Après le Brexit, le journaliste Alex Taylor ne veut plus jouer « l’Anglais de service »

Son pays boude l’Union européenne ? Tant pis pour lui. Le journaliste britannique de 62 ans, qui a consacré des années à décrypter l’Europe à coups de revues de presse radiophoniques, a claqué la porte du Royaume-Uni au lendemain du référendum de 2016. Il est désormais citoyen britannico-français. Surtout français, en réalité. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Ses premiers émois européens ont tout du cliché. À 10 ans, le Cornouaillais Alex Taylor est tombé raide dingue… du concours Eurovision. C’était en 1967, la Britannique Sandie Shaw venait de décrocher le pompon en plagiant allègrement Poupées de cire, poupées de son. « Il faut m’excuser, je ne connaissais pas encore France Gall », bafouille-t-il, hilare. Qu’importe, le mal était fait.

Voilà le petit Alex contaminé par l’air libertaire du continent. Ce n’est pas un hasard si, dix ans plus tard, c’est en France qu’il file pour vivre enfin « gay au grand jour ».

« Après le Brexit, j’étais sidéré »

Bye bye Thatcher et son impensable « Clause 28 », qui interdit de parler de façon positive de l’homosexualité. « Je quittais une société très dure envers les gays pour me retrouver, en France, face à de beaux mecs qui me souriaient ouvertement. C’est ça la clef : pour se sentir européen, il faut une raison affective. » Lui a été conquis par « l’émancipation qu’offrait l’Europe ».

N’en déplaise aux médias qui continuent d’en faire « l’Anglais de service », Alex Taylor n’a plus grand-chose de Britannique. Si ce n’est un charmant petit accent. Et son goût inconditionnel pour le thé de Mark & Spencer, à deux pas de son appartement parisien. Il le dit presque sans rire : « Je tremble à l’idée que l’enseigne ferme en cas de Brexit sans accord. » Pour le reste, il a coupé les ponts avec les Anglais : « Je parle d’eux en disant “ils”. » Ce n’était pas le cas avant le 24 juin 2016.

Ce matin-là, au lendemain du référendum sur le Brexit, il est apparu en larmes sur les chaînes d’infos françaises. « J’étais sidéré, je me suis senti déchu de ma citoyenneté européenne. » D’un bulletin de vote, ses compatriotes venaient de nier quarante ans de sa vie entre Paris et Berlin ; ses amours avec un Allemand de l’Est ; sa passion des langues — il parle allemand, français, italien, espagnol, néerlandais, russe ; lit aussi le portugais…

Brexit : la Cour suprême inflige un coup ravageur à Boris Johnson

Le Premier ministre britannique Boris Johnson s’est engagé à contrecœur à respecter la décision de la Cour suprême, qui lui a infligé un coup ravageur le 24 septembre en jugeant illégale sa décision de suspendre le parlement à l’approche du Brexit, déclenchant de nombreux appels à la démission.

« Je serais pourtant malhonnête de dire que je ne pressentais pas la catastrophe. » Chaque matin, pendant des années, il a décortiqué les journaux européens pour ses savoureuses revues de presse. Difficile, alors, de ne pas voir la vague europhobe enfler dans les journaux britanniques. « Dans le genre dégueulasse, les tabloïds ont excellé. Ils ont tapé sur les migrants, prôné le retour à un passé soi-disant grandiose. Ils ont nourri la crise identitaire en faisant croire que le pays n’avait pas besoin des autres. Boris Johnson dit la même chose et on voit le résultat… »

Les larmes aux yeux, Alex Taylor feint de s’en moquer. « Ce n’est plus mon problème. » Au lendemain du référendum, il a sollicité la nationalité française. Sans renoncer à son passeport britannique. Anglais échaudé craint le « Frexit », dit-il. « Je ne veux plus prendre de risque. Il faut l’avoir vécu pour comprendre le sentiment d’insécurité dans lequel le Brexit a plongé les gens comme moi. » Comprenez les expatriés dans l’UE et outre-Manche. « Cette insécurité soudaine nous mange tous de l’intérieur. »

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