Le conflit toponymique sur la Macédoine pénalise autant Athènes que Skopje

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La Grèce et la Macédoine sont toutes les deux perdantes dans le conflit qui les oppose autour du mot Macédoine. La vice-présidente de l'Union sociale-démocrate, dans l'opposition en Macédoine, qualifie les deux gouvernements de « frères d'armes ». Un article d'EURACTIV Grèce.

Une majorité d'États membres de l'UE reconnaît désormais la Macédoine sous son nom constitutionnel de République de Macédoine. Mais certains pays, derrière la Grèce, rejettent ce terme et parlent d'ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM).

La Grèce martèle que le nom « Macédoine » implique des revendications territoriales et minoritaires de sa propre province du nord, qui porte le même nom.

Ce conflit menace de bloquer l'adhésion de la Macédoine à l'UE, car Athènes dispose d'un droit de veto sur tous les nouveaux candidats.

Radmila Šekerinska, ancienne vice-première ministre des affaires européennes, critique le premier ministre Nikola Gruevski, le leader du Vmro-Dpmne (centre-droit). Elle l'accuse de se concentrer sur le conflit toponymique afin d'alimenter les tensions, plutôt que de résoudre les problèmes bilatéraux.

« Il  veut utiliser le conflit toponymique à des fins nationales, dans le débat politique interne. Il n'a même pas essayé de mettre sur pied une approche fondée sur le consensus au nom des négociateurs macédoniens », indique-t-elle à EURACTIV Grèce.

Elle ajoute que ce conflit sert d'excuse « à certains de nos réformateurs nationaux présumés pour n'apporter aucun des changements nécessaires à la société ».

Manipulations politiques

L'ancienne vice-première ministre va plus loin :

« Je pense que les gouvernements grec et macédonien actuels sont des frères d'armes, car ils tiennent les deux pays en otage et tentent de manipuler la question d'un point de vue politique au lieu d'améliorer les relations bilatérales. »

Selon l'élue, la Macédoine a payé ce conflit au prix fort. Mais la Grèce a aussi perdu des possibilités d'investissements, surtout après le veto d'Athènes lors d'un sommet de l'OTAN en 2008.

« Je pense que la Grèce a laissé passer des opportunités ces dernières années, surtout après le veto de 2008. [L'occasion d'] être plus présente sur le marché macédonien, d'investir davantage, de jouer un plus grand rôle politique dans la région et de se positionner comme l'acteur européen des Balkans. »

« Je ne pense pas que la Macédoine le paie beaucoup plus cher, mais c'est une stratégie perdante; et les deux premiers ministres en sont responsables. »

La Grèce évite les critiques

Dans ses priorités pour la présidence tournante du Conseil de l'UE, la Grèce évite de mentionner la politique de l'élargissement. Athènes s'était pourtant engagée à promouvoir l'élargissement de l'Union aux Balkans occidentaux.

Radmila Šekerinska considère que toute autre mention serait synonyme d'« hypocrisie ».

« Le gouvernement grec a probablement voulu éviter toute critique, car la présidence grecque aurait vraiment du mal à affirmer que l'élargissement est une priorité alors que l'un des pays qui pourraient faire un pas en avant est toujours bloqué par sa faute », ajoute telle.

Si un pays candidat voit ses perspectives gelées en raison du veto d'un État membre, « il se détériore, et c'est la principale leçon à retenir ».

La vice-présidente de l'opposition ajoute que l'Union européenne indiffère et déçoit de plus en plus au sein de la population. La situation des médias dans le pays est également « déplorable ».

« Un grand nombre de journalistes et de médias qui veulent travailler de manière professionnelle subissent d'énormes pressions. »

Le gouvernement de Nikola Gruevski fait taire la presse critique, ce que dénoncent les médias.

Lorsqu'on lui demande quel serait le « nom parfait » pour la Macédoine, elle répond : « Quand j'étais jeune, je me plaignais parce que je n'aimais pas mon prénom. Mais ensuite, j'ai compris qu'un nom rare [vous] aidait. Le temps joue un rôle. En tant que citoyenne de ce pays, et j'y ai été élevée sous le nom de Macédoine, je ne comprends vraiment pas la position grecque. Mais la politique internationale, comme nationale, doit parfois résoudre des problèmes qui semblent irrationnels. »

Née en 1972, Radmila Šekerinska a passé son enfance en République fédérative socialiste de Yougoslavie, composée de six entités, dont la Macédoine. À l'époque, la Grèce ne s'opposait pas à ce nom.

La Macédoine a pris son indépendance de la République fédérative socialiste de Yougoslavie en 1991.

Le pays est une mosaïque ethnique. Les Macédoniens slaves sont les plus nombreux (64 % de la population). Les citoyens d'ethnie albanaise représentent la plus grande minorité (25 %). Des Turcs (3 %) et des Roms (1,9 %) peuplent également le pays. Le gouvernement macédonien indique toutefois que la majorité de la population n'est pas slave, mais descendante d'Alexandre le Grand.

De tous les obstacles en travers de la route de la Macédoine vers l'adhésion à l'UE, le conflit toponymique avec la Grèce semble le plus important.

Du point de vue d'Athènes, le nom officiel utilisé par Skopje (République de Macédoine), constitue un affront pour la région grecque qui porte le nom de Macédoine. En représailles, la Grèce a promis d'opposer son veto à l’adhésion de la Macédoine aux institutions internationales, y compris l'UE, jusqu'à ce que cette question soit réglée.

Même si tous les États membres de l'UE, excepté la Grèce, reconnaissent le terme « Macédoine » comme le nom constitutionnel du pays, ce conflit bloque l'adhésion de Skopje à l'UE et à l'OTAN. La Pologne, la Roumanie, le Royaume-Uni et 13 autres États membres de l'UE parlent de la Macédoine, alors que l'Allemagne, l'Espagne, la France et 9 autres pays l'appellent ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM).

La Grèce estime également que la Macédoine détourne de grands pans de son histoire antique. L'aéroport de Skopje porte le nom d'Alexandre le Grand, un héros de la Grèce antique.

La Macédoine a récemment mis Athènes en colère en érigeant une immense statue d'un « guerrier à cheval » qui ressemble à Alexandre le Grand.

  • 1er janvier - 31 juillet 2014 :  présidence grecque du Conseil de l'UE

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