Le Parlement européen réclame des explications de Mark Zuckerberg en personne

Mark Zuckerberg [JD Lasica/Flickr]

Le Parlement européen a réitérer sa demande d’audition du PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, au lendemain de son audition marathon devant le Congrès américain.

Les présidents des groupes politiques du Parlement européen ont décidé le 12 avril de relancer leur invitation à Mark Zuckerberg pour une audition devant les eurodéputés. Cette fois-ci, ils précisent qu’elle aura lieu devant quatre puissantes commissions.

Le PDG de Facebook a été auditionné pendant plus de dix heures devant le Congrès américain les 10 et 11 avril, autour de la collecte massive et illicite de données et du scandale que cela a engendré en Europe et aux États-Unis.

Le 19 mars, le président du Parlement européen, Antonio Tajani, avait déjà invité Mark Zuckerberg à se présenter devant le Parlement, lorsqu’il a été révélé que des millions de données d’utilisateurs de Facebook ont été analysées par l’entreprise britannique Cambridge Analytica à des fins de campagne politique et sans leur consentement.

Les responsables politiques du Parlement européen ont « poliment décliné » la proposition de Facebook d’envoyer Joel D. Kaplan, le vice-président de l’entreprise en charge des politiques mondiales, pour s’exprimer à la place de Mark Zuckerberg lors de la prochaine session plénière à Strasbourg la semaine prochaine.

« La conférence des présidents n’est pas intéressée, ils veulent voir le fondateur de Facebook », a expliqué le porte-parole d’Antonio Tajani, Carlo Corazza.

Ce dernier a rencontré le personnel de Facebook basé à Bruxelles après l’annonce d’une deuxième invitation à Mark Zuckerberg par le Parlement. La porte-parole de Facebook n’a pas voulu répondre à une demande de commentaires.

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La nouvelle invitation du Parlement ne spécifie pas la date à laquelle aura lieu l’audition du PDG de Facebook. « Nous devons voir si Mark Zuckerberg est disponible », a ajouté Carlo Corazza.

Le fondateur du géant des réseaux sociaux sera interrogé par les eurodéputés des commissions des libertés civiles (LIBE), des affaires juridiques (JURI), des affaires constitutionnelles (AFCO), et de l’industrie (ITRE). C’est la commission LIBE qui sera en charge de l’audition.

L’eurodéputé britannique Claude Moraes (S&D), président de la commission LIBE, a aussi demandé aux directeurs du bureau de Facebook à Bruxelles de témoigner sur le scandale des données lors d’une autre audition. L’entreprise n’a pas encore répondu à cette demande.

Le Parlement n’a pas le pouvoir légal d’obliger Mark Zuckerberg à se présenter devant une commission parlementaire ou devant les 751 eurodéputés en session plénière. Néanmoins, le compte rendu de la réunion du 12 avril entre les responsables politiques qualifie la présence de Mark Zuckerberg de « cruciale ».

Les eurodéputés ont donné quatre raisons d’insister sur l’audition du PDG de Facebook : d’abord, les millions de données Facebook collectées en Europe par Cambridge Analytica ; la présence d’un siège social de Facebook en Irlande, « le soumettant ainsi au droit européen » ; la possible influence de Cambridge Analytica sur le vote du Brexit ; et enfin la nouvelle loi européenne sur la protection des données qui entrera en vigueur le 25 mai.

Facebook a reconnu la semaine dernière que Cambridge Analytica avait collecté des données de 2,7 millions d’utilisateurs européens.

Le lanceur d’alerte Chris Wylie a expliqué le mois dernier au parlement britannique que la société avait travaillé pour la campagne « Leave » (de sortie de l’UE) lors du référendum de 2016 sur le Brexit, ainsi que pour la campagne présidentielle de Donald Trump.

Lors de son audition devant le Congrès cette semaine, Mark Zuckerberg s’est excusé à maintes reprises du rôle de Facebook dans l’incident. Il a également déclaré que les Européens « faisaient les choses bien » en réponse à une question d’un sénateur sur la réglementation européenne en matière de protection des données.

« J’ai exhorté Facebook à coopérer pleinement avec les enquêteurs européens, également au plus haut niveau de l’entreprise », a indiqué la commissaire européenne en charge de la Justice, Vera Jourova, qui dit avoir « conseillé » que le patron de l’entreprise américaine, Mark Zuckerberg, « accepte l’invitation » du Parlement européen.

Ce scandale est selon la commissaire une « sonnette d’alarme ». « Les médias sociaux ont beaucoup de pouvoir ; mais ils doivent aussi assumer de grandes responsabilités. »

« Ce qui me préoccupe particulièrement, c’est l’information des citoyens européens touchés par le scandale », a dit la commissaire dans un compte-rendu d’une discussion téléphonique « constructive et ouverte » avec la numéro 2 du réseau social américain, Sheryl Sandberg. « On m’a dit que Facebook a commencé à informer les gens cette semaine », a-t-elle ajouté.

L’autorité britannique chargée de la protection des données, ainsi que l’autorité italienne de la concurrence, ont ouvert des enquêtes visant Facebook. L’instance de coopération des autorités chargées de la protection des données au sein de l’UE, le « G29 », s’est également saisie du dossier, offrant son appui aux enquêtes nationales.

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