L’élite française de l’UE abandonne sa position linguistique « défensive »

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Alors que beaucoup acceptent maintenant le déclin irréversible de la langue française au sein des institutions de l'Union européenne, des législateurs et responsables français ont adopté une approche plus assurée, fondée sur la promotion du multilinguisme et de l'influence, et non plus seulement sur des questions linguistiques.

Les autorités françaises ont tenté pendant des années de limiter le déclin de leur langue au sein de l'Union européenne et d'autres institutions internationales en demandant à leurs citoyens de ne parler que français lors de réunions officielles.

Tout le monde se souvient de la sortie en trombe de l'ancien président Jacques Chirac à l’occasion d’une réunion à Bruxelles lorsque son compatriote Ernest-Antoine Seillière, à l’époque président de la fédération d'entreprises européennes UNICE, avait osé parler en anglais.

« Je m'exprimerai en anglais parce que c'est la langue des affaires », a déclaré M. Sellière, provoquant le départ de M. Chirac et de deux de ses ministres.

Ces temps sont révolus depuis longtemps.

À Bruxelles, les diplomates et décideurs politiques français ont largement accepté, bien qu'à contrecœur, l'idée que la langue française ait perdu sa suprématie au profit de l'anglais, devenu la langue principale de travail des institutions de l'Union européenne.

Les défenseurs de la langue française n'ont bien sûr pas disparu, comme l'organisation « Défense de la Langue Française » (DLF) qui porte bien son nom et l'« Organisation internationale de la Francophonie » (OIF), un groupe international de 77 pays qui partagent une langue commune, le français.

Défense du multilinguisme et des idées françaises

Leur discours est cependant passé d'une position purement défensive à un point de vue qui vise à inscrire les questions linguistiques dans la perspective plus large du multilinguisme et de l'influence.

En soulignant l'importance de l'enseignement, M. Cordery a déclaré que les Français défendraient mieux leur langue s'ils commençaient à apprendre eux-mêmes les langues étrangères, dont l'anglais.

« Nous devons parler plus de langues étrangères dans nos écoles françaises », a-t-il déclaré lors d'une conférence sur la diversité linguistique, organisée le 23 mars par la branche bruxelloise de DLF.

« Le meilleur moyen de défendre le français, c’est que nos enfants ne parlent pas qu’une langue », a-t-il affirmé, en ajoutant : « Nous ne pouvons pas défendre uniquement le français ou la francophonie, il faut défendre la diversité linguistique ».

Il a ajouté qu'il était en train de livrer une bataille pour développer plus de filières bilingues binationales hors de France, afin que plus d'étrangers apprennent le français. « Le meilleur moyen de préserver la langue, c’est de faire en sorte que dans les pays voisins, les étrangers parlent notre langue  », a-t-il déclaré. Il a ajouté que cet effort devrait aller « bien au-delà » du réseau traditionnel de lycées français.

La francophonie « ne doit pas se parler qu’à elle-même »

Bien que certains considèrent toujours les idées de M. Cordery comme provocatrices, ces opinions semblent gagner du terrain au sein de l'élite francophone.

Selon Pietro Sicuro, le représentant permanent de la francophonie auprès de l'UE, les idées et l'influence francophones sont aussi importantes que la langue elle-même. De ce point de vue, il est essentiel que les étrangers soient en mesure de suivre les débats en français, a-t-il indiqué lors de la conférence de DLF-Bruxelles. Pour ce faire, seules des connaissances de base en français sont nécessaires.

« La francophonie ne devrait pas se parler qu'à elle-même, elle doit être ouverte aux autres », a déclaré M. Sicuro, un ressortissant canadien de la région du Québec, qui parle également anglais. « C’est comme cela qu’il y a une influence francophone », a-t-il indiqué. « Il faut que les gens maîtrisent minimalement la langue française. »

Ceux qui traitent quotidiennement des affaires européennes à Bruxelles savent très bien que le français a perdu depuis longtemps la bataille pour la suprématie linguistique. Pour eux, parler français de façon simple n'est plus une option.

Vincent Guerin, directeur financier au Service européen pour l'action extérieure (SEAE) de l'UE, a indiqué que son service, dirigé par la haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, ne parlait qu'en anglais.  « Un commissaire imprime sa marque sur son service. S’il exige des documents dans une certaine langue, c’est son droit. »

D'autres affirment cependant qu'il y a encore de vastes possibilités pour la langue et l'influence françaises.

« Le gros effort de formation de l’OIF a eu un résultat qu’il ne faut pas négliger », a déclaré Philippe Étienne, le représentant permanent de la France auprès de l'UE. « Les diplomates parlent français dans les réunions formelles et savent que tout le monde les comprend. Cela reste essentiel parce que le français reste une langue véhiculaire. »

« Ce qui est essentiel, c’est de promouvoir les idées et les initiatives françaises d’une manière proactive et  dans un cadre européen plus global, en privilégiant des alliances pour faire avancer les choses et le multilinguisme plutôt que des démarches défensives », a déclaré Françoise Chotard, qui représente la région de l'Île-de-France à Bruxelles.

« Dans notre travail quotidien à la représentation de l’Île-de-France à Bruxelles, nous travaillons dans cet esprit », a-t-elle déclaré à EURACTIV.

Lors de la conférence organisée par EURACTIV et le CDPF en février, Christophe Leclercq, le fondateur d'EURACTIV, a présenté la stratégie pour le multilinguisme de son réseau de médias, qui publie en 15 langues dans 15 capitales. Même si les lecteurs d'EURACTIV sont des professionnels multilingues de l'UE, la grande majorité utilise des versions linguistiques différentes de l'anglais, a souligné M. Leclercq.

En ce qui concerne le français, EURACTIV compte deux versions francophones : http://www.euractiv.fr/, réalisée à Paris sous un angle français, et http://www.euractiv.com/fr, réalisée à Bruxelles pour des articles au niveau européen.

 MLeclercq a expliqué : « Toutes les actualités des capitales ne sont pas pertinentes à l'échelle européenne. Cela dépend du sujet. Mais je pense à présent que ce qui est pertinent pour Berlin et Paris l'est pour l'Europe, du moins certainement pour Bruxelles. » EURACTIV mène actuellement une enquête auprès des cercles d'affaires publiques afin de savoir si les articles de Paris devrait être mis sur le même pied que ceux de Bruxelles et traduits en anglais.

Le 23 mars, DLF Bruxelles-Europe a organisé une conférence intitulée : « La diversité linguistique et la langue française sont-elles condamnées à reculer dans l'Union européenne? »

Cette conférence était précédée d'une autre le 25 février sur un thème semblable, coorganisée par EURACTIV et le Cercle des Délégués Permanents Français (CDPF), qui représente des groupes d'intérêt d'affaires à Bruxelles. Elle était organisée à la Représentation permanente de la France auprès de l'Union européenne, à Bruxelles, et s’intitulait : « Quelle influence française en Europe dans la perspective des élections européennes de 2014 ? »

Elle était présidée par Philippe Étienne, le représentant permanent de la France auprès de l'UE.

  • EURACTIV conduit actuellement une enquête auprès de professionnels français de l'UE sur les langues et l'influence
  • 16-17 oct. : la conférence EuroPCom 2013 abordera les communications et les langues en amont des élections de 2014

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