Des commissaires polyglottes feront-ils une Commission multilingue ?

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Copyright: nito/shutterstock

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Alors qu’une dérive vers le « tout anglais » est régulièrement dénoncée au sein des institutions européennes, plusieurs des nouveaux commissaires sont particulièrement polyglottes. Pour Stéphane Lopez, représentant de l’Organisation internationale de la Francophonie auprès de l’UE, ce multilinguisme des profils aura un impact sur l’utilisation des langues. 

Si chacun s’est plongé avec délice dans l’analyse fine des équilibres nationaux, politiques et de genre, au sein de la Commission Juncker, peu d’observateurs se sont intéressés aux compétences linguistiques des commissaires, sinon pour brocarder çà et là les difficultés de certains avec l’anglais lors de leur audition parlementaire.

Mais il est un fait qu’ils sont pour la majorité d’entre eux des polyglottes assez impressionnants, à commencer par leur président, Jean-Claude Juncker, dont on connaît l’aisance à s’exprimer en anglais, en français et en allemand, et mieux, à évoluer avec complicité dans ces cultures et notamment les deux dernières et ce, au bénéfice des compromis les plus ardus.

La chose est aussi vraie sinon plus en ce qui concerne son premier vice-président, Frans Timmermans qui représente même un véritable phénomène en matière de spectre de langues européennes couvert, avec la maîtrise du néerlandais, du français, de l’allemand, de l’anglais, de l’italien, de l’espagnol et du russe (langue non communautaire, mais qui devrait trouver un usage précieux pour la Commission dans le contexte actuel).

Idem à peu de choses près pour ce qui est de Frederica Mogherini, la Haute représentante et non moins Vice-présidente de la Commission, qui maîtrise l’italien, l’anglais, le français et dans une moindre mesure l’espagnol, ce qui devrait donner à la communication en matière de politique extérieure et de sécurité commune de l’Union européenne un sérieux coup de neuf en matière de diversité linguistique.

Et l’on pourrait ainsi à l’envi décliner ce constat pour à peu près tous les commissaires, à quelques exceptions près, et avec des combinaisons linguistiques variées qui témoignent d’une véritable réalité plurilingue, qui s’il n’est pas sûr qu’elle ait été la priorité des États membres au moment de leur sélection et a fortiori de celle du Président, dénote une évolution des profils des hauts dirigeants européens vers plus d’ouverture à l’Europe et au monde sur le plan des langues étrangères.

L’itinéraire des commissaires (souvent passionnant d’ailleurs), confirme lui aussi globalement cet état de fait et l’on ne peut que s’en réjouir à la fois du point de vue du respect de la diversité linguistique et culturelle et de celui du rapport aux gouvernements et aux peuples européens, en ces temps de doutes communautaires et de tentations identitaires.

Maintenant, la question qui se pose à l’observateur de la Construction européenne est de savoir si dorénavant et sur la base de ces compétences remarquables, la Commission européenne, cette immense mécanique pourtant servie par des fonctionnaires généralement très polyglottes eux-mêmes, deviendra plus plurilingue dans ses réunions, dans ses documents de travail et dans sa communication, au-delà du talent des porte-paroles.

Car, et ne serait-ce qu’en ce qui concerne l’usage de la langue française, par exemple, qui fut longtemps la première langue de travail et est désormais la seconde, des rapports récurrents confirment que son usage s’érode, notamment à la Commission et en dépit des dispositifs de traduction et d’interprétation disponibles. Le Groupe des Ambassadeurs francophones à Bruxelles a eu, par exemple, l’occasion de s’émouvoir de l’usage du français au Service Européen d’Action Extérieure, dont chacun connaît pourtant la relation régulière avec les pays francophones, notamment du Sud. Et qui dit diminution de l’usage du français dit diminution de l’usage de toutes les autres langues continentales pourtant égales selon les Traités et égales en Droit donc, mais non en réalité.

Le rapport 2014 sur la langue française dans le monde sera présenté au Club de la Presse de Bruxelles ce mercredi 12 novembre à 17h30. 

Organisation internationale de la Francophonie

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