Les violences à l’encontre des femmes journalistes connaissent une forte augmentation, selon un rapport

Les abus enregistrés cette année couvrent un large éventail de cas, tels que des arrestations, du harcèlement sexuel, des menaces de violence et des attaques racistes et sexistes. [Shutterstock / DEspeyrac]

Les violences à l’encontre des femmes journalistes ont augmenté de 16,7 % en Europe au cours des neuf premiers mois de cette année, par rapport au total enregistré tout au long de 2020, selon un nouveau rapport de la Coalition pour les femmes dans le journalisme (Coalition For Women In Journalism en anglais, CFWIJ).

Au cours des neuf premiers mois de cette année, la CFWIJ a enregistré un total de 149 cas d’attaques envers les femmes journalistes, qui englobent notamment des attaques juridiques, des détentions et des expulsions, ainsi que des agressions physiques et verbales.

Ces attaques sont décrites dans le nouveau rapport de la CFWIJ, faisant suite à la publication récente par la Commission européenne de la recommandation sur la sécurité des journalistes. Il s’agit d’un ensemble de lignes directrices que les pays de l’UE doivent respecter afin de protéger davantage leurs journalistes.

Cette recommandation fait partie des nombreuses initiatives visant à protéger le secteur, puisque les journalistes européens sont confrontés à un environnement de plus en plus hostile, en ligne et hors ligne.

« Le nombre d’attaques contre les femmes journalistes – et contre les journalistes en général – est probablement beaucoup plus élevé que ce que nous et la CFWIJ rapportons », a déclaré à EURACTIV Camille Petit, de la Fédération européenne des journalistes (FEJ).

« Tout comme pour les violences faites aux femmes, ce que l’on sait n’est que la partie émergée de l’iceberg », a déclaré Mme Petit, avant d’ajouter : « Je pense qu’il est difficile pour les journalistes de s’exprimer parce que beaucoup pensent que cela « fait partie du travail ». Nous sommes là pour leur dire que ça ne fait pas partie du travail, que ces attaques ne doivent pas être tolérées et qu’ils ne sont pas seuls. »

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Le rapport de la CFWIJ

Les abus enregistrés par la CFWIJ cette année couvrent un large éventail de cas, tels des cas de trolls en ligne, des arrestations, du harcèlement sexuel, des menaces de violence et des attaques racistes et sexistes.

La détention, le harcèlement judiciaire et les agressions physiques sont les trois principaux domaines dans lesquels le nombre de cas a augmenté. Alors qu’il y a eu six signalements de harcèlement judiciaire et cinq signalements pour des agressions physiques sur l’ensemble de l’année 2020, 29 cas ont déjà été enregistrés au cours des neuf premiers mois de 2021, pour chacun de ces deux domaines.

Au cours des neuf premiers mois, 42 chefs d’accusation pour détention ont été répertoriés, approchant les 57 enregistrés sur l’ensemble de l’année 2020.

La Biélorussie est identifiée dans le rapport comme le pays qui enregistre le plus grand nombre de violences à l’encontre des femmes journalistes en Europe, avec 46 cas documentés cette année. Elle est suivie par la Russie avec 28 cas, la Géorgie avec 16 cas, le Royaume-Uni avec 11 cas, et enfin la France avec 7 cas.

Les cas de harcèlement juridique occupent également une place importante dans le rapport, puisque 29 d’entre eux ont été enregistrés par la CFWIJ depuis le début de l’année. La Biélorussie est à nouveau en tête de cette catégorie avec 16 cas, suivie de quatre en Russie, trois en France, deux en Pologne et au Royaume-Uni, et un en Hongrie et en Roumanie.

Action de l’UE

Le recours aux tribunaux pour s’en prendre aux journalistes est également dans le collimateur de l’Union européenne. Cette dernière a notamment pris une série d’initiatives en faveur de la sécurité des médias.

Au début du mois, la Commission a lancé une consultation publique sur son plan de lutte contre les poursuites stratégiques contre la mobilisation publique (également connues sous le nom de SLAPP), de plus en plus utilisées par des personnalités et des gouvernements influents afin de réduire au silence journalistes et militants.

Le rapport de la CFWIJ précède la Loi européenne sur la liberté des médias (Media Freedom Act en anglais) que la Commission doit soumettre l’année prochaine. Cette loi sera axée sur l’indépendance des médias, un mois après la publication par la Commission de sa recommandation sur la sécurité des journalistes.

Cette recommandation, qui constitue un ensemble de mesures non contraignantes que les États membres de l’Union européenne sont invités à adopter afin de mieux protéger les journalistes, rappelle que les femmes journalistes sont les plus exposées aux attaques.

Mme Petit a déclaré que la FEJ se réjouissait de la reconnaissance du problème par la Commission, et de l’accent mis sur les femmes journalistes, mais elle a appelé les États membres à prendre des mesures concrètes.

« Le suivi est un élément important afin de comprendre l’ampleur du problème, mais garantir que les journalistes travaillent dans un environnement sûr, que les attaques fassent l’objet d’une enquête et que des sanctions appropriées soient appliquées en est un autre, qui requiert un réel engagement des États membres à différents niveaux », a-t-elle déclaré.

« Comme cette recommandation n’est pas contraignante, nous avons besoin d’un dispositif permettant de contrôler minutieusement leur action. Sans cette pression, cette recommandation ne sera qu’un effort inutile. »

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