février 2015. Auparavant, il était ambassadeur de son pays à l’OSCE et aux Philippines et a aussi occupé différents postes aux ministères espagnols des Affaires étrangères et de la Défense, ainsi qu’à l’OTAN. L’Agence européenne de défense (AED) est une agence intergouvernementale du Conseil de l’UE créée en 2004 pour soutenir les États membres à développer leurs capacités de défense et leur coopération militaire, à stimuler la recherche et les technologies (R&T) et à renforcer l’industrie européenne de défense.

La recherche est vitale. Prenons l’exemple du projet Galileo: l’Union européenne et l’Agence spatiale européenne ont convenu de lancer ce programme ambitieux en 2003. Inspiré par le génie de l’un des plus grands penseurs d’Europe, Galileo ne visait pas seulement à propulser l’Europe au sommet du marché mondial des systèmes de navigation par satellite (un marché de 175 milliards EUR), mais devait aussi profiter aux services et utilisateurs européens, stimuler l’innovation et créer des emplois. Ses applications sont colossales, allant des services de recherche et de sauvetage à la recherche scientifique et aux services de positionnement (GPS) utilisés dans les voitures, mais aussi pour le trafic aérien, maritime, ferroviaire et même pédestre. Galileo assure à l’Europe son indépendance en matière d’accès aux signaux satellites. D’un point de vue politique ou économique, la mise en place d’un tel programme n’a pas été facile. Mais les avantages – innovation, compétences, emplois, croissance et indépendance stratégique – en valaient largement la peine. Galileo démontre les atouts du travail d’équipe : exploiter les forces  individuelles pour atteindre des objectifs communs. Il faut maintenant appliquer cette recette à succès à la défense européenne.

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Aujourd’hui, l’Union européenne est confrontée à une multitude de défis. Le scepticisme croissant à l’égard de ses objectifs, l’incertitude financière et les menaces de sécurité requièrent un débat en profondeur sur l’avenir d’une Europe forte. Quelque 82 % des personnes interrogées lors d’une enquête paneuropéenne confirment vouloir un plus grand engagement de l’Union dans la lutte contre le terrorisme ; 66 % souhaitent que l’Union européenne intervienne davantage dans la politique de sécurité et de défense. La stratégie globale de l’Union, récemment publiée, met l’accent sur les lignes de séparation de plus en plus floues entre la sécurité interne et externe. La défense ne vit pas dans une bulle. Elle est inextricablement liée à la sécurité et à la prospérité. L’Europe doit donc être un fournisseur de sécurité fiable pour ses partenaires tout en protégeant ses citoyens.

En vue d’atteindre cet objectif, la défense ne peut plus être considérée uniquement dans une perspective nationale. La coopération en matière de défense n’est pas un concept abstrait. Tout comme Galileo, la défense européenne est plus forte que la somme de ses différentes parties. Cela signifie une plus grande coopération en innovation, en équipement de pointe, en recherche et technologie. Et cela doit se faire maintenant.

En réponse à un appel des dirigeants européens, la Commission européenne a récemment proposé d’investir 90 millions EUR dans la recherche en matière de défense, entre 2017 et 2019. Un montant très modeste comparé à la dernière initiative américaine d’innovation de défense de quelque 18 milliards USD ou même par rapport au programme Galileo, qui nécessite un investissement d’environ 5 milliards EUR. Mais c’est un début et il est important. Pour l’UE, c’est également une révolution. Pour la première fois de son histoire, l’UE ouvre la voie dans cette action préparatoire pour un programme substantiel en matière de recherche de défense au cours du prochain cadre financier pluriannuel. Cela implique d’utiliser le budget de l’Union Européenne pour la défense, chose impensable jusqu’à il y a trois ans à peine !

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Les programmes d’équipement confiés à l’Agence européenne de défense sont un début, mais nous devons envisager le développement à plus long terme si nous voulons garder la capacité de l’Europe à être un fournisseur de sécurité crédible, utilisant des technologies de pointe. Et nous devons le faire maintenant. Le développement d’équipement militaire prend du temps. L’utilisation du budget communautaire pour la R&T de défense ne doit en aucun cas remplacer les efforts nationaux, mais aidera à générer une masse critique, à faire travailler en réseau les entités européennes de recherche et, très important, à accroître l’interopérabilité et les normes. Par ailleurs, comme Internet ou le GPS, nous savons que la recherche en matière de défense génèrera des retombées concrètes et bénéfiques pour la vie quotidienne.

La R&T n’est pas un atout, c’est un prérequis essentiel pour développer les capacités de l’avenir et assurer ainsi la sécurité de nos citoyens. Elle soutient aussi l’autonomie stratégique de l’Europe, dynamise son industrie, crée des emplois et favorise la croissance. L’engagement des institutions européennes, des États membres et de l’industrie est nécessaire pour que cela se réalise. Mais une action préparatoire entièrement opérationnelle et qui dispose de ressources appropriées est une opportunité à ne pas manquer. Le Parlement européen et le Conseil de l’UE seront invités à approuver cette étape cruciale lors de leurs décisions budgétaires. J’espère sincèrement qu’ils le feront.

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