L’Europe se montre sceptique face à l’Ukraine

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Le sentiment anti-européen qui se répand en Europe pourrait contaminer l'Ukraine, selon Valerii Koutcheroul, analyste politique ukrainien

Avec la question de l’intégration européenne qui s’est posée en Ukraine, un grand nombre d’hommes d’affaires et de politiciens ukrainiens ont commencé à étudier attentivement la situation sociale et économique dans les pays-membres de l’UE. Les ukrainiens prêtent une attention particulière aux principales économies européennes principales, dont celle de la France. Aujourd’hui l’Ukraine reste intéressée par une Europe forte et stable, qui puisse surmonter les conséquences de la crise économique.  

Les valeurs proclamées par l’UE demeurent attrayantes pour une majorité d’Ukrainiens : les protestations le confirment. La société civile a dès le départ soutenu l’idée du rapprochement de l’Ukraine avec l’UE. Elle a ensuite été largement représentée sur l’Euromaïdan. Désormais,  l’échec du rapprochement est interprété douloureusement par une partie de la population ukrainienne qui espèrait intégrer la communauté européenne. A l’inverse, la frange de la population plus motivée par le rapprochement de l’Ukraine avec la Russie est plus satisfaite.

Mais il faut reconnaître que ces derniers temps, l’Union Européenne doute de sa propre volonté d’élargissement. Après les élections du Parlement européen qui auront lieu en mai prochain, la répartition traditionnelle des forces pourrait être tout à fait différente. L’équilibre entre la droite et la gauche est trop précaire. Et les sondages d’opinion pré-électoraux dans les différents pays de l’UE prouvent que l’Europe s’oriente vers le nationalisme. Le scepticisme à l’égard de l’UE s’amplifient parmi les Européens. Chaque année Bruxelles a de plus en plus de peine à convaincre les habitants de l’Europe que l’UE leur confère beaucoup d’atouts.

Les sentiments anti-européens sont devenus évidents lors des dernières élections parlementaires. La crise économique n’a fait que renforcer cette tendance. Selon les résultats d’une enquête faite en Europe par l’Institut américain Pew Center, seulement 45% des sondés soutiennent l’UE. En 2012 cet indicateur était à 60%. Même en Allemagne où les conséquences de la crise sont moins évidentes, les idées des eurosceptiques deviennent de plus en plus populaires. Lors des élections de septembre, «Alternative pour l’Allemagne» a presque atteint les 5% (4.7%).

Les perspectives de l’UE ne sont pas meilleures en France. Selon un sondage du «Figaro», l’augmentation du mécontentement des français au regard de la situation actuelle dans l’UE est patente. 67 % des personnes interrogées pensent que l’UE va dans la mauvaise direction. La politique économique et budgétaire de l’UE est négativement perçue par 60% des personnes interrogées, tout comme l’introduction de l’euro qui aurait exercé une influence négative sur l’économie du pays (61%), mais aussi le chômage (63%), et les prix (89%). Selon les données du sondage effectué par la société Gallup, un tiers de Français interrogés (43%) seraient prêts à voter la sortie de l’UE lors d’un référendum.

Les partis nationalistes et d'extrême droite profitent de l’augmentation du mécontentement des Européens face à l’UE. La chef du «Front national», Marine Le Pen, et le leader du Parti de la liberté hollandais Geert Wilders sont déjà parvenue à un accord pour une coalition.  Leur but est de parvenir à former une groupe d'extrême droite au Parlement européen.

Marine le Pen a déclaré que «nos Etats européens sont obligés de demander la permission de Bruxelles en toutes occasions, de négocier le budget, comme si la Commission dirigeait». Dans le cadre de la réduction du budget 2014 de l’UE de 9.4%, ces paroles prennent un nouveau sens. Geert Wilders a été plus direct encore, en parlant  de «l’exemption de l’élite européenne – du monstre bruxellois ».

Dès le début de la préparation de l’Ukraine à la signature de l’Accord d’Association avec l’UE, les dirigeants français se prononçaient avec précaution sur
le sujet. Le ministre des affaires étrangères de la France Laurent Fabius a déclaré que la France ne veut pas que « les tentatives pour résoudre la crise en Ukraine soient accompagnées de violence et du recours à la force ».

En outre, la France à la différence de la plupart des pays de l’UE retient l’appel de la Russie à discuter la signature de l’Accord d’Association par l’Ukraine. Le ministre des affaires étrangères de la France a aussi noté que «parfois des faux renseignements sont répandus, comme l’idée selon laquelle la France penserait que si l’Ukraine faisait son choix en faveur de l’UE, elle se tournerait contre la Russie. Ces affirmations sont fausses. Les deux directions peuvent se combiner ». Ce point de vue des représentants de la France sur les événements en Ukraine retient l’attention.

Récemment, un journaliste, écrivain et philosophe, directeur du magazine «La Règle du Jeu», Bernard-Henri Lévy dans son article «Vive l’Ukraine libre !» a exprimé son ravissement sincère des initiatives civiles ukrainiennes à l’appui du rapprochement avec l’Europe. Il a noté que l’Euromaïdan était une vive incarnation de l’idée d’une Europe unie, que c’était une incarnation des idées qui avaient commencé à perdre leur sens pour les Européens eux-mêmes, et que c’était la chance au nouveau redressement, à la réjuvénation de l’Europe.

On veut croire que les hauts dirigeants de l’UE prennent en considération cette opinion. Tandis que le nombre de sceptiques européens augmente dans l’UE, le même processus pourrait s’amorcer en Ukraine. L’indécision de l’Union Européenne quant au développement ultérieur de ses relations avec l’Ukraine en est la raison, tout comme le refus des dirigeants européens d’accorder une aide sérieuse à l’Ukraine.

 

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