L’anglais devrait être une langue officielle de Bruxelles

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Si Bruxelles veut devenir une ville internationale, elle devrait faire de l'anglais une langue officielle, explique Pascal Smet, le ministre flamand de l'Enseignement, à EURACTIV.

L'anglais future langue officielle de Bruxelles ? L'idée n'est pas taboue dans la capitale européenne. Une nouvelle campagne de la société civile, soutenue par les personnalités politiques des deux communautés belges (francophone et néerlandophone), appelle à un enseignement multilingue à Bruxelles

« Au cours des vingt prochaines années, l'anglais occupera une place dominante en tant que langue mondiale. C'est la langue du monde politique et diplomatique, du secteur du tourisme », a expliqué Pascal Smet à EURACTIV en marge du lancement du Plan Marnix.

Ce projet vise à promouvoir l'apprentissage des langues dans la capitale de la Belgique et de l'UE, en accordant la priorité au français, au néerlandais et à l'anglais.

« Si Bruxelles veut devenir une ville internationale, elle devrait aller encore plus loin et déclarer l'anglais langue officielle de la ville », a indiqué le ministre flamand.

Quelque 63,2 % des Bruxellois sont francophones et moins de 20 % néerlandophones, selon des données du Plan Marnix. À peine 2,5 % des habitants sont anglophones, mais 29,7 % affirment parler bien ou très bien l'anglais.

« J'aimerais que toutes les personnes qui vivent à Bruxelles parlent au moins une langue commune. Et cette langue pourrait être l'anglais », selon M. Smet.

Enseigner toutes les langues

L'idée pourrait être attrayante, mais difficile à mettre en œuvre. Il faudrait en effet réformer le système éducatif à Bruxelles. La moitié des enfants nés dans la capitale belge ne parlent aucune des trois langues nationales à la maison. L'enseignement d'une langue supplémentaire constitue donc un défi.

De nombreux Bruxellois parlent arabe (21,1 %) ou d'autres langues, telles que l'espagnol et l'allemand, comme langue maternelle.

« Bruxelles est une ville ouverte, une capitale internationale. Nous devons travailler sur ce point [l'enseignement de qualité des langues pour les enfants] ici et maintenant », a expliqué à EURACTIV Rudi Vervoort, le ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale.

Toute discussion sur les langues ou l'enseignement déclenchera probablement une controverse en Belgique, car les questions linguistiques font partie intégrante de la vie politique.

Le système éducatif belge sépare les écoles néerlandophones et francophones. Les Communautés flamandes et francophones gèrent leurs propres écoles en vertu de la constitution du pays. La petite Communauté germanophone en Wallonie administre également son propre système éducatif.

Mais les choses se compliquent dans la Région bilingue de Bruxelles-Capitale, car les systèmes francophones et néerlandophones coexistent. Le gouvernement bruxellois n'est pas compétent en matière d'éducation. Toute modification du système dépend donc uniquement de l’approbation des deux communautés.

Il existe peu d'écoles bilingues ou multilingues, ce que critiquent fortement les fondateurs du Plan Marnix. « La diversité linguistique est une malédiction si elle n'est pas associée au multilinguisme ou à l'enseignement des langues parlées par les autres », explique Philippe Van Parijs, fondateur du Plan Marnix et professeur de philosophie à l'université d'Oxford.

Le Plan Marnix propose d'enseigner les matières dans des langues différentes, dont le néerlandais, le français et l'anglais. Comme au Luxembourg, où l'enseignement multilingue est bien ancré dans la société. Les fondateurs du projet affirment également que l'enseignement dans des langues différentes accroît l'attention des enfants et les incite à apprendre davantage tout en les préparant au rude marché de l'emploi.

Selon le ministre Smet, le manque d'enseignants qui parlent suffisamment bien la langue est le problème principal. « À ce stade, la question est de savoir s'il y a suffisamment d'enseignants pour apprendre le néerlandais aux enfants, surtout dans les écoles francophones », sans parler du nombre de professeurs capables de travailler dans des écoles trilingues.

L'enseignement anglophone

De nombreux expatriés qui travaillent dans les institutions européennes ou dans la « bulle européenne » à Bruxelles désirent inscrire leurs enfants dans des écoles anglophones.

Mais le choix se limite pour le moment aux écoles européennes à Uccle, Ixelles, Woluwe-Saint-Lambert et Laeken. En théorie, elles sont réservées aux enfants de fonctionnaires des institutions européennes.

D'autres solutions existent, mais elles sont coûteuses : les écoles internationales privées américaines ou britanniques. Enfin, il reste les écoles d'immersion dans la Communauté française où plusieurs langues sont enseignées.

Rudi Vervoort travaille à la création d'écoles bilingues à Bruxelles. Il affirme qu'à part le français, l'enseignement du « néerlandais est inévitable ». L'anglais serait un atout supplémentaire, mais non indispensable, estime-t-il. « J’ai des amis qui apprennent le chinois. C’est un peu la cerise sur le gâteau. La connaissance d’une troisième voire une quatrième langue est un avantage supplémentaire », estime le ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale.

Julie de Groote, députée chrétienne-démocrate au Parlement bruxellois, explique à EURACTIV que l'enseignement de l'anglais n'est pas l'objectif principal du Plan Marnix : « Nous insistons d’abord sur la réalité sociologique bruxelloise. La langue maternelle d’un enfant sur deux n’est pas l’une des langues nationales. Il s’agit plutôt de l’arabe ou du turc » et non l'anglais.

« Le multilinguisme est vraiment devenu une préoccupation urgente de la société civile, des acteurs de l’enseignement et des acteurs politiques. En Belgique, l’aspect communautaire est toujours présent. Pourtant, nous constatons aujourd’hui l'émergence d’une forte identité bruxelloise, dans laquelle les langues et le multilinguisme jouent un rôle important. »

Jef van Damme, parlementaire bruxellois, écrit que « le français en tant que langue dominante pour les interactions perd du terrain et le nombre de personnes qui maitrisent plusieurs langues est en baisse. Si nous ne parvenons pas à faire des jeunes Bruxellois des polyglottes, nous risquons d’aboutir à une ville divisée d'un point de vue linguistique. Si nous ne pouvons pas communiquer ensemble, l'inclusion sociale, l'accès au marché de l'emploi et la citoyenneté active sont tout simplement impossibles. »

Près de 104 langues sont parlées à Bruxelles, selon les dernières données. Le français est l'une des langues maternelles d'environ 63 % des Bruxellois. Les arabophones représentent 21,1 % de la population, les néerlandophones 19,6 % et les anglophones à peine 2,5 %.

Ce multilinguisme constitue un défi pour la capitale de la Belgique et de l'UE. Mais il offre également un potentiel considérable, selon le Plan Marnix, une organisation de la société civile composée d'intellectuels bruxellois.

La question linguistique est intrinsèquement liée au conflit entre les communautés belges francophones et néerlandophones qui gèrent leurs propres écoles monolingues dans la capitale.

Le système éducatif a déjà été critiqué par le passé, car il exerce une pression trop importante sur certaines écoles et divise les différentes communautés de la ville, les Belges de souche et les citoyens étrangers.

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