La Médiatrice questionne l’utilisation des langues dans les institutions

Avec 24 langues officielles, l'UE dispose de l'un des plus important service de traduction et d'interprétation au monde. [Shutterstock]

La Médiatrice européenne a lancé une consultation publique pour récolter des avis sur l’utilisation des langues au sein des institutions. Le but : garantir le multilinguisme sans faire exploser le budget.

Avec des milliers de documents à traduire dans ses 24 langues officielles chaque année et une Direction générale de la traduction disposant d’un budget annuel de 325 millions d’euros, la Commission européenne à elle seule compte l’un des plus importants services de traduction au monde. Cela n’inclut donc pas les services d’interprétation et la traduction dans les autres institutions. L’utilisation des langues officielles est absolument essentielle au fonctionnement de l’Union, mais pèse sur le budget et n’est pas toujours optimisée.

Les institutions européennes ont toutes des usages différents en ce qui concerne l’accessibilité des informations dans différentes langues, que ce soit pour les documents internes ou les communications avec les citoyens, notamment via les sites Internet.

Partant de ce constat, la Médiatrice européenne a décidé de lancer une consultation publique sur l’utilisation des langues dans l’UE. Le but est de préserver le principe inscrit dans la charte des droits fondamentaux (« Les citoyens de l’UE ont le droit de s’adresser aux institutions européennes dans la langue officielle de leur choix et de recevoir une réponse dans cette même langue »), tout en limitant de manière raisonnable les coûts « exorbitants » de la traduction.

Des eurodéputés volent au secours des interprètes au Parlement européen

Les interprètes du Parlement européen sont en grève, mais réquisitionnés en cas de session. Le 3 juillet, des eurodéputés sont venus les soutenir en coupant les micros durant 30 minutes.

 

 

« L’emploi des langues sur les sites web des institutions, lesquels constituent l’une des premières sources d’information des personnes qui s’intéressent aux politiques et aux programmes de l’UE, suscite des interrogations », souligne Emily O’Reilly, la Médiatrice. « Il semblerait que chaque institution européenne décide seule si son site internet européen sera traduit ou non (et si c’est le cas, quelles parties le seront et dans quelles langues) […] l’accès à l’information est susceptible d’être difficile, voire impossible, pour une partie importante du public. »

Elle s’interroge donc notamment sur les outils à mettre en place pour assurer une meilleure communication : « Serait-il utile de publier des résumés des questions-clés dans toutes les langues officielles, ou dans un grand nombre de celles-ci »

Les citoyens sont également invités à s’exprimer sur les critères qui devraient être pris en compte lors de l’utilisation d’un nombre de langues limité, comme « l’importance démographique des personnes qui parlent cette langue, le niveau de diversité linguistique au sein de la population ».

Autre situation où la traduction dans toutes les langues est essentielle : les consultations publiques. En effet, « les restrictions linguistiques lors de ces consultations publiques risquent de limiter fortement la capacité du citoyen lambda à contribuer à ces consultations », explique-t-elle.

Or, la publication dans toutes les langues des documents liés aux consultations publiques n’est assurée que pour certains sujets. « Selon vous, cette politique assure-t-elle un bon équilibre entre le besoin de respecter et de soutenir la diversité linguistique d’une part, et les contraintes administratives et budgétaires d’autre part? », demande donc la Médiatrice.

L’anglais restera bel et bien une langue officielle de l’UE

L’anglais est une langue relais pour les interprètes, qui l’utilisent comme pont entre deux langues moins fréquemment parlées, comme par exemple le hongrois et le gaélique. [IAEA/Flickr]

Défense du français

Au-delà de la question financière, l’utilisation des langues est symptomatique des axes d’influences au sein de l’UE. Outre l’anglais, l’allemand et le français sont les langues principales de l’Union. Depuis l’an dernier, les candidats aux institutions peuvent aussi passer les concours en italien et en espagnol, suite à une plainte de Rome et Madrid.

L’allemand est la première langue maternelle de l’UE, parlée en Allemagne, en Autriche, au Luxembourg et dans certaines parties de la Belgique et de l’Italie. Au total, c’est la langue maternelle 16 % des Européens, avant le Français (14 %). Suivent l’italien et l’anglais (13 % chacun) et l’espagnol et le polonais (8 % chacun).

Sans surprise, l’anglais est la langue secondaire la plus populaire au sein de l’union (28 %), suivie, de très loin, par le français (12 %) et l’allemand (11 %). Pourtant, si le Brexit n’exclura pas l’anglais des langues officielles de l’UE, puisqu’il est aussi parlé à Malte et en Irlande, il fera passer le nombre de ses locuteurs maternels un peu plus de 1 % de la population européenne.

L'influence française pourrait profiter du Brexit

L’idée de bouter l’anglais hors des langues officielles de l’UE séduit certains politiques après le Brexit. En toile de fond, la perspective de regagner en crédibilité taraude les Français.

Face à un anglais dont la « domination n’est pas inévitable », Emmanuel Macron défend une meilleure représentation  du français dans les institutions. Son but est d’« établir des règles, être présent et faire du français la langue avec laquelle on a accès à un certain nombre de possibilités », notamment en offrant plus de cours de français aux fonctionnaires européens.

En avril, son nouvel ambassadeur auprès de l’UE, Philippe Léglise-Costa, a ainsi claqué la porte d’une réunion sur le budget post-Brexit au motif que celle-ci se déroulait uniquement en anglais. L’ambassadeur a dénoncé une tentative pour faire passer rapidement et sans accroc les propositions étudiées.

D’habitude, ce genre de réunion de haut vol est accompagné d’une interprétation en plusieurs langues. Une mesure essentielle, selon Philippe Léglise-Costa, surtout lorsque l’on discute de l’utilisation de milliards d’euros.

Une colère un peu exagérée, selon d’autres diplomates, qui voient surtout l’aspect pratique : il est plus simple et plus rapide de mener des discussions dans une seule langue… à condition d’être sûr que cela n’empêche personne de s’exprimer. Où situer la limite ? C’est précisément ce que demande la Médiatrice aux Européens.

Les candidats à la présidence de la Commission inégaux devant les langues

La pratique de plusieurs langues européennes est un élément incontournable pour postuler aux hautes fonctions européennes. Les candidats à la présidence de la Commission ne sont pas tous égaux en matière de compétence linguistique.

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