L’Europe réfléchit à un jour de commémoration des crimes communistes et nazis [FR]

sympbol03_eu_pic_commission.jpg

Le Parlement européen votera cette semaine une résolution visant à faire du 23 août un jour européen de commémoration des crimes communistes et nazis commis au XXème siècle.

L’Europe a besoin de prendre davantage conscience des crimes commis par les régimes totalitaires du siècle dernier, en créant une journée européenne de commémoration, ont déclaré des eurodéputés du groupe de centre-droit PPE-DE la semaine dernière. 

Dans leur projet de résolution sur la question, les eurodéputés Tunne Kelam (Estonie), Jana Hybáškova (République tchèque), et József Szájer (Hongrie), demandent aux gouvernements européens et à la Commission européenne de dédier le 23 août à la commémoration des victimes du nazisme et du communisme. 

Les parlementaires souhaitent également que l’UE et les Etats membres contribuent financièrement et politiquement à la création d’une plate-forme du souvenir et de la conscience européenne.

Pour achever la construction de notre maison européenne commune, nous devons créer une perception équilibrée et intégrée de notre histoire, a expliqué l’eurodéputé estonien M. Kelam. 

Les propos de l’eurodéputé font écho à ceux du vice-Premier ministre tchèque Alexandr Vondra, dont le pays est actuellement à la tête de la présidence tournante de l’UE. M. Vondra avait déclaré lors d’une audience précédente (18 mars) que les 27 Etats membres devraient créer une plate-forme unique qui coordonnerait les recherches sur les régimes totalitaires dans les Etats membres, selon le Prague Daily Monitor. 

Répondant aux affirmations selon lesquelles une telle plate-forme pourrait être établie à Bruxelles et partiellement financée par l’Union européenne, le commissaire européen à la Culture, Jan Figel’, aurait répondu que trouver des fonds n’était pas un problème, selon le même journal. 

L’objectif d’un tel bureau d’information serait de fournir une évaluation sincère et ouverte, et d’augmenter la conscience du public sur les causes et les conséquences des régimes totalitaires, a poursuivi le vice-Premier ministre Vondra. 

L’audience publique a conclu que les instruments financiers européens destinés à la commémoration des victimes du nazisme et du stalinisme devraient être renforcés, en particulier sous le programme l’Europe pour les citoyens. 

De précédents efforts visant à souligner l’identité et l’histoire communes des Européens ont trébuché sur des questions politiques ou religieuses (voir LinksDossier EURACTIV), les questions relatives au passé communiste de l’Europe étant particulièrement sensibles pour les partis de gauche dans les Etats membres. 

Les eurodéputés procéderont jeudi (2 avril) à un vote sur le projet de résolution. 

« Il n’existe pas de bon avenir dans une vie sans comprendre son propre passé et sans se réconcilier avec celui-ci. Cette vérité s’applique également à l’Europe et à sa mémoire commune. Il ne s’agit pas d’un exercice pour une seule génération ou un seul pays, mais d’un besoin continu de l’Europe en tant qu’ensemble », a déclaré le vice-Premier ministre tchèque en charge des Affaires européennes, Alexandr Vondra, lors de l’audience publique de ce mois. 

« C’est la seule manière permettant de mieux se comprendre les uns les autres et de surmonter les différentes façons de voir le monde, souvent déterminées par notre histoire. Les symboles comme le rideau de fer sont toujours très puissants. La connaissance de notre passé est également un outil important permettant de promouvoir les droits de l’homme et d’apprendre à nos enfants comment éviter l’intolérance, l’extrémisme et le retour du pouvoir totalitaire dans l’avenir ». 

Le dépassement des pensées régionalisée, de l’ignorance et des différents préjudices conduira à une compréhension paneuropéenne du fait que tous les évènements historiques, tragédies et crimes font partie de notre héritage européen commun, dont tous les citoyens européens supportent la responsabilité, a expliqué l’eurodéputé de centre-droit Tunne Kelam (PPE-DE).

Déplorant l’absence de soutien du groupe socialiste à la résolution lors du débat en plénière la semaine dernière, l’eurodéputé hongrois György Schöpflin (PPE-DE), a expliqué que sans un examen détaillé de son passé, la gauche actuelle de certains pays post-communistes se contraint elle-même à vivre avec un passé erroné, occultant tous les évènements douloureux du passé. Alors que la gauche occidentale semble accepter pleinement d’être une gauche post-communiste non reconstruite, elle s’astreint elle-même à défendre un passé indéfendable, a-t-il poursuivi.  

La plupart des Européens n’ont toujours pas pris conscience des crimes commis par le communisme totalitaire soviétique en Europe, a indiqué lors de l’audience l’eurodéputé letton Roberts Z?le (UEN), selon le Baltic Course magazine. Il a appelé à la création, à Bruxelles, d’un musée dédié aux crimes imputables aux régimes totalitaires. 

Pavel Zacek, qui préside le Czech Institute for the Study of Totalitarian Regimes (USTR), a déclaré que la création d’un petit bureau d’information à Bruxelles pourrait constituer une première étape dans la direction d’une future plate-forme européenne, selon le Prague Daily Monitor. 

Lorsqu’on pense au futur de l’Europe, l’on doit garder son passé à l’esprit, a indiqué lors de l’audience du mois de mars Andreja Valic, du Research Centre for National Reconciliation slovène, selon STA, l’agence de presse slovène. Bien que la Slovénie a beaucoup œuvré en faveur de la réconciliation, jusqu’à présent, les progrès sont trop faibles, a-t-elle déclaré. 

Appelant les faiseurs d’opinion européens à promouvoir l’Europe comme une réalité historique et comme un projet, l’historien israélien Elie Barnavi a souligné, lors d’un entretien  avec EURACTIV, le besoin de « montrer aux Européens qu’ils ont des racines communes ; qu’ils sont une civilisation ».  

« Il n’y a rien à inventer ici. Il y a beaucoup à montrer. Les gens ne savent tout simplement pas. Lorsque je parle d’histoire et du passé, je ne parle pas de communisme. Je parle des racines très lointaines et profondes de l’Europe. C’est une histoire très ancienne […]. Vous n’avez pas à l’inventer, elle est bien présente », a-t-il poursuivi. 

Pour M. Barnavi, « affronter le passé est très important pour construire le futur. En ne le faisant pas, vous ne pouvez pas vraiment construire un futur, ni perfectionner cette chose insignifiante qu’est l’Europe au quotidien, et qui est si ennuyeuse aux yeux des citoyens.

Le vote sur le projet de résolution, prévu cette semaine (2 avril), marque le couronnement d’un processus qui a débuté en juin dernier lors d’une conférence internationale tenue à Prague et intitulée « Conscience européenne et communisme ». La conférence a débouché sur une déclaration qui a depuis été signée par une cinquantaine d’eurodéputés. 

En novembre dernier, 18 Etats membres de l’UE ont participé à un séminaire établissant un cadre pour la coopération internationale sur l’élucidation des crimes des régimes totalitaires qui ont régné en Europe.

Le 18 mars, le vice-Premier ministre tchèque Alexandr Vondra, en charge des Affaires européennes, le commissaire européen à la Culture, Jan Figel’, des eurodéputés et des représentants d’ONG ont participé à une audience publique intitulée « La conscience européenne et crimes de communisme totalitaire ». 

L’audience était organisée par la présidence tchèque de l’UE, conjointement avec l’Institute for the Study of Totalitarian Regimes, ainsi qu’un groupe de douze eurodéputés. 

Le Parlement européen a discuté mercredi dernier (25 mars) d’un projet de résolution sur la question, rédigé par des membres du parti de centre-droit PPE-DE. 

  • 2 avril : les eurodéputés procèderont au vote sur le projet de résolution.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
CONTRIBUER