La Russie accuse l’Estonie de glorifier le nazisme

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La Russie a réagi avec colère suite à un rassemblement de vétérans de la Seconde Guerre mondiale en Estonie, auquel a participé le ministre de la défense du pays. La Russie affirme que l'Estonie a « glorifié » des vétérans Waffen SS, bien que Talinn martèle que cet événement n'avait rien à voir avec une ode au nazisme.

 

La Russie affirme que le rassemblement de la semaine dernière à Saaremaa avait pour but de glorifier les anciens officiers SS et les collaborationnistes locaux. Selon Moscou, cet événement ne peut pas être vu autrement que comme une promotion intentionnelle de l'attitude pronazie dans la société estonienne.

 

Dans un communiqué, un porte-parole du ministère russe des affaires étrangères a également qualifié le rassemblement de « moqueries non déguisées de la mémoire de ceux qui ont sauvé le monde de la « peste brune » au prix de leur vie ».

 

Le ministre estonien de la défense, Urmas Reinsalu, a nié dans une déclaration envoyée à EURACTIV que cet événement avait eu pour but de glorifier le fascisme. Une fonctionnaire de la Commission européenne a expliqué que l'exécutif européen étudierait la situation avant de réagir.

 

La Russie, qui a perdu 20 millions de citoyens lors de la Seconde Guerre mondiale, est particulièrement sensible aux tentatives de classer tous les vétérans de la guerre dans la même catégorie. Moscou continue par ailleurs de surveiller l'Estonie de près (voir « Contexte »).

 

Les Russes ont été particulièrement choqués par le discours de M. Reinsalu.

 

« Sa gratitude envers les vassaux du fascisme pour avoir « sauver l'honneur du peuple estonien » est une nouvelle mythopoétique de Tallinn sur les événements de la Seconde Guerre mondiale », a déclaré le porte-parole du ministère russe des affaires étrangères.

 

Les médias russes ont rapporté que des vétérans de la 20e division Waffen SS et d'autres Estoniens qui avaient combattu aux côtés des nazis contre l'occupation soviétique du pays étaient présents.

 

La commission antifasciste estonienne, une ONG, a accusé M. Reinsalu de « crier au monde entier que l'idéologie nazie peut être justifiée et que ceux qui ont suivi les ordres d'Hitler peuvent devenir des héros nationaux ».

 

L'Europe fermera-t-elle les yeux ?

 

« La raison d'une telle négligence des normes du droit et de la morale repose sur un seul élément : les hautes sphères du pouvoir au sein de l'Union européenne ferment les yeux sur les sentiments néonazis et refusent d'accorder de l'attention à la falsification de l'Histoire et la transformation en héros de criminels de guerre nazis en Europe », a expliqué l'ONG, citée par la chaîne télévisée russe RT.

 

Lorsqu'EURACTIV lui a demandé de commenter ces accusations, M. Reinsalu a répondu par écrit que le parlement estonien reconnaissait les mérites de ceux qui se sont battus au nom de l'indépendance de l'Estonie.

 

Il a par ailleurs insisté sur le fait que le parlement avait condamné sans équivoque les crimes contre l'humanité perpétrés lors des occupations soviétique et national-socialiste allemande, « et ce peu importe la citoyenneté des coupables ou l'endroit où les crimes ont été commis ».

 

Le ministre a ajouté que « le rassemblement de l'Association des combattants estoniens pour la liberté qui a eu lieu à Saaremaa la semaine dernière était un événement citoyen dont le but était de commémorer ceux qui se sont battus pour la liberté de l'Estonie et les victimes des régimes d'occupation. Les accusations selon lesquelles ces événements de commémoration des victimes des régimes totalitaires étaient en réalité des manifestations néonazies sont infondées et profondément insultantes. »

 

Il a insisté sur le fait que son pays condamnait les crimes commis par tous les régimes totalitaires qui ont occupé l'Estonie (le nazisme et le stalinisme) et dénonçait « toute tentative de déformation de ce message ».

 

En 1939, l'Union soviétique et l'Allemagne nazie ont conclu le Pacte Molotov-Ribbentrop qui définissait entre autres un protocole secret divisant l'Europe centrale et orientale en deux sphères d'influence.

 

La même année, l'Allemagne a lancé la Seconde Guerre mondiale en attaquant la Pologne et l'Union soviétique a commencé à jouer son rôle en envahissant la Pologne par l'est, tout en concentrant d'autres forces importantes aux frontières des trois Etats baltes et de la Finlande.

 

L'Union soviétique a envahi l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie en 1940. L'occupation soviétique a été suivie par l'occupation nazie en 1941 en Estonie. En septembre 1944, l'Estonie a de nouveau été occupée par l'Union soviétique. Elle a retrouvé son indépendance en 1991.

 

Pour la plupart, les Estoniens ont été mobilisés de force par les régimes totalitaires qui ont occupé le territoire, ce qui est contraire au droit international.

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