Incident linguistique entre la présidence grecque de l’UE et la Macédoine

Antonis Samaris. European Council, March 2014. [European Council/Flickr]

Lors de sa dernière intervention au Parlement européen, le premier ministre grec Antonis Samaras a déclaré ne pas reconnaître l’existence du macédonien .

La présidence grecque à la tête du Conseil de l’Union européenne s’est terminée sur un couac diplomatique. Lors d’une conférence de presse clôturant les 6 mois de la présidence grecque de l’UE  le premier ministre grec, Antonis Samaras, a été interpelé à plusieurs reprises par un journaliste sur le blocage du processus d’adhésion de la petite République balkanique.  Puis l’échange s’est poursuivi sur le conflit linguistique qui oppose les deux pays.

« Je ne suis pas au courant de l’existence d’une langue macédonienne. L’adhésion à l’UE fonctionne sur le principe du mérite. Le Conseil européen a décidé de ne pas entamer les négociations d’adhésion avec certains pays qui ne remplissaient pas les conditions, car ceci pourrait remettre en question la crédibilité du processus d’élargissement », a expliqué Antonis Samaras. Le premier ministre a ajouté que le macédonien était une invention des communistes.

Le macédonien a été reconnu en 1945 comme langue officielle sous la République socialiste de Macédoine, qui faisait alors partie de la Fédération yougoslave. Une grande partie de cette langue a été codifiée durant cette période.  En outre, cette langue est également celle parlée par la minorité macédonienne en Grèce, minorité qui n’est par ailleurs pas reconnue par l’État grec.

L’échange entre la presse et Antonis Samaras illustre les relations difficiles entre Athènes et Skopje, alors que la petite nation balkanique veut intégrer l’UE. La Grèce ne semble pas encline à reconnaître la Macédoine, car une province de l’extrême sud du pays porte le même nom (voir « Contexte »). Le premier ministre grec a également indiqué que la langue officielle de la Macédoine posait problème à Athènes.

La Macédoine était jusqu’en 1991 une république de l’ancienne Yougoslavie, date de son indépendance. La Yougoslavie était un pays communiste créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dirigé par Josip Broz Tito jusqu’à sa mort en 1980. Sous la Yougoslavie de Tito, seules trois langues coexistaient officiellement : le serbo-croate, le macédonien et le slovène. À la suite de la chute de la Yougoslavie, le croate, le bosniaque et le monténégrin sont apparus.

Peter Stano, porte-parole du commissaire à l’élargissement, Štefan Füle, a refusé de commenter les propos d’Antonis Samaras.

La Macédoine n’est pas reconnue par tous les pays européens, et pour cette raison la Commission admet le nom provisoire « d’ancienne République yougoslave de Macédoine ». 

La Macédoine a pris son indépendance de la République fédérative socialiste de Yougoslavie en 1991.

Le pays est une mosaïque ethnique. Les Macédoniens slaves sont les plus nombreux (64 % de la population). Les citoyens d'ethnie albanaise représentent la plus grande minorité (25 %). Des Turcs (3 %) et des Roms (1,9 %) peuplent également le pays.

L'intégration des citoyens d'ethnie albanaise demeure difficile et le pays n'est pas passé loin d'une guerre civile. L'accord-cadre d'Ohrid conclu en août 2001 et négocié par les puissances occidentales a mis fin à la crise entre les communautés albanaises (organisées militairement au sein de l'Armée de libération nationale) et les forces macédoniennes.

De tous les obstacles en travers de la route de la Macédoine vers l'adhésion à l'UE, le conflit toponymique avec la Grèce semble le plus important. Du point de vue d'Athènes, le nom officiel utilisé par Skopje (République de Macédoine), constitue un affront pour la région grecque qui porte le nom de Macédoine. En représailles, la Grèce a promis d'opposer son veto à l'adhésion de la Macédoine aux institutions internationales, y compris l'UE, jusqu'à ce que cette question soit réglée.

La Grèce estime également que la Macédoine détourne de grands pans de son histoire antique. La Bulgarie considère elle aussi que Skopje s'accapare des héros et des épisodes glorieux de son histoire médiévale et de sa lutte contre la domination ottomane aux XIXe et XXe siècles.

La Macédoine a récemment mis Athènes en colère en érigeant une immense statue d'un « guerrier à cheval » qui ressemble à Alexandre le Grand dans le centre de Skopje. Les deux pays affirment qu'Alexandre le Grand est né sur leur territoire. 

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