Le Parlement européen veut du concret pour défendre la liberté de la presse en Europe

Freemedia [Clemens Bilan/EPA/EFE]

La moitié des pressions subies par les journalistes en Europe le sont par les gouvernants et leurs représentants. Le Parlement européen réclame davantage d’engagements de la part de l’exécutif européen dans la défense de la liberté de la presse et du pluralisme des médias dans les États membres.

L’UE devrait songer à renforcer sa vigilance sur  le pluralisme et la liberté des médias dans l’Union européenne. Dans une résolution adoptée par 488 voix pour, 43 contre et 114 abstentions, les eurodéputés réunis en  session plénière à Bruxelles ont envoyé un message ferme à Bruxelles, coïncidant avec la journée mondiale pour la liberté de la presse, le 3 mai.

Un mouvement qui fait suite aux assassinats de la journaliste et blogueuse maltaise Daphne Caruana Galizia et du journaliste slovaque Jan Kuciak, ainsi que de sa compagne. Mais aussi à une lente érosion de la liberté de la presse sur le continent européen.

La liberté de la presse se dégrade sous l'effet de dirigeants « médiasceptiques »

La montée du populisme et de l’autoritarisme dans de nombreux pays impacte fortement la liberté de la presse dans le monde. Celle-ci a atteint son niveau le plus bas depuis 13 ans, d’après une recherche financée par les États-Unis.

Si la liberté de la presse est le premier des nombreux critères observer pour adhérer à l’UE, jusqu’ici la Commission européenne a toujours eu des prérogatives et des ambitions limitées en matière de liberté des médias. La commissaire en charge du dossier, la Bulgare Maryia Gabriel, a d’ailleurs reçu une lettre de mission de la part de Jean-Claude Juncker qui ne mentionnait qu’à la marge l’enjeu de la liberté de la presse.

La résolution du Parlement européen dénonce la responsabilité des gouvernements dans les atteintes à la liberté de la presse. L’Etat et ses représentants sont en effet responsables de plus de la moitié des cas d’abus contre les journalistes en Europe, souligne le rapport.

Mécanisme de surveillance

Les eurodéputés demandent donc aux gouvernements de garantir un panorama médiatique indépendant et pluraliste, au service d’une société démocratique. La résolution demande par ailleurs à la Commission européenne d’introduire une évaluation de l’impact de ses législations en matière de droits de l’homme, ainsi qu’un mécanisme de surveillance de l’État de droit en Europe et des droits fondamentaux.

Les élus ont également évoqué le besoin d’allouer des fonds européens suffisants pour soutenir le Centre pour la liberté de la presse et le pluralisme des médias, et de créer un outil d’évaluation du risque pour la pluralité des médias dans les États membres. Cet outil pourrait également évaluer la pluralité des médias dans les pays candidats à l’adhésion. Cette évaluation aurait un impact direct sur les avancées du processus d’adhésion, ont proposé les élus européens.

Concentration des médias

La résolution se penche enfin sur un autre enjeu, celui des propriétaires de médias . Face à la concentration d’un nombre toujours plus important de médias dans les mains de quelques-uns, les eurodéputés demandent aux États membres de mettre en œuvre des législations nationales encadrant plus strictement les seuils de concentration, et prévoyant davantage de transparence sur les propriétaires réels des médias pour les citoyens.

La concentration des médias a fortement augmenté en Bulgarie, le pays le plus mal noté dans classement mondial de la liberté de la presse 2018 (111e sur 180). Reporters sans frontières, qui réalise le classement, pointe notamment du doigt l’hégémonie de l’homme d’affaires Deylan Peevski, propriétaire du New Bulgarian Media Group, qui édite 6 quotidiens et contrôle près de 80% de la distribution de la presse écrite du pays.

D’autres pays sont cependant concernés par la menace que représente la concentration des médias pour la pluralité de l’information, à l’image de la France. Dans l’Hexagone, le paysage médiatique s’est accumulé dans les mains de grands industriels au cours des dernières années. Le pays, qui pointe à la 33e place du classement de RSF, se retrouve ainsi dans une situation de conflit d’intérêt « fait peser une menace sur l’indépendance éditoriale, et même sur la situation économique des médias », relève RSF.

Hongrie et Bulgarie laissés- pour-compte de la liberté de la presse en UE

L’UE est très exigeante envers les candidats à l’entrée à l’UE en matière de liberté de la presse. En revanche, aucun contrôle n’est effectué sur les Etats déjà membres.

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