Haro sur la réforme des écoles européennes

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Le Conseil supérieur du réseau des écoles européennes est sur le point d'adopter un plan de réforme du secondaire. Les parents dénoncent, de leur côté, un vaste plan de coupes budgétaires.

Destinées principalement aux enfants de parents expatriés ou de fonctionnaires européens vivant dans un autre pays membre, les écoles européennes sont à la fois internationales et multilingues. Elles sont en train de réformer leur programme du secondaire.

Les groupes de travail vont présenter leurs propositions rédigées pendant ces dernières années au Conseil supérieur, parmi lesquelles l'introduction d'un troisième cours de langue en primaire.

À l'approche de la réunion du conseil, des organisations des parents d'élèves, qui avaient participé à la rédaction du projet, ont critiqué la future réforme. 

« Au lieu d'encourager des réformes profondément impopulaires et de laisser les responsables politiques influencer le processus décisionnel, tous les efforts devraient se concentrer sur la mise en place d'un enseignement de qualité pour les générations européennes à venir», s'agacent les représentants de l'Association des parents d'élèves des écoles européennes (APEEE), dans un billet d'opinion publiée sur EURACTIV.

Les réformes, qui seront entérinées le 3 décembre, ont de fortes chances de produire de nouveaux mécontentements.

Des craintes infondées

Les griefs formulés par les parents d’élèves ont surpris : « Ces propositions sont le résultat d'un long processus décisionnel, et la plupart des groupes de travail qui y ont participé les avaient approuvées, » explique une source du secrétariat des écoles européennes à EURACTIV.

« Les parents d’élèves n'avaient pas encore eu accès à la version définitive du projet de réforme. Mais ce sera chose faite cette semaine [lors de la réunion du Conseil supérieur]. » Entre autres, le désaccord entre les États membres quant au partage des coûts engendrés par les écoles européennes ne sera pas à l'ordre du jour, selon la même source. « C'est un autre sujet. »

Mais les parents d’élèves semblent avoir été exclus tout au long du processus de rédaction du projet de réforme. « L'objectif officiel est de rationaliser la structure des programmes. Mais il y a fort à parier que les coupes budgétaires étaient en réalité la principale motivation. »

Ce que la Commission européenne, responsable des écoles européennes, nie fermement. « Les objectifs [de ces réformes] ne consistent pas à réaliser des coupes budgétaires, » indique Antonio Gravili à EURACTIV. Il est le porte-parole du commissaire en charge des Relations interinstitutionnelles et de l’administration, Maroš Sef?ovi?, responsable du bon fonctionnement du réseau des écoles européennes.

« Les économies réalisées ne sont pas si importantes si l'on considère le budget dans son intégralité, » souligne Antonio Gravili. « L’objectif est de moderniser et de mettre à jour les programmes et de limiter les taux d'échecs et de décrochages. Le point de vue des parents d’élèves a été également pris en compte durant l’ensemble du processus décisionnel. »

Des réformes en profondeur absolument nécessaires

Les écoles européennes existent depuis soixante ans et attirent principalement des enfants de fonctionnaires européens, de diplomates et d'expatriés qui vivent aux quatre coins de l'Europe. Les écoles sont financées par les États membres dans le cadre du budget européen.

Alors que le point fort de ces écoles est le multilinguisme, le changement de nature de l'Union européenne remet ce réseau en question. De nouveaux États membres imposent à ces écoles d'étendre leurs modules linguistiques à de nouvelles langues mis à disposition des élèves. Les écoles, les enseignants et les parents sont préoccupés par le manque de professeurs qualifiés afin d’assurer un enseignement dans toutes les langues maternelles maîtrisées par les enfants.

« Il est parfois difficile pour les écoles de recruter des enseignants dans toutes les langues, qui vont du suédois au slovaque par exemple », reconnaît Antonio Gravili. Grâce à cette série de réformes, en discussion depuis plusieurs années, les écoles européennes espèrent « suivre l'évolution de la société et répondre à une demande toujours plus élevée, en vue de préparer les élèves dans les meilleures conditions possibles,  » ajoute-t-il.

La question d'un partage équitable des coûts entre les différents États membres constitue un véritable nœud gordien. Certains États membres se plaignent dès lors de porter une trop lourde part du fardeau.

En novembre, les États membres se sont mis d'accord sur le partage des coûts, ce que la Commission confirme. L'accord prend en compte les critères suivants : le nombre d'élèves de certaines nationalités scolarisées dans les écoles européennes ; le nombre d'enseignants et de personnels détachés par les États membres auprès des écoles ; la moyenne nationale des revenus du personnel scolaire ; enfin le nombre de modules linguistiques proposés par pays.

En 2009, la Commission a vivement recommandé d’entamer un processus de réformes. Siim Kallas, l’ancien commissaire européen et vice-président en charge des Affaires administratives a ainsi déclaré que le système des écoles européennes « pourrait s'effondrer » si aucune réforme n'était entreprise. La même année, cette vaste réforme a été décidée et progresse depuis lors. Les experts souhaitent pouvoir enrayer le déclin des écoles européennes.

Il existe quatorze écoles européennes implantées dans sept pays différents : Allemagne, Belgique, Espagne, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, et Royaume-Uni. Quelque 24 000 élèves suivent les programmes dispensés par les écoles européennes. Ces écoles ont été créées en 1953 dans le cadre de la Communauté européenne du charbon et de l'acier – l'ancêtre de l'actuelle Union européenne.

Les écoles européennes regroupent 24 000 élèves au sein de 14 institutions à travers 7 pays européens : Allemagne, Belgique, Espagne, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, et Royaume-Uni.

Jean Monnet a fondé ces écoles en 1953 afin d'enseigner aux enfants des fonctionnaires européens. Ces écoles visent à garantir que les enfants scolarisés « [deviennent], par l'esprit, des Européens, bien préparés à achever et à consolider l'œuvre entreprise par leurs pères pour l'avènement d'une Europe unie et prospère », en accord avec les désirs de Jean Monnet.

La Commission européenne a lancé un processus de réforme en 2005 pour sauver le réseau des écoles européennes. Objectif : moderniser ce système scolaire et l'adapter à l'enseignement supérieur des États membres, mais aussi asseoir la réputation du programme du « baccalauréat européen »

  • 4-6 décembre 2013 : réunion du Conseil supérieur sur la réforme du programme secondaire
  • septembre 2014 : début de la mise en œuvre de la réforme progressive
  • décembre 2014 : date butoir pour une évaluation extérieure de la compatibilité entre les programmes des écoles européennes et le système universitaire européen.

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