Un ministre russe appelle à la censure de l’Internet

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Le ministre russe de l'intérieur a demandé hier (2 août) que soient instaurées des limites sur Internet afin d'éviter la perte des valeurs culturelles traditionnelles chez les jeunes. Cette nouvelle suscite des craintes quant à l'introduction de contrôles sur la toile russe.

Nombreux sont ceux parmi les 53 millions d'internautes en Russie qui craignent que certains partisans de la ligne dure proches du premier ministre, Vladimir Poutine, ne décident en amont des élections présidentielles d'instaurer des limites sur Internet, comme c'est le cas en Chine, pour éviter des soulèvements du style de ceux qui ont eu lieu dans les pays arabes.

Le président russe, Dmitri Medvedev, un fervent utilisateur de l'iPad, a exclu tout contrôle drastique et a proposé un débat sur la manière de lutter contre la présence de contenus clairement illégaux, tels que la pédopornographie.

Le ministre de l'intérieur, Rashid Nurgaliyev, est le plus haut fonctionnaire à publiquement suggérer l'instauration de limites pour des raisons culturelles.

« Il est nécessaire de prendre une série de mesures pour limiter les activités de certains sites Internet sans entraver l'échange d'informations », a-t-il déclaré, cité par ITAR-TASS lors d'une réunion interministérielle sur la lutte contre l'extrémisme.

M. Nurgaliyev, qui n'a pas mentionné le nom des sites qui selon lui devraient être interdits, a affirmé que la jeunesse russe devait être protégée afin d'éviter qu'elle ne soit corrompue par des idées « irrationnelles » qui pourraient aller à l'encontre des valeurs traditionnelles, notamment via l'écoute de certains morceaux de musique.

« Il me semble qu'il est grand temps de mettre en place des contrôles dans le pays afin de savoir ce qu'ils écoutent, ce qu'ils lisent et ce qu'ils regardent », a-t-il déclaré en parlant de la jeune génération.

« Ils ont oublié les vieilles chansons d'amour, les valses, tout ce qui nous unissait, notre passé et nos racines », a affirmé l'ancien officier du KGB âgé de 54 ans.

Les lamentations de M. Nurgaliyev font écho à une perception répandue chez les Russes de l'ancienne génération selon laquelle les valeurs morales ont décliné depuis la chute de l'Union soviétique en 1991. Ses déclarations ont toutefois provoqué railleries et inquiétudes au sein de la blogosphère russophone en pleine expansion.

« L'idiotie gagne le pays »

« Que dire ? Je ne vais même pas dire que c'est totalement absurde », a écrit Alexei Nikitin sur son blog « Messieurs, l'idiotie gagne le pays ».

Andrei Makarevich, le leader d'un groupe populaire de soft-rock en Russie appelé Mashina Vremeni (en français : « Machine à remonter le temps »), a déclaré sur la chaîne télévisée NTV que les commentaires de M. Nurgaliyev étaient tellement déroutants qu'il ne trouvait pas de mots pour les décrire.

Cependant, un expert russe en renseignements, Andrei Soldatov, a expliqué que les commentaires de M. Nurgaliyev cachaient une volonté plus forte des autorités répressives d'instaurer un contrôle intrusif de l'Internet.

« M. Nurgaliyev […] veut utiliser de l'argent du budget pour mettre sur pied un système de contrôle de l'Internet », a déclaré à Reuters M. Soldatov, qui dirige le groupe de réflexion Agentura.ru. « Le fait que les forces de l'ordre russes aient commencé à travailler activement avec les entreprises pour échanger des informations dans ce domaine rend le concept de « vie privée » totalement illusoire ».

Dans un pays où la plupart des médias sont aux mains de l'Etat, Internet est l'un des derniers bastions de la liberté d'expression. Les bloggers russes critiquent librement les autorités, souvent de manière cinglante, ils abordent la question de la corruption dans les hautes sphères et échangent des informations sans craindre la censure.

Internet a joué un rôle crucial dans les soulèvements qui ont lieu en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, poussant certains gouvernements à restreindre l'accès à la toile.

Ce genre de révolution n'est pas à prévoir dans un futur proche en Russie, mais certains partisans de la ligne dure semblent vouloir s'assurer qu'ils pourraient contrôler le contenu présent sur Internet dans le cas d'un soulèvement populaire.

Un haut fonctionnaire du Service fédéral russe de sécurité (FSB), l'organisation qui a remplacé le KGB, a expliqué en avril dernier que l'utilisation incontrôlée de Gmail, d'Hotmail et de Skype représentait une « menace majeure à la sécurité nationale » et a demandé un accès aux données cryptées des fournisseurs de services de communications.

Des diplomates occidentaux ont affirmé à Reuters qu'une série de cyberattaques contre des sites d'hébergement ces derniers mois (y compris contre le propre blog de M. Medvedev) avait toutes les caractéristiques d'une attaque très organisée et bien financée.

EURACTIV avec Reuters  Article EURACTIV traduit de l'anglais par Amandine Gillet

La Russie élira son président début 2012 et les 450 membres de la Douma (l'une des chambres de l'Assemblée fédérale) en décembre de cette année. Le Conseil fédéral (178 membres) dispose de deux membres par région, mais ils ne sont pas élus.

Depuis la chute de l'URSS, cinq élections présidentielles et cinq élections législatives ont eu lieu. Depuis que Vladimir Poutine est devenu le président de la Russie en 1999, de plus en plus de critiques se font entendre s'agissant de la tenue des élections.

La dernière élection présidentielle a eu lieu en 2008 et a été remportée par Dmitri Medvedev avec 71,25 % des voix contre 17,96 % pour Gennady Zyuganov, le candidat du Parti communiste, et 9,48 % pour Vladimir Zhirinovski du Parti libéral démocratique de Russie.

En février dernier, l'adjoint de Vladimir Poutine, Igor Sechin, a accusé Google, le numéro 1 des moteurs de recherche dans le monde, d'avoir attisé les révoltes qui ont entraîné la démission du dirigeant égyptien, Hosni Moubarak.

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