La visite d’Etat chinoise placée sous le signe des contrats

Le président chinois entend conserver de bonnes relations climatiques avec la France.

La visite en France du président chinois se concrétise plus en contrats qu’en matière politique.

La France et la Chine ont concrétisé mercredi leur désir de raviver leur coopération en signant une série de contrats d’une valeur de 18 milliards d’euros, cinquante ans après l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays.

Pour sa première visite en France depuis sa prise de fonction en 2013, le président chinois, Xi Jinping, et son épouse, Peng Liyuan, ont été accueillis par François Hollande aux Invalides lors d’une cérémonie militaire à grand spectacle. Un événement encore inédit sous la Ve République.

Escortés par la Garde républicaine à cheval et à moto, les deux chefs d’Etat ont traversé la Seine pour rejoindre l’Elysée.

Airbus et hélicoptères

Ils ont signé 21 accords sur les 50 qui doivent être conclus lors de cette visite de trois jours, notamment dans les secteurs de l’aéronautique, de l’automobile et de l’agroalimentaire.

L’un vise à prolonger jusqu’en 2025 la production d’Airbus A320 dans l’usine d’assemblage située à Tianjin, en Chine.

Pékin a par ailleurs commandé 70 avions Airbus A320 et A330 pour plus de 10,2 milliards d’euros prix catalogue.

Airbus Helicopters a signé un accord de production pour la fabrication de 1.000 hélicoptères EC 175/Z15 avec le groupe chinois Avic sur une durée de vingt ans, un contrat évalué entre 13 et 15 milliards d’euros sur cette période.

La Chine à la rescousse du berceau de l’automobile

Dans l’automobile, les deux chefs d’Etat ont parrainé le partenariat stratégique validant l’entrée de la société chinoise Dongfeng et de l’État français au capital de PSA Peugeot Citroën.

« Cette visite d’Etat marque une étape importante dans notre histoire, cinquante ans après le rétablissement des relations diplomatiques entre nos deux pays, et doit ouvrir une nouvelle phase », a déclaré François Hollande aux côtés de Xi Jinping.

« Sur le plan bilatéral, nous avons aussi d’excellentes relations, même si nous avons un devoir, pour ce qui nous concerne, c’est de rééquilibrer le commerce extérieur entre nos deux pays », a-t-il ajouté.

La France affiche en effet un déficit commercial de quelque 26 milliards d’euros vis-à-vis de la Chine. Après s’être fait distancée ces dernières années par l’Allemagne, elle aspire à renouer une relation « privilégiée et rééquilibrée » avec la deuxième économie mondiale.

François Hollande a souhaité que la « coopération ancienne » dans des domaines comme l’aéronautique se concrétise dans d’autres secteurs comme l’agroalimentaire, la ville durable et la santé, au service d’une classe moyenne chinoise en pleine expansion, comme l’y encouragent les analystes.

Investissements retours

« Dix-huit milliards d’euros de contrats, c’est de l’emploi, de la croissance et surtout des perspectives d’ampleur pour les années qui viennent », a souligné le président français, quelques minutes après la publication de mauvais chiffres du chômage pour le mois de février, en hausse de 0,9%.

Xi Jinping a de son côté salué le mariage entre Dongfeng et PSA, une initiative appelée selon lui à se reproduire à l’avenir dans d’autres domaines.

« Nous avons besoin de projets phares pour promouvoir les investissements croisés, pour enregistrer de nouvelles avancées », a-t-il dit.

La visite d’Etat du président chinois avait démarré à Lyon, où le dirigeant communiste avait souhaité renouer avec la Route de la Soie, un système d’échanges commerciaux ancestral entre l’Europe et l’Empire du Milieu. Lyon a longtemps été la capitale de la soierie.

Des sujets politiques en marge

Au-delà du volet économique, Paris et Pékin, tous deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu, ont affiché leur entente sur les grands sujets internationaux, comme la Syrie, l’Iran ou encore l’Ukraine.

« La France et la Chine partagent les mêmes principes à l’échelle du monde », a dit François Hollande, citant le respect du droit international et de l’intégrité territoriale.

« J’ai été très sensible au soutien que la Chine nous a apporté notamment pour nos politiques à l’égard du continent africain », a-t-il, à l’heure où Paris peine à convaincre ses partenaires européens à s’engager en Centrafrique.

Il a dit en outre avoir « apprécié la position de la Chine » dans le dossier ukrainien. Un éloge étrange dans la mesure où la Chine s’est tenue très en retrait sur ce sujet.

Mi-mars, la Chine s’est abstenue lors du vote au Conseil de sécurité de l’Onu sur une résolution condamnant le référendum sur le rattachement de la Crimée à la Russie.

Les deux présidents devaient se retrouver pour un dîner d’Etat à l’Elysée.

La journée de jeudi doit être marquée par la signature d’autres contrats en marge d’un forum économique franco-chinois, avant un concert suivi d’un dîner au château de Versailles.

Le président chinois doit surtout poursuivre sa visite en rendant visite aux institutions européennes, ce qui constituera un précédent.

La France a un déficit commercial important avec la Chine, soit 26 milliards d'euros par an. La diplomatie entre les deux pays relève principalement de questions économiques.

Une déclaration commune a été adoptée lors de la visite officielle

Pour une nouvelle étape du partenariat global stratégique franco-chinois étroit et solide

A l’invitation de M. François Hollande, Président de la République française, M. Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine, a effectué du 25 au 28 mars 2014 une visite d’Etat en République française. En cette année de commémoration du cinquantième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques, les deux Chefs d’Etat ont partagé le constat que cet acte pionnier avait inauguré une nouvelle ère entre les deux pays. Ils ont réaffirmé leur profond attachement aux relations franco-chinois et leur volonté d’œuvrer ensemble pour ouvrir une nouvelle étape d’un partenariat global stratégique franco-chinois étroit et solide.

I. La Chine et la France, puissances globales et membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, sont déterminées à apporter une contribution active à la paix et à la sécurité internationales ainsi qu’au développement, conformément aux buts et principes de la Charte des Nations Unies. Elles rappellent leur attachement à la tenue régulière du dialogue stratégique. Dans cet esprit, les deux Chefs d’Etat formulent les propositions suivantes :

1. Promouvoir ensemble un monde multipolaire. S’attacher au multilatéralisme et définir les règles internationales à travers la concertation. Approfondir la concertation pour faire face ensemble au défis planétaires que sont le changement climatique, le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs.

2. Promouvoir le règlement pacifique des différends par le dialogue, travailler activement à la résolution des tensions régionales et internationales telles que le dossier nucléaire iranien, la dénucléarisation de la Péninsule coréenne, le Moyen-Orient, la situation en Afrique, dans le Sahel notamment, l’Afghanistan et l’Ukraine. Renforcer la concertation et la coopération sur les opérations de maintien de la paix des Nations Unies et mettre l’accent sur le renforcement des capacités africaines de réponse aux crises.

3. Promouvoir ensemble une croissance forte, durable et équilibrée de l’économie mondiale, œuvrer pour un système commercial ouvert et fondé sur des règles, et s’opposer à toute forme de protectionnisme. Soutenir l’action du G20 en tant que forum principal de la coopération économique internationale et appuyer l’action menée par celui-ci pour construire une économie mondiale ouverte et développer des stratégies de croissance globales, ambitieuses et réalistes qui seront présentées lors du Sommet de Brisbane. La France espère que la Chine qui n’a jamais organisé de sommet de cette nature, accueillera très prochainement ce sommet du G20. Les deux parties soutiennent le renforcement des règles et des concertations multilatérales sur les questions commerciales, climatiques, énergétiques et de développement durable. Elles rappellent leur soutien à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

4. Promouvoir ensemble l’harmonie entre les cultures. Attacher un grand prix à la diversité et à la richesse des cultures et respecter les spécificités propres à chaque culture. Il convient de promouvoir le dialogue, et l’enrichissement mutuel entre les cultures en vue de partager les fruits des progrès de la civilisation.

5. Renforcer la concertation dans le domaine du changement climatique. S’efforcer d’obtenir lors de la Conférence Paris Climat 2015(COP21) l’adoption d’un protocole, un autre instrument juridique ou un texte convenu d’un commun accord ayant valeur juridique applicable à toutes les parties au titre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre et la hausse de la température globale conformément aux engagements pris lors de la Conférence de Cancun. A cette fin, les deux parties poursuivent leurs échanges sur la préparation du sommet organisé par le Secrétaire général des Nations Unies en septembre 2014 et développent leurs coopérations autour d’initiatives concrètes liées à la transition énergétique. Elles s’engagent conjointement à présenter leurs contributions respectives, conformément aux arrangements fixés à Varsovie.

II. Les deux Chefs d’Etat réaffirment leur volonté d’approfondir, de rééquilibrer, et d’élargir davantage la coopération bilatérale en matière économique dans le cadre du mécanisme du Dialogue économique et financier franco-chinois de haut niveau et selon les principes de bénéfice mutuel et de développement partagé.

Les Chefs d’Etat soulignent l’importance du développement des investissements porteurs, dans la durée, de croissance et d’emplois et la nécessité qu’ils bénéficient au sein du pays partenaire d’un environnement transparent et non-discriminatoire. Ils s’accordent pour renforcer leur coopération bilatérale dans le domaine de la propriété intellectuelle.

Les deux Chefs d’Etat saluent également les efforts des banques et des entreprises des deux pays visant à développer des opérations offshore en renminbi (RMB) à Paris ainsi que la coopération entre leurs autorités de régulation financière, pour faire de la Place de Paris un important lieu d’échange des investissements chinois dans la zone euro et des investissements européens en Chine. La France salue le quota de 80 milliards de yuan RMB qui lui a été accordé via le programme RQFII (Renminbi Qualified Foreign Institutional Investors). Les deux parties conviennent de poursuivre les discussions sur la mise en place d’accords de compensation et de règlement en RMB à Paris. Les deux parties s’engagent par ailleurs à renforcer leur dialogue et leurs échanges réguliers sur les évolutions significatives du secteur bancaire et financier, notamment des réformes réglementaires.

1. Encourager les acteurs industriels et institutionnels des deux pays à faire avancer dans le cadre agréé par les gouvernements, dans le strict respect des plus hauts standards de sécurité, de sûreté et de protection de l’environnement, la coopération sur l’ensemble du cycle nucléaire, y compris l’amélioration de la sûreté des centrales nucléaires en service et en construction, l’usine de traitement / recyclage des combustibles usés, la réalisation conjointe du projet d’Hinckley Point et de nouveaux projets électronucléaires au Royaume-Uni, l’exploitation minière d’uranium naturel à l’étranger, ainsi que la construction des tranches 1 et 2 de Taishan et d’autres partenariats en la matière à l’international sur le long terme.

2. Souligner le caractère mutuellement bénéfique de la coopération bilatérale dans le secteur de l’aviation civile et de l’industrie aéronautique et ses perspectives pour l’avenir. Se féliciter de la signature de l’accord renouvelant la coopération sur la chaîne d’assemblage d’A320 de Tianjin jusqu’en 2025. Œuvrer à élargir et à renforcer la coopération sur la chaîne d’assemblage d’A320 de Tianjin et à faire en tenant compte des évolutions du marché, de Tianjin le centre de production d’Airbus en Asie. Encourager le renforcement de la coopération industrielle déjà existante par le développement d’un avion bi-couloir, adapté au marché chinois, sur la base de l’A 330. Saluer la participation des industriels français au développement et à la fabrication de l’avion chinois C919, et se féliciter du développement de la coopération bilatérale dans le secteur des hélicoptères civils, des moteurs civils et de la gestion du trafic aérien. Se féliciter de la mise en place d’un partenariat dans le secteur aéroportuaire.

3. Poursuivre la coopération sur les projets « Chinese French Oceanic Satellite (CFOSat) » et « Space Variable Objects Monitor (SVOM) ».

4. Soutenir le développement de la coopération dans les nouveaux secteurs. Rappeler l’importance de la coopération bilatérale dans les domaines de l’innovation, du tourisme, des transports ferroviaires et urbains, de l’automobile, de l’énergie et du développement durable de la planification des villes et des infrastructures d’eau, des déchets et des transports. Renforcer la coopération bilatérale dans le domaine du développement urbain durable et veiller ensemble à bien organiser le projet pilote à Wuhan et à mettre en œuvre les projets d’éco-quartiers à Shenyang et à Chengdu. Approfondir la coopération dans les domaines du renforcement de l’efficacité énergétique, de l’agroalimentaire et de la santé.

III. Les deux Chefs d’Etat soulignent l’importance, en cette année particulière de la célébration du cinquantenaire des relations diplomatiques entre la Chine et la France, de continuer à promouvoir la compréhension et la connaissance mutuelle entre les peuples chinois et français. A cette fin, ils décident d’établir un mécanisme de dialogue sur les échanges humains de haut niveau et de promouvoir les échanges et la coopération dans les domaines comme l’éducation et la culture.

Intensifier davantage les échanges de jeunes scolaires et approfondir la coopération bilatérale dans les domaines de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Se féliciter du développement des partenariats entre établissements d’enseignement supérieur des deux pays. Renforcer la coopération bilatérale dans les domaines audiovisuel et du cinéma en encourageant les coproductions et en augmentant la diffusion des programmes audiovisuels et cinématographiques dans leurs pays réciproques.

Prendre de nouvelles mesures pour faciliter et accroître la mobilité entre les deux pays.

Renforcer la coopération en matière de lutte contre les trafics illicites, les fraudes et la criminalité organisée.

IV. Les deux Chefs d’Etat réaffirment l’importance d’approfondir davantage le partenariat stratégique sino-européen, se félicitent de l’élan donné par l’Agenda stratégique de coopération Chine-UE 2020 adopté lors du 16e Sommet Chine-UE et expriment leur volonté de continuer à promouvoir le renforcement de la coopération sino-européenne. Ils se félicitent également de la résolution du contentieux commercial sur les vins par le dialogue.

V. Les deux parties soulignent l’importance, pour le développement de chaque pays, de la promotion et de la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales conformément aux buts et principes de la Charte des Nations Unies. Les deux parties réaffirment l’importance de poursuivre le dialogue et les échanges entre l’Union européenne et la Chine sur les droits de l’homme sur la base de l’égalité et du respect mutuel.

Pour réaliser les objectifs susmentionnés, les deux parties ont élaboré un plan de développement des relations franco-chinoises à moyen et long terme annexé à la présente déclaration conjointe pour orienter leur coopération dans différents domaines.

31 mars : visite du président chinois à Bruxelles

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