Les médias d’information envisagent la diversification de leur financement avec « plus de fonds que jamais »

Le secteur des médias a connu une évolution rapide ces dernières années, l’essor des plates-formes en ligne et la contestation des revenus publicitaires traditionnels obligeant à repenser fondamentalement les modèles économiques qui permettent aux médias de survivre. [Shutterstock / metamorworks]

De nouveaux modes de financement collaboratifs s’avèrent cruciaux pour l’innovation dans les médias et seront essentiels pour assurer la viabilité à long terme des salles de rédaction, et plus encore.

Le secteur des médias a connu une évolution rapide ces dernières années, l’essor des plates-formes en ligne et la contestation des revenus publicitaires traditionnels obligeant à repenser fondamentalement les modèles économiques qui permettent aux médias de survivre — des problèmes qui ont été aggravés par le choc financier provoqué par la crise de la Covid-19.

Un certain nombre d’initiatives se sont penchées sur cette question, en s’attachant non seulement à combler les lacunes existantes dans le secteur, mais aussi à déterminer comment faire avancer les choses pour favoriser la viabilité du secteur des médias dans son ensemble.

Les parties prenantes du secteur soulignent qu’il est essentiel d’offrir des possibilités de financement diversifiées et collaboratives qui permettent l’innovation au sein des médias et entre eux.

Un financement solide est crucial pour s’assurer que les médias soient en mesure d’innover et de tester de nouvelles idées, a confié à EURACTIV Saura Lopez Leal, responsable des projets numériques pour le média espagnol Vocento.

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Grâce à un projet mené par le programme Stars4Media l’année dernière, Vocento s’est associé à l’entreprise technologique suédoise Cruncho pour développer un guide de Malaga piloté par l’intelligence artificielle, ce qui a permis de générer de nouvelles sources de revenus pour le journal local Diario Sur.

« Parfois, les départements d’innovation [des médias] ne disposent pas de budgets vraiment importants pour tester les nouvelles technologies au sein de l’entreprise », a déclaré Mme Lopez Leal, ajoutant que le financement est souvent attribué uniquement si l’idée ou le produit testé est rentable, ce qui est souvent difficile à déterminer.

« Grâce à ce projet, vous avez la possibilité de tester quelque chose. Peut-être que vous réussirez très bien ou peut-être que vous échouerez, mais vous pouvez essayer le produit », a-t-elle expliqué. « Vous enlevez le risque et vous testez une nouvelle idée. »

La nature transfrontalière de ce type de collaboration est également essentielle, non seulement parce que cela signifie que les produits qui fonctionnent bien dans un pays peuvent être testés dans un autre, mais aussi parce que cela permet aux entreprises de partager leurs méthodes de travail.

« Les grandes entreprises sont parfois très lentes à faire bouger les choses », a déclaré Mme Lopez Leal. « Lorsque vous travaillez avec une startup, comme notre partenaire [Cruncho], ils travaillent d’une manière différente — ils sont vraiment rapides, ils sont vraiment agiles. Pour nous, c’était un excellent moyen d’apprendre à travailler d’une manière différente, c’était la chose la plus importante de cette expérience ».

La troisième série de projets Stars4Media devrait être lancée dans le courant de l’année, cette fois-ci autour des médias d’information de moyenne et grande taille. Grâce à ce programme, les participants auront accès à des subventions directes et à un accompagnement dans le but de stimuler l’innovation dans les salles de presse ou la transformation des activités.

Si Stars4Media est cofinancé par le programme « Europe créative » de l’UE, les acteurs du secteur ont souligné l’importance de favoriser des approches collaboratives et diverses en matière de financement.

S’exprimant lors d’un événement sur la transformation des médias et la consolidation de la démocratie jeudi 12 mai, Max von Abendroth, directeur exécutif de Donors and Foundations Networks in Europe (DAFNE), a noté que la philanthropie reste une source de financement sous-utilisée dans le secteur.

Selon lui, cela est dû en partie à l’existence de barrières juridiques qui empêchent les fondations en Europe de financer le journalisme, car celui-ci n’est pas reconnu comme une activité caritative. Lorsqu’ils sont accordés aux médias, les fonds philanthropiques vont principalement à des organisations journalistiques à but non lucratif, mais il existe un fort potentiel de développement.

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Le soutien philanthropique pourrait non seulement contribuer à fournir aux journalistes l’infrastructure dont ils ont besoin pour travailler en toute sécurité en ligne et hors ligne, a-t-il noté, mais aussi à stimuler l’innovation dans les médias en permettant de développer et de tester de nouveaux modèles économiques et de nouveaux modes de création et de diffusion de contenu.

Selon M. von Abendroth, un autre avantage de la philanthropie est son potentiel à « créer des structures qui peuvent neutraliser le financement public du journalisme ».

« Nous savons tous que le financement public directement destiné au journalisme et à la création de contenu est problématique parce qu’il n’est pas nécessairement indépendant, ou qu’il y a un risque de devenir dépendant [de ce financement] », a-t-il déclaré. « Il existe des moyens de neutraliser ce financement public par le biais de structures mises en place par la philanthropie. »

Le renforcement de l’indépendance des médias sera également l’objectif de la future loi européenne sur la liberté des médias, dont le lancement est prévu plus tard dans l’année. La vice-présidente de la Commission européenne chargée des Valeurs et de la Transparence, Věra Jourová, a déclaré jeudi, lors du même événement, que cet acte « consacrera, pour la première fois dans le droit européen des normes communes visant à protéger le pluralisme des médias et leur indépendance éditoriale ».

L’UE dispose également d’un certain nombre d’initiatives conçues dans le but de financer le journalisme, comme les partenariats européens pour le journalisme de l’exécutif européen, qui visent à stimuler la durabilité des médias d’information européens.

« Je pense qu’il n’y a jamais eu autant de possibilités de financement » au niveau de l’UE, a indiqué Marie Frenay, membre du cabinet de la commissaire, lors de la conférence de jeudi. Les partenariats en matière de journalisme, en particulier, constituent un programme « phare » de la Commission, a-t-elle déclaré, ajoutant : « Nous avons un appel qui est maintenant ouvert et d’autres opportunités viendront ».

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