L’Europe fédérale d’Enrico Letta

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV Media network.

Promoted content

Dans un essai publié par le journal italien Il Foglio, Enrico Letta, secrétaire du Parti démocrate et ancien Premier ministre italien, propose une réforme des traités pour créer sept unions et construire une Europe fédérale. [Leifstiller]

Dans un essai publié par le journal italien Il Foglio, Enrico Letta, secrétaire du Parti démocrate et ancien Premier ministre italien, propose une réforme des traités pour créer sept unions et construire une Europe fédérale.

Roberto Castaldi est le rédacteur en chef d’EURACTIV Italie et le directeur de recherche au Centre international pour la gouvernance européenne et mondiale (CesUE).

Enrico Letta décrit en détail sa position européenne. Selon lui, il est urgent de réaliser sept unions dans les domaine des politiques étrangères, de l’asile, de l’énergie, de la défense, du social et de la santé. Il est en faveur d’une confédération européenne plus large afin de s’élargir rapidement à l’Ukraine, la Géorgie, la Moldavie et les Balkans, tout en créant en son centre un noyau fédéral plus intégré. Dans son essai, M. Letta explique ce que tout cela impliquerait en termes d’actions communes et de bénéfices pour les citoyens européens, soulignant ainsi implicitement les coûts de la non-Europe dans tous ces domaines politiques.

Selon M. Letta, les nœuds institutionnels fondamentaux à surmonter sont les suivants : les vetos nationaux et la règle de l’unanimité, à éliminer dans tout le processus décisionnel de l’Union. Il propose de lancer une Convention pour réformer les Traités à l’issue de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, pour répondre aux demandes des citoyens européens.

Il propose une Europe en cercles concentriques avec une Union fédérale dans le cadre d’une confédération plus large, de manière à poursuivre ensemble l’élargissement et l’approfondissement, au lieu de les considérer comme des alternatives. Même s’il ne l’écrit pas directement, il est essentiel pour M. Letta de permettre l’approfondissement fédéral même si certains Etats membres ne sont pas réceptifs, tout en leur permettant de rester membres d’une confédération plus large.

M. Letta pose également la question du rôle de l’Europe dans le monde, de la vision et des valeurs que l’Union doit incarner, et des instruments nécessaires pour les sauvegarder, y compris la réforme de sa gouvernance économique. Il reconnaît que les principaux problèmes ne peuvent être abordés qu’au niveau européen et que, par conséquent, le clivage politique fondamental se situe entre les nationalistes et les pro-européens, entre ceux qui pleurent une souveraineté nationale du XIXe siècle et ceux qui construisent une souveraineté européenne, la seule efficace au XXIe siècle.

Cette prise de position ouvre une bataille politique sur trois fronts. Le premier est explicite : M. Letta engage le Parti démocrate italien à travailler pour réunir toute la famille progressiste européenne sur cette plateforme européenne. Le deuxième concerne la position — et surtout les initiatives et l’action — du gouvernement italien sur tous ces dossiers. Le troisième est un défi que M. Letta lance de facto à toutes les forces politiques italiennes pour qu’elles dépassent leurs ambiguïtés.

Le parti de centre-droit Forza Italia fait partie du Parti populaire européen (PPE) et se proclame pro-européen, mais reste un allié des partis d’extrême-droite de M. Salvini et Mme Meloni. La Lega de M. Salvini soutient le gouvernement Draghi, officiellement fondé sur l’européanisme et l’atlantisme, mais le critique ensuite à chaque décision, tandis que son amitié historique avec le président Poutine est si connue qu’elle ne peut être oubliée même lors des voyages de M. Salvini à l’étranger.

Le parti d’extrême-droite Fratelli d’Italia s’inscrit quant à lui dans le camp occidental, mais s’oppose au gouvernement Draghi et propose une vision confédérale de l’Europe — c’est-à-dire encore plus faible que l’Union actuelle — prônant une souveraineté nationale qui implique en réalité une dépendance structurelle à l’égard de l’une ou l’autre des grandes puissances mondiales. Dans son essai, M. Letta demande par ailleurs au mouvement populiste d’extrême-gauche du M5S de faire un choix clair, une fois pour toutes, en faveur de l’Europe. Par conséquent, toutes les autres composantes potentielles d’une «  large coalition  » de centre-gauche sont mises au défi d’accepter une alliance avec le M5S, si ce dernier choisit clairement une ligne pro-européenne.

Il est significatif que cet essai soit publié après le premier tour des élections présidentielles françaises, au cours duquel le clivage entre le nationalisme et l’européanisme s’est avéré si dominant qu’il a balayé les partis traditionnels. M. Letta et le PD ont pris une position claire, qui peut aider le projet européen, et peut restructurer le système politique italien.

Subscribe to our newsletters

Subscribe