En Croatie, la liberté de la presse décroit depuis l’adhésion à l’UE

[Croatian Presidency]

Le dernier pays à avoir rejoint l’Union européenne en 2013 a vu l’état global de la liberté de la presse se dégrader, malgré certaines améliorations.

Le pays a perdu dix places dans l’indice mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF) depuis son entrée dans l’Union en 2013 et se situe désormais au 74ème rang de la liste.

La liberté des médias est donc en péril dans l’ancienne république yougoslave et les militants espèrent maintenant que des mesures seront prises pour garantir la liberté et l’indépendance de la presse.

Une délégation comprenant RSF, l’Association des journalistes européens et l’Organisation des médias d’Europe du Sud-Est de l’Europe est retournée à Zagreb le 16 janvier pour discuter de la situation et évaluer comment le gouvernement actuel, dirigé par le parti conservateur HDZ (PPE), compte remettre la Croatie sur les rails.

Pauline Ades-Mevel, de RSF, a souligné le déclin de la Croatie depuis son adhésion et a averti que le gouvernement du Premier ministre Andrej Plenković devait prendre des mesures pour que « la Croatie ne suive pas l’exemple de la Bulgarie ». En effet, l’actuel titulaire de la présidence de l’UE se classe au dernier rang des 28 États membres de l’indice.

La liberté de la presse se dégrade dans l’UE

Attaques, conflits et lois répressives sur la sécurité exercent de plus en plus de pression sur les journalistes, même en Europe, estime Reporters sans frontières. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Entre les deux visites, les experts de la délégation ont expliqué que le journalisme biaisé et la gouvernance interne de la chaine publique HRT ne s’étaient pas améliorés. Le tableau s’est encore plus assombri lorsque les membres de la direction ont annulé une réunion avec la délégation au dernier moment pour des raisons de santé.

Boris Bergant, de l’Union européenne de radio-télévision, a averti que la volonté de HRT de céder à la pression politique et à l’influence d’autres groupes d’intérêt montrait qu’il existait «  une incompréhension fondamentale du rôle et de la fonction des médias de service public ».

Sous la courte administration de Tihomir Orešković, des règles ont été mises en place pour que le parlement croate élise le directeur général de la société de radiodiffusion.

Des informations inquiétantes faisant état de la présence inopinée d’agents des services secrets dans les bureaux de la chaîne d’information privée N1 ont également été dévoilées. Les agents des services de renseignement seraient arrivés tard dans la soirée en novembre dernier et auraient demandé, entre autres détails, de connaître le nom des sources des journalistes.

Cette visite impromptue aurait été déclenchée par la couverture médiatique du scandale Agrokor par la chaîne – c’est-à-dire l’effondrement de la plus grande entreprise privée du pays, grevée de dettes – mais les ministres de la Culture et du Travail ont nié toute implication dans cet événement.

Le chef de l’association croate des journalistes Saša Leković a expliqué à l’Observatoire des Balkans et du Caucase pourquoi la délégation était revenue pour la deuxième fois : « Si nous n’agissons pas, ça n’a aucun sens de faire ce travail… Ma responsabilité est de pointer du doigt les irrégularités et les problèmes, de la même manière que la responsabilité des politiciens est de créer un cadre juridique qui permette aux journalistes et aux médias de travailler professionnellement et sans pression. »

Les conclusions de la mission reconnaissent toutefois que la situation s’est améliorée. Le nouveau gouvernement Plenković a au moins confirmé que la liberté de la presse serait à l’ordre du jour. La ministre de la Culture, Nina Obuljen Koržinek, a révélé qu’une nouvelle loi sur les médias était en cours d’élaboration, mais qu’elle ne serait pas prête avant 2019, au plus tôt.

La délégation a également salué le travail de la police croate, qui a commencé à prendre plus au sérieux les plaintes des journalistes. Des arrestations ont été effectuées à la suite d’attaques physiques contre des membres de la presse, mais les altercations et les menaces demeurent « très problématiques ».

La présidente croate, Kolinda Grabar-Kitarović, qui a également rencontré la délégation, a admis que les discours de haine étaient un gros problème, et qu’une loi serait nécessaire pour y faire face. Elle a affirmé que les cas de propos haineux étaient revenus à des niveaux jamais vus depuis l’effondrement sanglant de la Yougoslavie au début des années 1990.

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« Nous avons été très étonnés de constater que l’Agence des médias électroniques avait considéré les 30 plaintes relatives aux propos haineux en 2017 comme n’étant pas des propos haineux. En 2016, un seul cas a été reconnu comme tel. La Croatie doit désespérément s’attaquer au problème du discours de haine », a déclaré Sophie Albers Ben Chamo, du Centre européen pour la presse et la liberté des médias.

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