Présidence de l’UE par la France : la promotion du plurilinguisme sera une priorité

Le secrétaire d'Etat chargé du Tourisme, des Français de l’étranger et de la Francophonie Jean-Baptiste Lemoyne [LUDOVIC MARIN/EPA]

A l’occasion de la semaine de la Francophonie, qui s’est achevée dimanche (21 mars), le secrétaire d’Etat chargé du Tourisme, des Français de l’étranger et de la Francophonie Jean-Baptiste Lemoyne, a rappelé que le plurilinguisme sera l’une des priorités de la présidence française de l’UE au premier semestre 2022.

« Renforcer le statut, l’usage, le rôle d’une langue, c’est renforcer son influence et son pouvoir », explique Olga Turcan, chercheure en sociolinguistique au sein du groupe d’étude sur le plurilinguisme européen de l’Université de Strasbourg et anciennement spécialiste de programme à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), à EURACTIV.

La semaine dernière avait lieu la semaine de la Francophonie, l’occasion pour le gouvernement français, par la voix du secrétaire d’Etat Jean-Baptise Lemoyne notamment, de réitérer son souhait de promouvoir le plurinlinguisme, et le français, en amont de la présidence de l’UE par la France en 2022.

Présidence de l’UE : la France passe à la vitesse supérieure dans les préparations

Alors que la France doit prendre la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne au premier semestre de 2022, le secrétaire d’État chargé des affaires européennes Clément Beaune a lancé la semaine dernière deux comités : un comité de suivi transpartisan et un comité de réflexion.

Si les actions concrètes qui seront mises en place restent à être clarifiées – à ce jour, les solliciations d’EURACTIV auprès de l’exécutif sont restées sans réponse -, l’ambition d’élargir la place et le rôle de la langue française dans le monde n’est pas nouvelle.

Le 20 mars 2018, le président de la République Emmanuel Macron avait présenté une feuille de route, s’appuyant sur des consultations publiques, afin de mener à bien cet objectif.

« L’effort de soutien aux systèmes éducatifs des pays francophones d’Afrique s’est poursuivi avec 356 millions d’euros engagés en 2020 », note par exemple l’Elysée dans une communication publiée vendredi dernier (19 mars).

« Est-ce qu’on parle d’une politique linguistique au sein de l’UE et de ses institutions ou on parle d’une politique linguistique qui concernerait les Etats membres et leur système éducatif ? » s’interroge Mme Turcan, face à la volonté française à l’horizon 2022, qui précise sa réflexion : « Est-ce que la France souhaite renforcer son pouvoir, son influence, sa capacité de décision dans le cadre d’une organisation internationale ? »

Halte au « Brexit », « taskforce » et autres anglicismes ?

S’il ne fait aucun doute que la France souhaite augmenter son rayonnement par un meilleur enseignement du français en dehors de l’hexagone, la question du statut de la langue dans les instances internationales, notamment européennes, se posent.

« Il y a quelques semaines, c’était le Brexit. Le Royaume-Uni nous a quittés et beaucoup d’anglophones avec. Et puis ce sera, dans quelques mois, la présidence français de l’UE. On doit donner un coup d’accélérateur et pas de ‘booster’, d’accélérateur, pour la pratique du français en Europe », expliquait le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Clément Beaune la semaine dernière dans une vidéo sur Twitter.

Et d’ajouter : « On doit le faire en défendant les règles, la pratique du français dans les réunions, dans les sommets, et on doit le faire aussi de manière plus offensive (…) On va le faire tout au long des prochains mois en Europe, pour qu’on ne parle plus seulement de ‘task force’, de ‘Brexit’ ou d’ ‘adresser’ un problème ».

Même son de cloche du côté de son collègue Jean-Baptise Lemoyne : « Il y a un combat qui reste à mener. Notamment au sein des institutions internationales. Je pense par exemple à l’UE parce que, il faut se le dire, on assiste quand même à une sorte d’émergence de l’anglais comme espéranto et moi je ne m’y résous pas » s’est-il plaint sur TV5 Monde la semaine dernière.

« Utiliser uniquement l’anglais est un appauvrissement total » a-t-il déclaré, évoquant un « sabire » – une langue composée d’un mélange de plusieurs langues – qui n’est « pas satisfaisant » et soulignant que pouvoir parler dans sa propre langue est « une clé de la démocratie ».

Les règles de l’UE

Dans les faits, la législation européenne est fondée sur le principe du multilinguisme et reconnaît les 24 langues officielles des Etats membres comme langues officielles de l’UE. « Les textes adressés aux institutions par un État membre ou par une personne relevant de la juridiction d’un État membre sont rédigés au choix de l’expéditeur dans l’une des langues officielles. La réponse est rédigée dans la même langue », précise l’article 2 du Règlement portant fixation du régime linguistique de la Communauté Économique Européenne de 1958.

Mais seuls l’anglais, l’allemand et le français sont les langues de travail effectives au sein de la Commission européenne. Le départ du Royaume-Uni de l’UE a relancé le débat sur la place de l’anglais dans les institutions, alors qu’elle n’est plus que la langue officielle pour deux pays désormais : l’Irlande et Malte.

Un document du Secrétariat général des affaires européennes rappelle d’ailleurs que tous les agents publics français « doivent toujours privilégier l’usage du français, et veiller à ce que son statut de langue officielle et de langue de travail soit respecté ».

« Il n’y a pas de doute sur le fait que, si on peut utiliser notre propre langue, il ne faut pas rater cette occasion » se réjouit Mme Turcan qui note néanmoins que « remplacer l’anglais par une langue neutre, et donc s’en tenir à l’unilinguisme, ce n’est pas la solution », en référence à une consultation de 2018 lancée par le Médiateur européen où une partie des répondants appelaient à la mise en place « d’une langue commune mais neutre, à l’image de l’espéranto ».

La présidence tournante de l’UE par la France présente donc une opportunité pour réaffirmer la place de la langue français dans les instances européennes. Sans compter qu’ « au Conseil de l’UE, par exemple, lorsqu’il s’agit des langues de rédaction des documents selon les présidences tournantes, on observe une corrélation entre la production de textes en français et celle des textes multilingues. Autrement dit, l’accroissement de l’usage du français va de pair avec une progression d’autres langues », souligne Mme Turcan.

Elle s’appuie sur un rapport auquel elle a elle-même participé lorsqu’elle était à l’OIF et qui révèle que la présidence française, en 2008, a doublé « le taux des documents rédigés en français par rapport aux présidences précédentes, taux qui reste le plus élevé pour la période mentionnée ».

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