Les réseaux sociaux accusées de contribuer à la crise à la frontière entre la Pologne et la Biélorusse

La situation humanitaire dans la zone frontalière est de plus en plus préoccupante, de nombreuses personnes se trouvant confrontées à des conditions météorologiques extrêmes, sans accès à de la nourriture ou à un abri. [stringer/epa]

Facebook s’est retrouvé sous les feux de la rampe pour avoir servi de « centre de coordination » à des passeurs de clandestins qui attirent des personnes à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Et, selon des études et des rapports de presse, pour les personnes prises au piège dans cette zone, la situation devient de plus en plus dangereuse.

L’Union européenne a accusé la Biélorussie d’avoir attiré des milliers de migrants à la frontière polonaise en leur promettant un passage facile vers l’UE. Cette action, que la Commission considère comme une instrumentalisation malintentionnée des migrants, intervient en riposte aux sanctions imposées au gouvernement d’Alexandre Loukachenko.

L’inquiétude grandit quant à la sécurité de ces personnes prises au piège dans la région, car beaucoup restent coincées entre les deux pays dans des conditions qui se détériorent.

Une étude menée par la société d’analyse Semantic Visions a révélé que les plateformes de réseaux sociaux facilitent le passage clandestin de personnes depuis la Biélorussie vers l’UE en permettant aux passeurs de faire ouvertement la publicité de leurs services et de coordonner leur activité en ligne.

Réseaux sociaux

L’étude de Semantic Visions a révélé que Facebook était la principale plateforme de diffusion d’informations sur la route menant de la Biélorussie à l’UE. De nombreux groupes dédiés à ce sujet ont été créés et ont attiré des milliers de nouveaux membres en l’espace de quelques mois.

Sur l’ensemble de la plateforme, on a constaté que les passeurs faisaient de la publicité pour l’itinéraire, souvent en collaboration avec des agences de voyage du monde entier. Les coordonnées des passeurs, ainsi que des informations sur la marche à suivre afin d’obtenir des visas biélorusses, par exemple, étaient également partagées ouvertement.

Le New York Times a récemment expliqué en détail comment la désinformation diffusée sur Facebook a conduit des personnes à se rendre à la frontière. Après avoir constaté que les frontières étaient fermées, ces dernières se sont retrouvées piégées par les autorités biélorusses, se voyant refuser l’entrée en Pologne mais étant également dans l’incapacité de rentrer chez elles.

La situation humanitaire dans la zone frontalière est de plus en plus préoccupante, car on fait état de personnes se trouvant confrontées à des conditions météorologiques extrêmes, sans accès à de la nourriture ou à un abri. Au moins une douzaine de personnes sont déjà décédées depuis le début de la crise.

Au moment de la publication du rapport cette semaine, Semantic Visions a déclaré que l’activité en ligne relative à la route menant de la Biélorussie à UE n’avait pas connu de baisse significative sur les plateformes de réseaux sociaux. « Et ce en dépit des scènes de chaos et de la tragédie qui se joue actuellement à la frontière entre la Biélorusse et la Pologne », indique le rapport. « Les annonces pour des visas biélorusses et la contrebande continuent de circuler », peut-on également lire.

Un porte-parole de Meta, la société propriétaire de Facebook, a expliqué à EURACTIV que « le trafic de personnes à travers les frontières internationales est illégal et que les publicités, les publications, les pages ou les groupes qui proposent, facilitent ou coordonnent cette activité ne sont pas autorisés sur Facebook. Nous supprimons ce contenu dès que nous en avons connaissance, et ce peu importe qui le publie ».

Les médias

L’absence de journalistes dans la zone frontalière complique la circulation d’informations fiables sur la situation dans cette région. Les médias n’ont en effet pas pu accéder à la zone frontalière de la Pologne depuis l’introduction de l’état d’urgence début septembre.

Un garde-frontière polonais a expliqué à EURACTIV que les restrictions d’accès étaient une pratique standard dans le cadre de la législation sur l’état d’urgence et qu’elles s’appliqueraient également dans des cas tels que les catastrophes naturelles.

Les critiques ont toutefois indiqué que cette loi, qui a été renouvelée au début du mois de novembre, est utilisée pour éviter que les actions des autorités dans la région ne soient surveillées. La nouvelle législation adoptée la semaine dernière par le Sejm, la chambre basse du parlement polonais, vise à étendre les pouvoirs prévus par l’état d’urgence, y compris l’interdiction d’accès, au-delà de leur échéance légale.

Dans une déclaration publiée la semaine dernière, Dunja Mijatović, commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, a demandé que les médias et les travailleurs humanitaires soient autorisés à accéder à la frontière, affirmant que l’interdiction « porte atteinte à la liberté d’expression et d’information et limite la transparence et la responsabilité dont on a tant besoin ».

S’exprimant dans le cadre d’un panel sur les médias et la démocratie lors d’une conférence organisée par le Comité économique et social européen à Lisbonne la semaine dernière, Andrzej Stankiewicz, rédacteur en chef adjoint du site d’information polonais ONET.pl, a déclaré que cette interdiction était une tentative d’empêcher les journalistes de transmettre des informations qui contrediraient le message du gouvernement au sujet de la crise.

La version officielle suit clairement une ligne anti-migrants, a-t-il déclaré, ce qui signifie que permettre aux médias d’accéder à la région et montrer le côté humain de la situation présenterait un « risque politique pour le gouvernement ».

Il a ajouté que le gouvernement a également cherché à utiliser la crise pour dépeindre les journalistes comme des « ennemis », des sympathisants soit du régime de Loukachenko, soit de l’UE, mais toujours comme étant des ennemis de la Pologne.

Quoi qu’il en soit, la responsabilité de la résolution de la situation ne devrait pas reposer uniquement sur la Pologne, selon M. Mijatović. « Il s’agit d’une question européenne qui nécessite une réponse centrée sur les droits de l’Homme, fondée sur la solidarité, les valeurs et les normes européennes. »

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