Reporters sans frontières déplore un nombre record de journalistes détenus dans le monde

Fait marquant : le nombre de journalistes derrière les barreaux a connu une augmentation spectaculaire de 20 % par rapport à 2020. [benjaminec/Shutterstock]

L’organisation Reporters sans frontières (RSF) a publié jeudi (16 décembre) son bilan annuel des exactions commises contre les journalistes dans le monde. Pour l’année 2021, elle dénombre 488 journalistes détenus, une augmentation de 20 % par rapport à 2020.

RSF dresse un bien triste bilan de la répression subie par les journalistes en 2021. Depuis janvier dernier, 46 journalistes ont été tués, 488 sont emprisonnés et 65 sont détenus en otage.

Fait marquant : le nombre de journalistes derrière les barreaux a connu une augmentation spectaculaire de 20 % par rapport à 2020.

« Cette hausse est structurelle car, malheureusement, il y a des régimes autocratiques qui continuent à enfermer des journalistes de manière arbitraire », explique Pauline Adès-Mével, rédactrice-en-chef de RSF, à EURACTIV.

Mais elle est aussi « conjoncturelle », précise-t-elle, en raison « des crises de plus en plus violentes et répétées qui conduisent à une répression des journalistes qui dénoncent ce qui se passe sous ces régimes sans scrupules et autoritaires ».

Cette augmentation est le fait de trois régimes dictatoriaux en particulier, note le rapport.

Il s’agit de la Birmanie, contrôlée de nouveau par la junte militaire depuis février, la Biélorussie, où les contestations de la réélection d’Alexandre Loukachenko ont conduit à l’arrestation de nombreux journalistes par le régime et Hong Kong, où la nouvelle loi de sécurité nationale de 2020 a permis aux autorités locales de procéder à l’arrestation d’au moins 10 journalistes.

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RSF note par ailleurs que la Birmanie et la Biélorussie font désormais partie des « pires geôliers » dans le monde avec respectivement 53 et 32 journalistes détenus. Ils ne détrônent pour autant pas la Chine qui dénombre 127 journalistes derrière les barreaux.

Le bilan annuel fait également état d’un nouveau chiffre inédit : parmi les journalistes détenus, 60 sont des femmes. Elles représentent désormais 12,3 % des journalistes emprisonnées, contre 6,59 % en 2017.

« Si cette hausse reflète le fait que les femmes sont de plus en plus nombreuses dans la profession et ne sont pas épargnées par la répression, ces chiffres sont aussi caractéristiques de certaines spécificités régionales », explique l’organisation, notant un peu plus loin dans le rapport que la « particularité » biélorusse — qui détient plus de femmes (17) que d’hommes (15), est « symptomatiques de la fin de la tolérance patriarcale traditionnelle des autorités biélorusses, qui ont été prises de court par le rôle prépondérant des femmes au début des mouvements de contestation post-électoraux ».

Enfin, RSF note un nombre historiquement bas de 46 journalistes tués pour l’année 2021 — près des deux tiers ayant été assassinés ou sciemment visés tandis que les 16 autres ont été tués dans l’exercice dans leurs fonctions.

S’il faut remonter à 2003 pour retrouver un nombre de journalistes tués inférieur à 50, RSF souligne néanmoins que cela signifie « qu’en moyenne, près d’un journaliste meurt toujours chaque semaine dans le monde pour avoir exercé son métier. »

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