Affaire Jàn Kuciak : quand un crime en cache une vingtaine d’autres

Un an et demi après le meurtre du journaliste Jàn Kuciak et de sa fiancée, Martina Kušnírová, les procureurs ont annoncé que l’enquête avait dévoilé une série d’autres crimes, dont quatre meurtres et trois tentatives d’assassinats.

Deux procureurs, en charge de l’affaire Kuciak, ont dévoilé ce lundi 19 août 2019, lors d’une conférence spéciale, que plusieurs représentants de différents organes étatiques avaient été en contact avec l’homme d’affaires Marian Kočner, condamné pour avoir ordonné l’assassinat du journaliste slovaque Jàn Kuciak et de sa femme Martina Kušnírová, en 2018.

Les informations échangées allaient bien au-delà de leurs fonctions, ont révélé les deux procureurs, avançant qu’une vingtaine d’autres crimes ont été découverts lors de l’enquête.

La semaine dernière, la police a condamné quatre suspects pour avoir commis quatre meurtres et pour en avoir ordonné au moins trois autres dont les cibles étaient l’ancien procureur général adjoint, Peter Šufliarsky, le procureur spécial, Maroš Žilinka, et l’ancien ministre de l’Intérieur et ancien avocat de la famille Kuciak, Daniel Lipšic.

Selon l’un des deux procureurs, le fait que ces trois meurtres n’aient pas eu lieu relève du pur fruit du hasard, mais il ne s’est pas étendu sur le sujet. Les quatre suspects ont été arrêtés en septembre et leur procès aura probablement lieu en novembre.

Les procureurs ont déploré l’enlisement de l’enquête, car des informations fuitaient constamment.

« Au cours de l’enquête, les activités des organes de maintien de l’ordre public ont été et sont encore remises en cause par les politiques et les médias. Ces tentatives d’assassinats étaient tout à fait injustifiées et la question persiste : à qui profitent-elles et quels sont leurs objectifs ? Les médias font désormais partie des manipulateurs», ont indiqué les deux procureurs.

L’équipe d’enquêteurs a été revue à la baisse à la suite des nombreuses fuites d’informations. « Plusieurs personnes, qui n’auraient pas dû être tenues au courant, ont été averties et informées », ont-ils ajouté.

L’homme d’affaires controversé, Marian Kočner, a été condamné pour avoir ordonné la mort de Jàn Kuciak et la police étudie actuellement ses messages téléphoniques. Les policiers ont, en outre, trouvé plus de dix mille messages qui nécessitent une analyse plus détaillée.

Son téléphone contient des messages de plusieurs représentants de l’autorité judiciaire et d’autres organes étatiques. D’après les procureurs, leur contenu révèle que d’autres meurtres ont été commis.

« C’est une information capitale. J’accorde une confiance aveugle à l’équipe d’enquête et aux procureurs en charge. La confiance que les citoyens portent à la loi et la justice ne peut pas être ébranlée », a déclaré la présidente slovaque, Zuzana Čaputová.

D’après l’ancien président de la République slovaque, Andrej Kiska, l’enquête en cours a confirmé ses dires au sujet de la criminalité organisée, qui fait désormais partie de l’état.

Les procureurs ont également indiqué que des membres de la police avaient laissé filtrer des informations délibérément, à propos de  certains journalistes et procureurs, mais ils n’ont pas voulu dévoiler de noms.

L’enquête a conclu que le tireur était probablement Miroslav Marček, car il a avoué le crime, même s’il n’était initialement qu’un complice aux yeux des enquêteurs. L’arme n’a toutefois pas été retrouvée.

« Nous avons le canon, nous savons qui a modifié le fusil, mais nous ne l’avons pas retrouvé », ont déclaré les procureurs.

Jàn Kuciak a été assassiné en février 2018, après avoir mis en lumière plusieurs affaires de fraude fiscale impliquant Marian Kočner, mais aussi d’autres politiques du parti de l’ancien Premier ministre Robert Fico, le SMER — social-démocratie.

Quelques mois avant sa mort, le journaliste slovaque s’était rendu à la police pour dénoncer les menaces de Marian Kočner à son encontre. Par ailleurs, des signes évidents de corruption avaient déclenché d’importantes manifestations, forçant Robert Fico à démissionner en mars 2018.

 

 

 

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