Six mois après l’assassinat de Jan Kuciak, la liberté de la presse reste menacée en Slovaquie

epa06608464 Une pancarte avec le hashtag #allforJan lors d’un rassemblement pour la justice suie au double assassinat, à Bratislava, Slovaquie, le 16 mars 2018, suite à l'assassinat du journaliste Jan Kuciak et de sa fiancée, Martina Kusnirova. EPA-EFE/CHRISTIAN BRUNA [EPA-EFE/CHRISTIAN BRUNA]

En février, les meurtres du journaliste slovaque Ján Kuciak et de sa fiancée, Martina Kusnirova, avaient provoqué une onde de colère et la démission du Premier ministre, Robert Fico. Six mois après, les menaces envers les journalistes continuent.

Depuis l’indépendance de la Slovaquie, il y a 25 ans, Ján Kuciak est le premier journaliste assassiné dans son pays. Six mois après, les enquêteurs peinent toujours à déterminer qui est à l’origine du double meurtre.

Avant sa mort, le journaliste enquêtait sur les liens entre des représentants du gouvernement et une mafia italienne, soupçonnés de collaborer pour faire main basse sur des fonds européens. Selon le parquet slovaque, c’est ce travail d’investigation qui lui a valu d’être exécuté. Dans un autre article en cours, Ján Kuciak se penchait sur les cartels de la drogue en Europe de l’Est.

Dans une lettre ouverte, des collègues du jeune Slovaque expriment leurs doutes quant à l’indépendance de l’enquête. « Nous ne savons toujours pas qui les a tués, ni pourquoi. Nous avons toujours des doutes quant à l’indépendance réelle de l’enquête. Depuis le meurtre, il n’y a eu aucun changement majeur au sein de la police ou du parquet, nous ne pouvons donc pas avoir une grande confiance dans l’enquête en cours », estiment-ils.

Une inquiétude partagée par la population d’une manière générale, puisque selon un récent sondage Eurobaromètre, la confiance des Slovaques dans la police est tombée à 55%.

Le bureau du Procureur général doit publier les résultats des procédures pénales en septembre. « Le statut de la procédure pénale sera également annoncé aux représentants du Parlement européen en Slovaquie », a déclaré Andrea Predajňová, porte-parole de l’accusation, à l’agence de presse TASR le 21 août.

Les eurodéputés réclament une meilleure protection des journalistes

Les eurodéputés veulent une véritable enquête sur le meurtre du journaliste slovaque Jan Kuciak et de sa compagne, ainsi qu’une meilleure protection du journalisme d’investigation.

Bien que l’indignation en Slovaquie et au-delà ait conduit à des changements politiques – le Premier ministre Fico a été remplacé par le plus technocratique Peter Pellegrini, tandis que le ministre de l’Intérieur et le chef de la police ont été limogés – les journalistes ne se sentent pas plus en sécurité.

Reporters sans frontières (RSF) s’est d’ailleurs alarmée de la situation en Slovaquie. Le pays a fortement chuté dans le dernier indice mondial de la liberté de la presse et se classe désormais au 27e rang sur 180.

L’assassinat de Ján Kuciak a mis en lumière les nombreux problèmes auxquels sont confrontés les journalistes slovaques. Selon RSF, aucune mesure officielle n’a été prise au cours des six derniers mois pour renforcer la liberté de la presse et la situation des journalistes continue d’empirer, en particulier au sein de la radio et de la télévision publique RTVS, où les pressions politiques ont déclenché une vague de départs.

Autre exemple : récemment, l’homme d’affaires controversé Marián Kočner, l’une des principales figures figurant dans les rapports de Ján Kuciak, a déclaré publiquement qu’il voulait recueillir des informations privées sur le journaliste d’investigation Adam Valček et sa famille. Celui-ci travaillait sur un article sur les affaires suspectes de Marián Kočner.

En ce qui concerne l’affaire Kuciak, « la démocratie slovaque ne peut pas se passer d’une enquête réelle et indépendante », estime le bureau UE-Balkans de RSF. « Le déclin continu du climat général de la presse en Slovaquie est également très inquiétant. L’absence de progrès dans l’enquête et d’une volonté politique claire de permettre aux journalistes slovaques de travailler en toute sécurité devient alarmante. »

Toutefois, il ne s’agit pas d’un phénomène entièrement est-européen. L’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia à Malte ou les hostilités envers la presse en Europe occidentale montrent qu’il s’agit d’une question beaucoup plus vaste. Et avec la montée de la politique populiste et des leaders « forts », cette tendance devrait se poursuivre, selon RSF.

La «haine du journalisme» menace les démocraties, selon RSF

La liberté de la presse s’est encore dégradée dans le monde l’an dernier, selon le rapport annuel de Reporters sans frontières. Le climat de haine à l’encontre des journalistes qui se développe notamment en Europe et aux États-Unis menace les démocraties, s’inquiète l’ONG.

Subscribe to our newsletters

Subscribe