Le gouvernement polonais s’échine à museler la presse

Wojciech Bojanowski [Beata_Ka Twitter]

La liberté de la presse est de plus en plus menacée en Pologne. Le cas du journaliste Wojciech Bojanowski est l’un des exemples les plus frappants du contrôle de l’État polonais sur les médias. Un article de notre partenaire, Gazeta Wyborcza.

Il y a un an, le journaliste de la chaine TVN24, Wojciech Bojanowski, révèle que la police a utilisé à plusieurs reprises un taser à l’encontre d’un jeune de 25 ans, Igor Stachowiak, au poste de police de Wrocław. L’utilisation répétée de cette arme a provoqué la mort du jeune homme, déclenchant une vague d’indignation dans toute la Pologne.

Un an plus tard, aucun policier n’a été condamné, mais Wojciech Bojanowski, lui, a des problèmes avec le bureau du procureur.

Le journaliste de TVN24 a eu accès à l’enregistrement de la police, montrant que les officiers de police ont torturé Igor Stachowiak. Enregistrement qui est devenu une pièce à conviction dans cette affaire. Pendant ce temps, le bureau du procureur a cherché inlassablement à identifier la source de Wojciech Bojanowski.

A la fin de l’année dernière, le tribunal a décidé de libérer Wojciech Bojanowski s’il s’engageait à préserver la confidentialité de l’affaire. Néanmoins, le journaliste a refusé de révéler sa source. Il est apparu récemment que le bureau du procureur a également interrogé ses parents au sujet de l’affaire.

L’enregistrement de Bojanowski a révélé des méthodes inacceptables au sein de la police, ce qui a permis au journaliste d’obtenir le prix journalistique le plus important en Pologne l’année dernière.

Difficile toutefois de ne pas prendre les actions du parquet comme un avertissement aux autres journalistes : s’ils abordent des sujets similaires, ils auront des problèmes. À tout le moins, les enquêteurs s’immisceront brutalement dans leur vie privée.

Les dernières informations sur Wojciech Bojanowski sont arrivées une semaine après l’annonce du dernier classement de Freedom House en matière de liberté de la presse, où la Pologne a de nouveau chuté de quatre points.

Depuis que le parti Droit et Justice (PiS) a pris le pouvoir en octobre 2015, la Pologne a perdu 40 places au classement. Freedom House estime qu’à l’heure actuelle, les médias polonais se trouvent dans une situation similaire à celle des îles Fidji ou de la République dominicaine.

La liberté de la presse se dégrade sous l'effet de dirigeants « médiasceptiques »

La montée du populisme et de l’autoritarisme dans de nombreux pays impacte fortement la liberté de la presse dans le monde. Celle-ci a atteint son niveau le plus bas depuis 13 ans, d’après une recherche financée par les États-Unis.

La Pologne était autrefois au même niveau que le Canada – ce qui ne signifie pas qu’il n’y avait aucun problème lié aux médias. Le gouvernement précédent avait en effet ordonné un raid de la rédaction de l’hebdomadaire Wprost par les services spéciaux et une tentative de saisie des documents relatifs à des conversations sur écoute entre certains des responsables politiques les plus importants du pays.

Le PiS a ciblé les médias moins de deux mois après son arrivée au pouvoir, en prenant le contrôle des médias publics, réduisant le nombre de journalistes (plus de 200 personnes ont été congédiées) pour accroître le rôle des propagandistes.

L’information à la télévision et à la radio d’État est devenue complètement unilatérale. Ils y font l’éloge du parti au pouvoir, diabolisent l’opposition, parlent du pouvoir croissant de la Pologne et montrent l’Ouest, en particulier la France et l’Allemagne, comme étant en crise.

Donald Trump est systématiquement encensé par les médias publics, tandis que la chancelière allemande Angela Merkel, le président français Emmanuel Macron et les commissaires européens Jean-Claude Juncker et Frans Timmermans sont blâmés pour tous les fléaux auxquels l’Europe doit faire face.

Les programmes d’information de la télévision d’État polonaise sont similaires aux émissions diffusées en Russie, avec des méthodes de propagande similaires. Lorsque Beata Szydło a été remplacé par Mateusz Morawiecki en tant que Premier ministre en décembre dernier, il a été annoncé que le nouveau chef du gouvernement mettrait fin à la propagande dans les médias publics, mais rien de tel ne s’est produit.

Bruxelles conditionne ses subventions à l'État de droit

Dans son projet de budget, la Commission veut « restreindre l’accès aux fonds de l’UE » en cas de violation de l’État de droit dans son projet de budget. Une initiative sans précédent qui cible la Pologne et la Hongrie.

Les médias privés ont également été touchés. L’été dernier, les responsables du PiS ont annoncé une « repolonisation » des médias, c’est-à-dire récupérer les médias polonais des mains des entreprises étrangères, ou du moins réduire la propriété de ces dernières.

Le parti fait valoir que les propriétaires étrangers (principalement allemands), agissant sur ordre de leur propre gouvernement, obligent les journalistes polonais à attaquer le gouvernement polonais, une conclusion absurde qui s’est toutefois enracinée dans l’électorat du PiS.

Curieusement, ce sont les actions de l’administration Trump qui ont persuadé les responsables du PiS que la repolonisation des médias n’était pas une bonne idée.

En décembre de l’année dernière, le Conseil national de la radiodiffusion a imposé une amende de 1,5 million de PLN (350 000 €) à TVN24 pour ce qu’il a qualifié de couverture biaisée des manifestations devant le parlement polonais en 2016. TVN24 sera toujours une épine dans le pied de PiS – une grande chaîne nationale d’information qui n’épargne personne, y compris ceux qui sont au pouvoir.

Les médias qui ne sont pas favorables au gouvernement polonais sont en proie à des actions initiées par des entreprises publiques.

Le PDG de l’une d’elles a par exemple exigé que les services de sécurité vérifient si l’auteur des articles défavorables n’était pas un agent allemand.

 

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