Reporters sans frontières dénonce le silence de l’UE sur la loi grecque relative aux médias

L’UE reste silencieuse face aux menaces graves qui pèsent sur la liberté des médias à l’intérieur de ses frontières, ce qui fait craindre qu’elle n’ait pas la volonté, ou le pouvoir, de se faire entendre. [Lion Day / Shutterstock]

Face au silence prolongé de la Commission européenne, l’organisation internationale de défense de la liberté des médias Reporters sans frontières (RSF) a demandé à l’exécutif européen et au Parlement européen de « dénoncer fermement » la nouvelle loi grecque sur la diffamation, qui constitue une « attaque contre la liberté de la presse ».

En novembre, le Parlement grec a adopté une loi criminalisant les « fausses informations susceptibles de susciter l’inquiétude et la peur parmi les citoyens ».

Plutôt que de dépénaliser la diffamation et les infractions similaires conformément aux meilleures pratiques internationales et aux recommandations de l’UE, les autorités grecques ont rendu cette infraction passible d’une lourde amende ou d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à cinq ans. De plus, cette infraction n’est que vaguement définie.

Malgré plusieurs tentatives d’interrogations de la part d’EURACTIV, la Commission n’a émis que de vagues commentaires, sans pour autant aborder la loi grecque.

Dans une déclaration publiée mercredi 1er décembre, RSF a déclaré que « s’il est légitime de lutter contre les fausses informations, notamment durant la pandémie de Covid-19, les peines de prison ne sont pas nécessaires. Les autorités grecques devraient plutôt promouvoir des actualités et des informations fiables aux niveaux national, européen et international. Les outils nécessaires sont déjà à leur disposition ».

Ils ont exhorté l’UE et la Commission à intervenir et ont demandé au gouvernement grec de « réviser » la loi.

En vertu de l’article 191 du Code pénal grec, la diffusion, publique ou en ligne, d’informations qui suscitent la peur ou l’anxiété ou qui « ébranlent la confiance du public dans l’économie nationale, la défense ou la santé publique » constitue désormais une infraction pénale. En cas de récidive, la peine minimale passe de trois à six mois.

Les dispositions s’appliquent non seulement à l’individu qui diffuse l’information, mais aussi aux propriétaires et directeurs des médias ainsi qu’à toute personne qui partage l’information.

RSF note que la loi ne définit pas clairement la notion de « fausse information », laissant ainsi aux autorités grecques la possibilité de « poursuivre tout journaliste dont les reportages dérangent ».

Ils ont également noté les antécédents de la Grèce concernant « l’influence et le contrôle » qu’ils exercent sur les médias par le biais du financement et de la mise sous contrôle de la télévision publique.

« Ces violations de la liberté de la presse, ainsi que les obstacles auxquels sont régulièrement confrontés les journalistes couvrant la crise migratoire feront l’objet d’une mission de plusieurs ONG en Grèce, dont RSF. Elle aura lieu dans la première quinzaine de décembre. »

L’organisation appelle le gouvernement à abroger la loi et à engager un dialogue avec les médias pour lutter contre la désinformation.

Chien qui aboie ne mord pas

Au début de l’année, RSF a reproché à l’UE de ne pas s’attaquer au déclin de la liberté des médias au sein de l’Union européenne ainsi que dans les pays candidats à l’accession. Pavo Szalai de RSF a déclaré que l’UE reste un chien sans beaucoup de mordant en ce qui concerne ces questions.

Lorsqu’elle a été sollicitée par des milliers de journalistes et de militants des Balkans occidentaux, l’UE n’a pas non plus pris de mesures pour lutter contre le déclin de la liberté des médias en Albanie.

Le texte albanais, qui placerait tous les médias en ligne sous le contrôle d’un organisme nommé par le gouvernement et habilité à infliger des amendes importantes ainsi qu’à bloquer l’accès à certains sites, a été initialement condamné par la Commission.

Lorsqu’ils ont demandé que le retrait du Parlement du « paquet antidiffamation » soit une condition à la poursuite de l’adhésion à l’UE, la Commission a refusé.

Entre-temps, on s’inquiète du fait que la Grèce soit autorisée à adopter des lois qui vont à l’encontre des valeurs européennes fondamentales, alors que d’autres États, comme l’Albanie et même Malte en 2016, ont reçu un avis contraire.

Alors que les attaques contre les journalistes se multiplient en Europe et que la Grèce n’a toujours pas résolu le meurtre du journaliste d’investigation criminelle Giorgos Kariavaz, abattu devant son domicile à Athènes en avril, cette nouvelle loi vient s’ajouter à une liste croissante de préoccupations concernant la liberté des médias dans le pays.

Des associations de surveillance des médias exhortent la Grèce à protéger la liberté de la presse

La Media Freedom Rapid Response (MFRR) a exhorté le gouvernement grec à retirer les amendements proposés qui introduiraient amendes et peines de prison pour les journalistes reconnus coupables de publication de « fausses nouvelles ».

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