L’UE, nouvelle concurrente de Google

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Si la Commission européenne obtient ce qu’elle désire, tout l’héritage culturel de l’Europe devrait être en ligne d’ici 2016, une avancée qui permettrait de rivaliser avec l’essor du commerce de livres numériques de Google.

Un rapport rédigé pour la Commission européenne par un magnat de la publicité, un auteur belge et la présidente d'une Bibliothèque nationale recommandent un partenariat public-privé pour relancer la numérisation des bibliothèques, des œuvres de musées et des archives de l'UE. Ce rapport, élaboré par le « comité des sages » estime que cet exploit coûtera près de 100 milliards d'euros à l'Union.

Le rapport encourage vivement l'apport de plus d'investissements et d'entreprises privées dans l'arène de la numérisation qui est actuellement dominée par le numéro un des moteurs de recherche, Google, et c'est là un point plus controversé. 

« Il n'est pas bon pour la concurrence de n'avoir qu'un seul acteur sur scène », a commenté Maurice Levy, le PDG de Publicis, une agence de publicité, lorsqu'il a mentionné le monopole de Google. 

« Nous croyons en la concurrence loyale et nous souhaitons encourager davantage d'acteurs européens à participer », a ajouté Androulla Vassilou, la commissaire européenne chargée de l'éducation et de la culture.

Le rapport vante également les mérites d'Europeana, la bibliothèque en ligne de l'UE lancée en 2008, comme la principale référence pour tous les travaux numérisés de l'UE.  

« Les États membres doivent garantir que tout le matériel numérisé grâce à des fonds publics est accessible sur ce site et mettre tous leurs chefs-d'œuvre du domaine public sur Europeana d'ici à 2016 », peut-on lire dans une déclaration publiée par la Commission européenne hier.

Google et Europeana sont à couteaux tirés depuis que l’entreprise en ligne a lancé le commerce de livres numériques en 2004.

Après de longues discussions, Google a accepté de réduire ses contrats d’exclusivité avec les bibliothèques, c’est-à-dire la période pendant laquelle une bibliothèque ne peut pas faire un usage commercial du contenu numérique de Google, de vingt-cinq à quinze ans.

Le rapport d’hier a causé un certain scepticisme en proposant une clause d’exclusivité encore plus courte, d’une durée de sept ans.

« Cette période devrait permettre aux partenaires privés d’amortir leur investissement », peut-on lire dans le rapport.

M. Levy a également souligné que les parties prenantes devraient éviter de vouloir dupliquer le contenu numérique à tout prix et qu’un « dépôt », c’est-à-dire une numérisation, de livres dans un pays devrait être accessible à tous les États membres via Europeana.

Google a déclaré n’avoir aucune objection à partager son contenu numérique avec Europeana. Un porte-parole de l’entreprise à Bruxelles a mentionné un partenariat avec l’Université de Gand, qui avait également obtenu un accès à la base de données européenne.

« Les bibliothèques sont libres de partager leurs catalogues numériques avec des projets de numérisation publics tels qu’Europeana », a-t-il ajouté.

 

Le Comité des sages sur la numérisation de l'héritage culturel a été composé en avril 2010 avec la tâche de formuler des recommandations sur la meilleure manière d'accélérer la numérisation, l'accessibilité en ligne et la préservation des œuvres culturelles à travers l'Europe.

Il leur fut demandé de trouver un moyen pour financer la numérisation et d'examiner les possibilités et les conditions pour des partenariats public-privé. Ils devront également s'atteler aux questions des droits d'auteur et des pratiques d'octroi de licences afin de faciliter la numérisation des œuvres protégées par les droits d'auteur, en particulier les ouvrages épuisés et les dites « œuvres orphelines » qui représentent une grande partie des collections européennes. 

Le comité est composé de trois « sages » : Maurice Lévy (président et administrateur général de l'agence de publicité et de communication Publicis), Elisabeth Niggeman (directrice générale de la Bibliothèque Nationale d'Allemagne et présidente de la Fondation Bibliothèque numérique européenne) et Jacques De Decker (écrivain et secrétaire perpétuel de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique).

Actuellement, Google ne numérise que des œuvres du domaine public en Europe imprimées avant 1870. Depuis le lancement de Google Books en 2004, la société dit avoir numérisé plus de 15 millions d'ouvrages à travers le monde.

 

 

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