Les infox russes, passées au crible par le navire européen

« Après examen, il apparaît que ces deux campagnes de désinformation ont un point commun : elles proviennent d’une source centrale qui émane vraisemblablement du Kremlin ». [Shutterstock]

Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) surveille actuellement les stratégies de propagande présumées de la Fédération de Russie sur diverses plateformes d’information, et ce, au sujet de l’empoisonnement d’Alexei Navalny et des manifestations en Biélorussie.

L’unité Stratcom du SEAE, mandaté pour surveiller les atteintes malveillantes sous forme d’infox, a identifié de nombreux exemples de fausses nouvelles manipulatrices au sujet de l’Affaire Navalny et des manifestations en Biélorussie.

Ainsi, le SEAE a été alerté de nombreux cas de désinformation sur la chaîne « NEXTA » (2 millions d’abonnés) du programme de messagerie instantanée Telegram.

« Telegram est une interface de programme d’application (API) dont le code est ouvert. Autrement dit, il est presque impossible de vérifier ce qui s’y passe », a indiqué un représentant européen.

« Mais même un simple contrôle en dit long sur la situation. Et nous voyons que les chaînes indépendantes se portent mieux que les médias contrôlés par l’État en ce qui concerne leur portée ».

Les médias régaliens accusés de colporter des infox par le SEAE, notamment la branche allemande de RT et Sputnik, sont désormais au centre de l’attention.

L’algorithme de Facebook représente une menace pour la santé publique

Le corps médical continue de tirer la sonnette d’alarme sur les dangers des informations fallacieuses publiées sur les réseaux sociaux. Selon une étude, les infox sur la santé diffusées sur Facebook ont engendré 3,8 milliards de vue l’année dernière.

Les manifestations de Minsk et l’Affaire Navalny

Les informations diffusées par de telles plateformes incriminent Bruxelles et Washington d’avoir financé les manifestations prodémocratiques de Minsk, de même qu’elles tentent de miner les affirmations de Berlin sur l’utilisation de l’agent chimique Novichock pour empoisonner le leader de l’opposition russe, Alexei Navalny.

L’analyse du poison utilisé dans l’attaque de M. Navalny, effectuée en France et en Suède, vient ajouter du poids à l’affirmation selon laquelle Moscou en était le commanditaire.

Alors que les relations germano-russes traversent quelques turbulences actuellement, il se pourrait que la chancelière allemande décide d’interrompre la construction du gazoduc Nord Stream 2 qui achemine du gaz russe vers l’Allemagne.

Parallèlement, en Biélorussie, des dizaines de milliers de citoyens ont envahi les rues de Minsk ces dernières semaines à la suite de la victoire écrasante d’Alexandre Loukachenko aux présidentielles du 9 août 2020, dont beaucoup ont soupçonné le maquignonnage électoral.

Les critères utilisés pour identifier de tels exemples d’infox incluent, entre autres, le type de contenu transmis, mais aussi le recours à une approche coordonnée, intentionnelle et manipulatrice.

« Nous tentons de lever le voile sur les pratiques manipulatoires utilisées dans l’espace de l’information », a expliqué une source proche du dossier.

Pour ce qui est des exemples exposés, il ne fait aucun doute aux yeux du SEAE qu’il en va de la responsabilité de Moscou.

« Après examen, il apparaît que ces deux campagnes de désinformation ont un point commun : elles proviennent d’une source centrale qui émane vraisemblablement du Kremlin », a indiqué un autre représentant européen, ajoutant que des méthodes similaires ont déjà été découvertes auparavant.

Ainsi, les informations fallacieuses diffusées par les autorités russes à la suite de l’empoisonnement de l’agent double Sergei Skripal au Royaume-Uni en 2018 en illustrent le parfait exemple.

L'Occident, une nouvelle fois la cible des infox russes

L’Internet Research Agency (IRA), un organisme russe de diffusion de propagande sur internet, cible les gouvernements occidentaux et européens, d’après le géant américain Facebook.

Plan d’action en faveur de la démocratie

Dans le cadre de la lutte contre les infox, le travail effectué par l’unité Stratcom pourrait être inclus dans le plan d’action en faveur de la démocratie, un projet de loi prévu d’ici à la fin de l’année.

Les mesures prises devraient se concentrer sur la propagation de fausses nouvelles.

Selon une source européenne, le travail en cours mené par l’unité Stratcom du SEAE, ainsi qu’une récente révision du code de pratique de la Commission contre la désinformation, ont démontré la nécessité de présenter plusieurs mesures dans le plan d’action en faveur de la démocratie ; un plan qui oblige les plateformes à être plus « responsables » et « transparentes ».

La consultation publique sur le plan susmentionné s’est achevée en début de semaine, et la Commission va maintenant digérer les réactions diverses avant de les intégrer dans la composition plus large du projet de loi.

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