Pour une vraie défense européenne

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Jyrki Katainen et Federica Mogherini. [European Union 2016/EP]

La fin de la guerre froide portait en elle une promesse de paix en Europe. Nous avons certes pu tenir cette promesse au sein même de notre Union mais, un quart de siècle plus tard, nous avons appris à nos dépens que l’instabilité à nos frontières avait des répercussions directes sur la sécurité de nos concitoyens. Cela nous a conduits à repenser entièrement la manière dont nous coopérons en matière de défense.

Federica Mogherini est la haute-représentante de l’UE aux Affaires étrangères, et Jyrki Katainen, est le vice-président de la Commission européenne, chargé des Affaires économiques et monétaires et de l’euro. 

Au cours de ces tout derniers mois, l’Union européenne a mis au point un programme ambitieux dans ce domaine, le « paquet défense », qui s’appuie sur trois piliers.

Premièrement, nous avons la conviction que la sécurité de l’Union peut être renforcée au moyen de l’action extérieure, en mettant sur pied des partenariats, soutenant la réconciliation et renforçant la résilience, afin d’empêcher la survenance de crises. Pour y parvenir, l’Union doit améliorer la coordination entre ses missions civiles et militaires et doit dépenser mieux. Cela suppose davantage de coopération entre les États membres.

Deuxièmement, il faut renforcer la coopération avec nos principaux partenaires en matière de sécurité, à commencer par l’OTAN. En décembre, l’UE et l’OTAN ont approuvé un ensemble de quarante-deux actions concrètes destinées à mettre en œuvre la déclaration conjointe signée en juillet 2016.

Ces deux premiers piliers resteraient toutefois lettre morte si nous n’investissions pas dans la recherche et le développement des capacités de défense : le troisième pilier.

>> Lire : Union européenne de la défense : le retour de la puissance forte

Investir dans la recherche de pointe

Trop longtemps, la passation des marchés de défense a sous-exploité les possibilités offertes par nos petites et moyennes entreprises ou par le Marché unique. Environ 80 % des achats européens en matière de défense se font au niveau national. On estime que l’absence de coopération entre les États membres coûte à l’Union jusqu’à 100 milliards d’euros par an.

L’UE se situe certes au 2e rang dans le monde pour ce qui est des dépenses militaires, avec un budget de défense combiné moitié moindre environ que celui des États-Unis. Toutefois, la qualité comptant autant que la quantité, l’inefficacité de ses dépenses a pour effet de rendre sa situation moins sûre. La coopération européenne est essentielle pour réaliser des économies d’échelle en matière d’innovation et de passation de marchés.

Dans d’autres secteurs économiques, l’UE a permis d’améliorer les performances en investissant dans la recherche de pointe. C’est ce que la Commission européenne souhaite faire à présent dans le secteur de la défense. Cela commence par de nouveaux financements consacrés à la recherche. À l’issue d’une phase pilote, qui se terminera en 2020, nous sommes d’avis que le prochain budget de l’UE consacre 500 millions d’euros par an à des technologies innovantes liées à la défense.

Les États membres resteront maîtres de leurs dépenses. Tout en décidant de la destination de leurs investissements et de leur manière d’investir, ils se verront proposer par l’Union un cadre adéquat pour renforcer leurs capacités et en acquérir de nouvelles. Une enveloppe annuelle de 5 milliards d’euros constituerait un budget réaliste, tout en étant bien loin d’être suffisante pour atteindre l’objectif de 2 % du PIB assigné aux membres de l’OTAN.

Le mois prochain, l’Union européenne fêtera ses soixante ans. Il est grand temps que nous prenions notre sécurité au sérieux. Pour ce faire, dirigeons-nous de ce pas vers une Union de la défense digne de ce nom.

>> Lire : Trump sans concession envers l’UE et l’OTAN

 

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