Désinformation et haine en ligne : Reporters sans frontières porte plainte contre Facebook

A l’aide de multiples exemples et études, ils reprochent au géant du numérique de ne pas avoir suffisament modéré les publications erronées et autres « fake news ». [Thought Catalog/Unsplash]

Reporters sans frontières (RSF) a déposé plainte lundi (22 mars) contre Facebook pour « pratiques commerciales trompeuses ». Ils reprochent à la plateforme en ligne de ne pas respecter ses engagements en matière de lutte contre la désinformation et de modération de la haine en ligne, visant notamment les journalistes.

« C’est important, avec cette plainte, de montrer que la publicité commerciale qui est faite, censée accréditer le sérieux de l’engagement [de Facebook], est tout sauf sûre et sans erreurs », explique la rédactrice-en-chef de RSF Pauline Adès-Mevel, à EURACTIV France.

Car ce sont bien les engaments pris par Facebook en matière de fiabilité de l’information et ses promesses d’ « un environnement sûr », que l’on retrouve dans ses Conditions de service, que l’ONG de défense de la liberté de la presse dans le monde compte faire respecter.

« Les pratiques commerciales de la société Facebook, tant au regard des engagements qu’elle prend [en matière de la fiabilité des informations qui y circulent] que de la publicité qu’elle diffuse [au regard, notamment, de sa campagne de lutte contre la désinformation en temps de COVID], sont de nature à induire en erreur le consommateur sur la qualité et les conditions du service qu’elle propose et constituent à ce titre des pratiques commerciales trompeuses », note la plainte qu’EURACTIV France a pu consulter.

L’algorithme de Facebook représente une menace pour la santé publique

Le corps médical continue de tirer la sonnette d’alarme sur les dangers des informations fallacieuses publiées sur les réseaux sociaux. Selon une étude, les infox sur la santé diffusées sur Facebook ont engendré 3,8 milliards de vue l’année dernière.

Les équipes de RSF auraient constaté de nombreux manquements de la part de Facebook. A l’aide de multiples exemples et études, ils reprochent au géant du numérique de ne pas avoir suffisament modéré les publications erronées et autres « fake news ».

Ils prennent notamment en exemple le documentaire « Hold-up », très controversé, qui a été visionné des millions de fois par des utilisateurs sans que la mention « fausses informations » n’y apparaisse systématiquement.

Pire encore, ils accusent le réseau social d’avoir publicisé sa stratégie de lutte contre la désinformation, érigeant ce combat comme une des valeurs phares de la marque, en dépit des défaillances supposées dans sa politique de modération.

« Il faut que l’entreprise accorde sa communication publique à la réalité de ses pratiques », souligne Mme Adès-Mevel, qui souhaite que « le droit pénal de la consommation soit appliqué » face à cette « tromperie ».

« Lorsque nous trouvons des publications haineuses sur Facebook et Instagram, nous adoptons une approche de tolérance zéro et les supprimons. Malheureusement, la tolérance zéro ne signifie pas zéro incidence, mais nous investissons des milliards de dollars chaque année dans les personnes et la technologie pour assurer la sécurité de notre plateforme », indique Facebook à EURACTIV France

« On reproche également à Facebook de ne pas avoir pris de mesures concernant les menaces très graves qui ont été énoncées contre des journalistes », poursuit Mme Adès-Mevel citant notamment Charlie Hedbo, l’Union-Ardennais et Quotidien.

A ce sujet, Facebook fait savoir qu’ils ont conscience que les journalistes « sont plus exposés au risque de préjudice en ligne parce que leur profession exige un niveau élevé d’engagement en ligne sur des questions sociales très sensibles » . « En juillet 2020, nous avons annoncé que nous protégerions davantage les profils Facebook personnels des journalistes contre les abus en ligne aux États-Unis, au Brésil, au Mexique et aux Philippines. Le 11 février 2021, nous avons étendu cette protection à 23 autres pays », ont-ils ajouté.

Hasard du calendrier, Facebook France organisait mercredi dernier (17 mars), une « conversation » avec la presse sur le thème de la lutte contre la désinformation. A cette occasion, Anton’Maria Battesti, responsable des relations publiques pour Facebook France, avait souligné que Facebook ne se positionnera jamais en « arbitre de la vérité », mais qu’il ne prend pas moins son rôle « au sérieux ».

Les équipes de Facebook avaient également insisté sur le fait que la plateforme retirait strictement tout contenu lorsqu’il y a un risque d’actes de violence ou de dommages physiques.

« On espère l’ouverture d’une enquête préliminaire », conclut Mme Adès-Mevel appelant le procureur de Paris à « prendre ses responsabilités ».

Facebook ne sera pas "arbitre de la vérité" mais prend son rôle "au sérieux"

Dans le cadre des « Conversations avec Facebook« , le réseau social a organisé mercredi (17 mars) un échange sur le thème de la lutte contre la désinformation. L’occasion pour le géant numérique américain de revenir sur sa stratégie en matière de « fake news ».

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