Routes de la soie et entreprises françaises: entrer dans une logique de « coopetition »

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Les Routes de la Soie peuvent être vues comme un moyen de financement du développement des infrastructures. [Adobe Stock]

Le projet chinois des « Routes de la Soie » suscite, en Europe et en France, une méfiance générale. La CCI Paris Ile-de-France suggère un ensemble de recommandations pour entrer en « coopétition » avec la Chine.

Synthèse de la prise de position présentée par Alain EYGRETEAU et adoptée à l’Assemblée générale du 10 janvier 2019, au nom de la Commission « Économie et financement des entreprises ».

Compte tenu de son caractère géopolitique, le projet des Routes de la soie inquiète. C’est aussi un projet dont la dimension économique  mérite d’être éclairée car il recèle des opportunités comme l’illustre l’étude que la Chambre de commerce et d’industrie de Paris Ile-de-France a réalisée sur les enjeux et les opportunités économiques des Routes de la Soie[1].

Ce qui est en jeu, à travers le projet chinois, n’est ni plus ni moins la place de la France et de l’Europe en tant que puissance économique et commerciale. C’est aussi l’attractivité des hubs de transports et des territoires qui est concernée. C’est enfin la question de la compétitivité des entreprises françaises et des différentes filières qui est posée par l’ambition chinoise.

Dans ce contexte, et sans naïveté par rapport au dessein politique de la Chine, la CCI Paris Idf estime qu’une forme de réalisme économique doit aussi éclairer la réponse de la France à la proposition chinoise. Certes, la France n’est pas directement dans la boucle physique des Routes de la Soie, qu’il s’agisse de la voie maritime ou de la voie ferroviaire (elle est, en revanche, le terminal d’un des routes numériques). Ceci soulève, d’ailleurs, une problématique de transport pour les entreprises mais aussi une problématique d’attractivité pour les ports français dans les échanges commerciaux entre l’Asie et l’Europe.

En revanche, les coopérations entre entreprises chinoises et françaises, bien qu’encore insuffisantes, forment une participation indirecte « gagnante ». Les retours d’expérience des entreprises révèlent, en effet,  des perspectives intéressantes. Ces coopérations concernent les grandes entreprises comme les PME et start-up technologiques ainsi que des secteurs d’activité tels que le transport/logistique, les infrastructures numériques, l’e-commerce, les plateformes B2B ou le tourisme mais aussi d’autres secteurs à fortes potentialités.

Compétition et concurrence

Il importe d’inscrire cette relation économique avec la Chine dans une logique de « coopétition » (compétition + concurrence) car la Chine est, à la fois, un « rival stratégique » mais aussi un partenaire incontournable. Une posture de « coopétition » serait une approche équilibrée mais surtout constructive qui permettrait d’inscrire les économies française et européenne dans une perspective stratégique : les Routes de la Soie peuvent alors être vues comme un moyen de financement du développement des infrastructures, comme un levier de croissance pour l’économie et les entreprises et comme un laboratoire expérimental de collaboration avec une Chine appelée à être une (super)puissance mondiale compte tenu des données économiques et technologiques.

Pour tirer parti de ces Routes de la Soie, quelques précautions d’usage s’imposent néanmoins : ni fermeture dommageable, ni ouverture béate, il convient de rechercher un dialogue où la France et les entreprises peuvent faire des propositions constructives à la Chine et à ses acteurs économiques.

Il importe aussi de dire les choses ouvertement à la Chine à condition de ne pas la considérer « comme ennemi » et de comprendre, à l’avance et dans le détail, les projets chinois liées à ces Routes pour mieux expliciter leurs enjeux auprès des entreprises. Cela suppose, enfin, de définir des axes concrets pour « monter à bord des Routes de la Soie ».

À l’appui de ce constat, la CCI Paris Ile-de-France suggère un ensemble de recommandations pour entrer en « coopétition » avec la Chine sur les nouvelles « Routes de la Soie » : il s’agit, d’une part, de créer les conditions-cadres de cette « coopétition » et, d’autre part, d’orienter les entreprises vers des angles stratégiques.

  • Créer les conditions-cadre
    • Travailler en commun sur les normes et standards
    • Travailler avec les pays tiers à partir des liens techniques
    • Développer une vision commune dans la recherche
    • Fédérer les entreprises autour des projets « Routes de la Soie »
  • Orienter les entreprises vers des angles stratégiques
    • Apporter des solutions et des savoir-faire difficilement réplicables et transférables
    • Chercher à créer de la valeur sur un ou deux segment(s) au lieu d’une approche globale
    • Développer son pouvoir de négociation (« bargaining power »)
    • Trouver les business models qui fonctionnent sur les projets liés aux Routes de la Soie

[1]  Lire le rapport de la CCI : Nouvelles « Routes de la Soie », enjeux et opportunités économiques

 

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